‹ Théâtre complet des Latins (volume 2)Chapitre 31 sur 128 · LYCUS, MÉGARE, AMPHITRYON · texte numérisé non relu

LYCUS, MÉGARE, AMPHITRYON

Lycus (à part ).

Jz tiens sous mes lois l’opulente contrée de Thèbes et ses fertiles campagnes qu'entoure obliquement la Phocide , toutes celles que l'Isméne arrose, tout ce que le Cythéron découvre de sa cime altière, tout ce qui s'étend jusqu'à l'isthme étroit qui partage les deux mers (1). Si je régne, ce n'est point comme un láche héritier des rois; mes droits à l'empire ne m'ont point été transmis par un pére. Je n'ai point de nobles aïeux, et ma race ne peut se glorifier de titres éclatants. Je ne brille que par mon courage : quiconque vante sa naissance s'énorgueillit d'un bien qui lui est étranger. Mais

Aliena laudat". Rapta sed trepida manu Sceptra obtinentur : omnis in ferro est salus. Quod civibus tenere te invitis scias, Strictus tuetur ensis : alieno in loco Haud stabile regnum est : una sed nostras potest Fundare vires ,.juncta regali face Thalamisque Megara : ducet e genere inclito:

Novitas colorem nostra*: non equidem reor Fore ut recuset, ac meos spernat toros.

Quod si impotenti pertinax animo abnuet, Stat tollere omnem penitus Herculeam domum.

Invidia factum ac sermo popularis premet ?

Ars prima regni, posse te invidiam pati.

Tentemus igitur : fors dedit nobis locum.

Namque ipsa tristi vestis obtentu caput - Velata, juxta praesides adstat Deos, Laterique adhaeret verus Alcidae sator.

MEGAR A.

Quidnam iste, nostri generis exitium ac lues, Novi parat? quid tentat?

LYCUS. s

7 O clarum trahens

À stirpe nomen regia, facilis mea Parumper aure verba patienti excipe.

Si aeterna semper odia mortales agant, Nec coeptus unquam cedat ex animis furor , Sed arma felix teneat, infelix paret; Nihil relinquent bella : tum vastis ager

HERCULE FUR. ACT. 1I. SCEN. Ill. 37

ce n'est pas aussi d'une main süre que l'on tient un sceptre ravi. On ne le conserve alors que par le fer : le fer! il faut le faire briller sans cesse aux yeux de ses sujets, lorsque l'on ne peut douter qu'ils n'obéissent qu'à regret. Rien de moins

stable qu'un trône où l'on occupe la place d'un autre : Mé- . gare seule peut affermir mon autorité en s'unissant à moi, en

m'admettant dans sa couche royale, à la lueur du flambeau de l'hymen ; son illustre sang donnerait de éclat à la nouveauté du mien. Je ne crois pas qu'elle me refuse et qu'elle dédaigne cette alliance. Mais si elle veut m'opposer quelque vain obstacle , j'anéantirai toute la maison d'Hercule. Qui pourrait m'arréter ? Serait-ce la haine et les discours du peuple ? La première maxime dans l'art de régner, c'est de braver* la haine populaire.

Dès aujourd'hui j'essaierai.... L'occasion me favorise ; j'apergois Mégare en pleurs , la tête voilée : elle se tient debout auprès de ses dieux protecteurs; le véritable père d'Alcide est à ses cótés. |

MÉGARE (à part ).

Quel attentat nouveau médite encore ce monstre , ce fléau

de notre famille ?

LYCUS

O vous ! fille de tant de rois fameux, prétez un moment l'oreille à mes paroles. Si d'éternelles discordes agitaient. les mortels ; si la haine, une fois entrée dans lcs cœurs, n'en devait jamais sortir; si ceux que le sort des armes a favorisés , devaient tenir sans cesse le fer à la main, pour contraindre les vaincus à l'obéissance , des guerres continuelles dévasteraient le monde. Les campagnes ravagées resteraient

sans culture; la torche incendiaire embraserait tous les toits, et

Squallebit arvis : subdita tectis face Altus sepultas obruet gentes cinis.

