DISSERTATION. XLIX
de plus remarquable , c’est l'extréme fécondité de son génie, c'est la pureté de sa morale et la richesse surabondante de ses expressions et de ses pensées.
Il a écrit sur les sujets les plus difficiles de la philosophie. Hl combat tour à tour les passions et l'erreur. Il peint les emportemens et les dangers de la colère ; ll se montre l'apologiste de la vertu ; et pour adoucir la férocité de Néron, il compose son Traité de la Clémence ; il enseigne en quoi consiste le bonheur ou la tranquillité de la vie; ou bien, pour nous apprendre à l'employer utilement , il parle de son peu de durée; il offre à ses parents et à ses amis dans l'adversité, les plus douces consolations.
Les jeux de hasard faisaient à Rome les terribles ravages quils produisent encore de nos jours; il compose son Apocolocynthose, dont il ne nous reste qu'un fragment. Cest une imitation des satires Ménippées de M. Terentius Varron. Il écrivit contre la Superstition, et ce traité a obtenu les éloges de St. Augustin et de Tertullien.
| $t. Jérôme, qui assure que Sénèque fut en correspon-
dance avec St. Paul, loue aussi le traité que le philosophe avait fait sur Je Mariage. Enfin on lui attribue, parmi plusieurs ouvrages qui ont été perdus, une Histore Romaine, citée par Lactance; un ouvrage sur la Forme du monde ; un sur les Devoirs , à l’imitation de celui de Cicéron ; un sur la situation de l'Inde, un autre — wur celle de l'Egypte et sur la religion des Egyptiens.
le ne parlerai point de ses discours, de ses poémes et 12. | d
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de ses dialogues, ni de ses observations ou de ses notes , dont Delrio assure que le manuscrit se trouve en France.
On reproche à Sénéque d'avoir eu trop d'attachement pour les richesses et trop de penchant pour les plaisirs ; d'avoir préché la pauvreté au sein de l'abondance, et la modération, la tempérance au milieu de toutes les commodités de la vie. A-t- on bien réfléchi que jamais ceux dont il suivit les dogmes austéres ne furent placés dans les mémes circonstances que lui? Comblé des faveurs de la fortune, que Néron lui prodiguait , fut-il bien en son pouvoir, n'eüt-il pas méme été dangereux de les rejeter ou de les dédaigner? . Son fougueux élève ne se serait-il pas vengé cruellement de ses mépris ? Sénéque répond victorieusement à cette inculpation, et à tous les reproches de méme nature que lui faisaient ses ennemis. « Au milieu des désordres qui m'environnent , je ne prétends point , dit-il, être le plus parfait de tous les hommes ; mais je m'attache à ne point ressembler aux méchants ; et je m'estime heureux si je puis, chaque jour de ma vie, m'étre corrigé de quelque défaut. Je parle de la vertu; non pour faire mon propre éloge, mais pour lui rendre hommage ; et quand j'attaque les vices, c'est pour me reprocher ceux dont je puis être l'esclave ». Un sage ne doit point se croire indigne des faveurs de la fortune. 1l n'aime point les richesses, mais il ne les dédaigne pas. 1l ne leur accorde aucune place dans son cœur , mais les recoit