Pacem reduci velle, victori expedit; Victo necesse est: particeps regno veni:

Sociemus animos : pignus hoc fidei cape :

Continge dextram : quid truci vultu siles?

MEGARA

Egone ut parentis sanguine aspersam manum, - Fratrumque gemina caede contingam? prius Exstinguet Ortus', referet Occasus diem :

Pax ante fida nivibus et flammis erit :

Et Scylla Siculum junget Ausonio latus :

Priusque multo vicibus alternis fugax Euripus unda stabit Euboica piger. - Patrem abstulisti, regna, germanos, larem, Patriam : quid ultra est? una res superest mihi, Fratre ac parente carior, regno ac lare, Odium tui: quod esse cum populo mihi Commune doleo, pars quota ex isto mea est?

Dominare tumidus, spiritus altos gere :

Sequitur superbos ultor^ a tergo Deus.

Thebana novi regna : quid matres loquar Passas et ausas scelera? quid geminum nefas, Mixtumque nomen conjugis, nati, patris?

Quid bina fratrum castra? quid totidem rogos? Riget superba Tantalis? luctu parens, Moestusque Phrygio manat in Sipylo lapis.

Quin ipse torvum subrigens erista caput

HERCULE FUR. ACT. Ii. SCEN. I1I. 39

les nations seraient ensevelies seus des monocaux de cendres. Il est utile au vainqueur de ramener la paix; elle est néces-

. aire au vainçu. Je viens vous offrir, à Mégare, de partager . mà couronne ; associons nos cœurs ! Et pour gage de ma foi,

touchez la main que je vous présente... Mais pourquoi, sans

. me répondre, lancez-vous sur moi des regards irrités ?

MÉGARE

Moi, que je touche une main teinte du sang de mon père et de mes deux frères (2)! On verrait plutôt le soleil éteindre le jour à son lever et nous le rendre en se couchant; la flamme s'unir à la neige; Scylla joindre la Sicile à l'Ausonie, ou l'Euripe sans cesse agité par des flux et reflux alternatifs, baigner d'une ende calme, les cótes de l'Eubée (5)! Tu m'as ravi mon père, mon royaume, mes frères, mes foyers, ma patrie : que te faut-il de plus? Mais il me reste un bien qui m'est plus cher que mes frères, mon père, mon trône, mes dieux lares ! c’est la haine que je t'ai vouée. Je regrette que le peuple entier la partage avec moi; j'en conserve du moins la meilleure part. Domine avec insolence , affecte des sentimens pleins d'orgueil ; une divinité vengeresse poursuit sans relâche les superbes. Dirai-je les destinées si connues des monarques de Thèbes ? rappellerai-je les attentats que les reines ont soufferts ou commis ? lo double crime d'OEdipe, qui réunit à la fois dans sa personne le titre incestueux d'époux , de fils et de pére (4)? Parlerai-je des deux fréres, de leurs camps et de leurs büchers; du criminel orgueil de Niobé, devenue stupide par la perte de ses enfants, et changée en un triste rocher d’où découlent encore des pleurs sur le Sipyle ; de Cadmus qui, levant en vain une crète mena- (ante, est obligé de fuir en rampant au travers les champs de l'lllyrie , et de laisser partout l'empreinte des longues

4o HERCULES FUR. ACT. 1I. SCEN. IE

Jilyrica Cadmus regna permensus fuga ; Longas reliquit corporis tracti notas.

Haec te manent exempla : dominare, ut lubet : Dum solita regni fata te nostri vocent.

m LYCUS.

Agedum, efferatas rabida voces amove :

Et disce regum imperia ab Alcide pati

Ego, rápta quam vis sceptra victrici geram Dextra, regamque cuncta sine legum metu ,

. Quas arma vincunt; pauca pro causa loquar

Nostra. Cruento cecidit in bello pater.

Cecidere fratres. Arma non servant modum; Nec temperari facile, nec reprimi potest

Stricti ensis ira. Bella delectat cruor.

Sed ille regno pro suo : nos improba

Cupidine acti : quaeritur belli exitus:

Non causa. Sed nunc pereat omnis memoria. - Cum. victor arma posuit, et victum decet Deponere odia : non ut inflexo genu Regnantein adores, petimus : hoc ipsum placet,

Animo ruinas quod capis magno tuas.

Es rege conjux digna : sociemus toros.

MEGAR A. Gelidus per artus vadit exsangues tremor.

: Quod facinus aures pepulit? haud equidem horrui,

Cum pace rupta bellicus muros fragor Circümsonaret : pertuli intrepide omnia ,.

Thalamos tremisco: capta nunc videor mihi.

HERCULE FUR. ACT. IL SCEÉN. IIL 41

traces de- son. corps sinueux .(5). Je t'offre ici, 0 Lycus, le tableau des destinées qui t'attendent. Régne comme il te plaira. Tu seras bientót forcé de céder à la fatalité qui pése sur notre empire. |

Épargnez à mes oreilles un discours inspiré par la fureur. Femme d’Alcide , apprenez de lui à vous soumettre aux ordres des rois. Quoique ma main victorieuse ait ravi le sceptre , et que je gouverne sans craindre ces lois, ces droits que ne reconnaissent point ou dédaignent les vainqueurs, je veux bien, par quelques mots, me justifier à vos yeux. Votre pére, vos frères ont succombé dans une guerre sanglante. Mais les armes ne respectent personne, et l'on ne peut diriger à son gré, ni arréter le glaive irrité. La guerre veut du sang. Votre pére combattait pour sa couronne ; moi par ambition. Ces grandes querelles, ce n'est point la justice , c'est le succès qui les décide. Mais oublions le passé. Quand le vainqueur a déposé ses armes, le vaincu doit déposer sa haine. Je ne demande pas que vous fléchissiez le genou devant moi pour m'adorer comme un maitre. Je suis satisfait au contraire de vous voir supporter la ruine de votre maison avec un si noble courage. Yous méritez d'avoir un roi pour époux;

unissons nos destinées. !

MÉGCARE.

Tout mon sang s'est glacé d'horreur dans mes veines. Quel affreux discours a frappé mes oreilles? Je n'ai pas ressenti tant d'effroi, quand le fracas des armes retentissait autour de nos murailles qui s'écroulaient de toutes parts. J'ai supporté avec intrépidité ce grand désastre, et je frémis à la seule idée de m'’unir avec toi. C’est d'aujourd'hui seulement

4s HERCULES FUR. ACT. II. SCEN. III.

Gravent catenae corpus, et longa fame Mors protrahatur lenta, non vincet fidem Vis ulla nostram : moriar, Alcide tua, LYCUS.

Animosne mersus inferis conjux facit?

| MEGAR A.

Inferna tetigit, posset ut supera assequi.

LYCUS

Telluris illum pondus immensae premit.

- MEGARA

: Nullo premetur onere , qui coelum tulit.

LYCUS

Cogere.

| MEGAR A.

Cogi qui potest, nescit mori.

LYCUS

Effare, thalamis quod novis potius parem Regale munus?

MEG AR A

Aut tuam mortem, aut meam. Moriere demens?

MEGARA

Conjugi occurram meo.

LYCUS

Sceptrone nostro potior est famulus tibi?

MEGARA

Quot iste famulus tradidit reges neci?

que je me crois captive. Mais qu'on me charge de chaines et qu'une faim long-temps prolongée me traine lentement à la mort ; nul pouvoir ne triomphera de ma fidélité; 6 Alcide, je mourrai ton épouse.

LY CUS

Est-ce un époux, plongé dans les enfers, qui vous inspire tant d'orgueil ?

MÉGARE

Il n'est descendu aux enfers que pour mériter l'Olympe. LYCUS. | Il est maintenant écrasé sous le poids immense de la terre. MÉGABE.

Aucun poids ne saurait écraser celui qui porta le ciel. LYCUS.

Jesaurai bien vous contraindre.. .

MÉGABE.

Celui-là seul peut étre contraint , qui ne sait pas mourir. LYCUS — Parlez, quel est le don que je dois vous offrir de préférence pour votre nouvel hymen ?

MÉG ARE.

Ta mort, ou la mienne.

LYCUS

Hé bien! insensée que vous étes, vous mourrez. | | MÉG ABE.

J'irai rejoindre mon époux.

LY CUS

Vous préférez un esclave à mon eceptre ?

| MÉGARE. Combien de rois cet esclave a précipités dans la tombe!

44 HERCULES FUR. ACT. II. SCEN. IIl.

LYCUS

Cur ergo regi servit, et patitur jugum?

MEGARA. | Imperia dura tolle, quid virtus erit ?

LYCUS

Objici feris monstrisque, virtutem putas ?' MEG ARA.

Virtutis est domare, quae cuncti pavent.

LYCUS

Tenebrae loquentem magna Tartareae premunt.

, MEGARA

Non est ad astra mollis e terris via.

LYCUS

Quo patre genitus coelitum sperat domos?

J AMPHITRYON

Miseranda conjux Herculis magni sile :

Partes meae sunt, reddere Alcidae patrem, Genusque verum : post tot ingentis viri Memoranda facta, postque pacatum manu Quodcunque Titan ortus et labens videt, Post monstra tot perdomita, post Phlegram impio Sparsam cruore, postque defensos Deos, Nondum liquet de patre? mentimur Jovem?

Junonis odio crede.

LY CUS

Quid violas Jovem ?

Mortale coelo non potest jungi genus.

LY CUS

Pourquoi sert-il donc Eurystée, et souffre - t-il un joug si tyrannique ? |

MÉGABE.

S'il n'y avait plus de tyrans au monde, que serait la vertu?

LYCUS

Être exposé à la fureur des bêtes féroces et des monstres, c'est donc là de la vertu ? ^ MÉCARE.

Oui, c'est à la vertu qu'il appartient de dompter tout ce

qui fponvante les humains.

LYCUS

Et cependant ce héros qui parle tant de ses exploits, est enseveli dans les ténébres du Tartare.

MÉGARE

Ce n'est point par une route facile que l'on arrive au ciel LYCUS.

De quel père est-il né, pour espérer d'obtenir un rang parmi les dieux ?

AM PHITRYON.

Femme malheureuse du grand Hercule, laissez-moi répondre: c'est à moi de rendre à Alcide un pére, et sa véritable origine. Aprés les exploits innombrables de ce grand homme, aprés tant de monstres domptés, et la paix qu'il a donnée au monde du couchant à l'aurore, aprés qu'il a arrosé les plaines du Phlégra du sang des géans, et défendu les dieux, peut-on demander encore quel est son père ? Et si l'on dément Jupiter lui-même, que l'on en croie du moins la haine de Junon.

| LYCUS

Pourquoi outrager Jupiter ? La race des immortels ne peut

? unir à celle des humains.

46 HERCULES FUR. ACT. Il. SCEN. ILI.

Communis ista pluribus causa est Deis.

Famuline fuerant ante quam fierent Dei?

| AMPHITRYON

Pastor Pheraeos Dehus pavit greges.

LYCUS

Sed non per omnes exsul erravit plagas.

AMPHITRYON

Quem profuga terra mater errante edidit.

LYCUS

Non monstra, saevas Phoebus aut timuit feras. AMPHITRYON.

Primus sagittas imbuit Phoebi draco.

| | — LYCUS

Quam gravia parvus tulerit, ignoras, mala?

AMPHITRYON

E matris utero fulmine ejectus puer,

Mox fulminanti proximus patri stetit.

Quid? qui gubernat astra, qui nubes quatit,

Non latuit infans rupis Idaeae specu?

Sollicita tanti pretia natales habent,

Semperque magno constitit, nasci Deum.

LYCUS

Quemcunque miserum videris, hominem scias.

HERCULE FUR. ACT. 1I. SCBN. Ill. 4;

AMPHITATON.

La plupart des dieux ont eu pour mères de simples mortelles.

Furent-ils aussi esclaves avant d’être des dieux ? ABPHITAYON.

Le dieu de Délos a conduit les troupeaux d'Adméte sur les

bords de l'Amphryse (6).

LYCUS. -

Du moins on ne le vit jamais errer comme un vil exilé dans

tous les climats du monde.

AMPHITRYON

Il naquit sur une terre errante; une mère fugitive lui donna

le jour.

LYCUS

Phébus n'eut à craindre ni les monstres ni les bêtes féroces. AMPHITAYON.

C'est un dragon qui le premier teignit de son sang les

flóches d' Apollon.

LYCUS

Avez-vous oublié tous les maux auxquels votre Hercule fut

exposé dans son enfance?

AMPHITRYON

Bacchus, arraché par la foudre des entrailles de sa mére, n'est-il pas maintenant assis dans l'Olympe à côté du maître du tonnerre ? Mais quoi? celui qui gouverne les astres, qui | ébranle les nuages, ne fut-il pas caché dans les plus affreuses cavernes du mont Ida? Une grande naissance condafnne à de grandes infortunes; et l'on paie toujours cher l'avantage de

naître dieu.

LYQUS.

Un malheureux, quel qu'il soit, n'est plus qu'un mortel.

48 HERCULES FUR. ACT. II. SCEN. Ill.

AMPHITRYON

Quemcunque fortem videris, miserum neges.

| LYCUS

Fortem vocemus, cujus ex humeris leo Donum puellae factus , et clava excidit, Fulsitque pictum veste Sidonia latus?

Fortem vocemus, cujus horrentes comae Maduere nardo? laude qui notas manus Ad non virilem tympani^ movit sonum, Mitra ferocem barbara frontem premens?

| AMPHITRYON

Non erubescit Bacchus effusos tener Sparsisse crines, nec manu molli levem Vibrasse thyrsum, cum parum forti gradu | Auro decorum syrma barbarico trahit. - Post multa virtus opera laxari solet.

LYCUS

Teuthrantis hoc fatetur eversi domus, Pecorumque ritu virginum oppressi greges.

Hoc nulla Juno : nullus Eurystheus jubet.

Ipsius haec sunt opera. | AMPHITRYON.

Non nosti omnia, Ipsius opus est , caestibus fractus suis Eryx, et Eryci junctus Antaeus Libys.

Et qui hospitali caede manantes foci - Bibere justum sanguinem Busiridis.

Ipsius opus est, vulneri et ferro obvius,

HERCULE FUR. ACT. 1I. SCÈN. Ill. — 49

AMPHITAYON.

Quiconque a du courage, n'est jamais malheureux. LYCUS. |

Peut-on appeler courageux celui qui, déposant sa massue et la peau de lion qui couvrait ses épaules, aux pieds d'une jeune fille, ne rougit point de se vétir d'une robe de pourpre Tyrienne (7) ? Celui qui parfuma de nard ses cheveux hérissés ; celui dont les mains tant de fois illustrées essayèrent de tirer des sons efféminés des tambours de Cybéle , et qui ceignit de la mitre des barbares (8) son front belliqueux?

AMPHITRYON

Bacchus jeune encore a-t-il rougi de laisser flotter sa brillante chevelure, d'agiter d'une main délicate le thyrse léger, de traîner, en marchant d'un pas efféminé, la longue robe des étrangers, toute brillante d'or ? Il faut bien qu'aprés de longues fatigues le courage des héros se repose.

| LYCUS (7

C'est un étrange repos que celui d'Hercule, comme nous

l'apprennent les désastres de la maison d'Euristus, et le trou-

. peau dé vierges qu'il rendit mères (9). Etait-ce Junon , était.

ce Eurysthée qui lui avait ordonné ces rares exploits? Non, c'est à lui qu'en est dû tout l'honneur.

| | AMPHITRYON

Vous ne dites pas tout : voici d'autres actions qui lui appartiennent aussi à lui seul; Eryx vaincu au combat du ceste; Anthée, géant de Lybie, subissant lé mére sort qu'Eryx, avec

lequel il s'était uni ; Busiris justement immolé sur ses pro-

fanes autels arrosés du sang de ses hôtes. Ajoutez encore: Cyenus, plein de vigueur, et qui bravait le fer et les blessures, succombant sous la main d'Hercule ; Géryon au triple corps

uH

$e HERCULES FUR. ACT. II. SCEN. ILI.

Mortem coactus, integer Cygnus, pati :

Nec unus una Geryon victus manu Eris inter istos; qui tamen nullo stupro Laesere thalamos. |

LYCUS

Quod Jovi, hoc regi licet :

Jovi dedisti conjugem, regi dabis.

Et te magistro non novum hoc discet nurus, Etiam viro probante, meliorem sequi.

Sin copulari pertinax taedis negat, Vel ex coacta nobilem partum feram.

MEG A R A

Umbrae Creontis, et penates Labdaci,

Et nuptiales impii OEdipodae faces,

Nunc solita nostro fata conjugio date.

Nunc, nunc cruentae regis Ægypti nurus,

Adeste, multo sanguine infectae manus :

Deest una numero Danais; explebo nefas.

Conjugia quoniam pervicax nostra abnuis,

Regemque terres; sceptra quid possint, scies.

Complectere aras, nullus eripiet Deus

Te mihi: nec, orbe si remolito queat

Ad supera victor numina Aleides vehi.

Congerite silvas, templa supplicibus suis

Injecta flagrent : conjugerh et totum gregem

Corsumat unus igne subjecto rogus.

HERCOLE' FUR. AGT. 1I. SCÉN. IIR Sr

esttrois fois vaincu par lui seul, st votre rang est marqué après ces grands criminels , dont aucun n’osa jamais aspiter à souiller sa eaouthe.

LYCUS

Ce qui est permis à Jupiter doit l'étre à un roi. Vous avez donné une femme au maitre des dieux, vous en donnerez une à votre prince. Qui Ini apprendra mieux que vous qu'une femme peut passer dans les bras d'un autre sans qu'il y ait là rien d'extraordinaire, et queson mari lui-méme ne doit pas la désapprouver d'avoir fait un plas noble choix (9)? Au reste, si Mégare persiste dans se$ réfus, et ne veut pas que les flambeaux de lhyménée éclairent notre union, j'emplotrai la violence, et les enfants qu'elle me donnera n'en seront pàs

moins illustres.

MÉCARE.

O mânes de Créon, ét vous pénates de Labdacus! flambeau nuptial de l'impie GEdipe, répandez sur ce fata! hymen les calamités héréditaires datis ma race! Aocourez aussi, cruelles Danaides, vous qui trempátes vos mains dans le sang de vos époux, inspirez-mhoi vos füreur$ : uneseule d'entre vous refusa de vous imiter; je ferai ce qu'elle n'osa faire.

Lrcus ( à Mégare).

Femme arrogante , tu rejettes l'alliance que je te propose et tu menaces ton roi. Eh bien, tu connaítras ce que peut ma colère. En vain tu cUurs embrasser les autels ; aucun. dieu ne t'arrachera de mes mains, pas méme Alcide quand il repousserait le monde qui l’oppresse et viendrait s’asseoir triomphant au milieu des divinités de l'Olympe. (4 ses gens.) Accurnulez ici les dépouilles des forêts, embrasez ce temple, qu'il s'écroule sur la téte des supplians qui y cherchent un refuge , et que ses débris fumans forment un bücher qui réduise en cendres cette femmeet le vil troupeau qui Pentoure.

5a3 HERCULES FEBR. ACT. II. SGEN. LIL

AMPHITRYOX.

Hoc munus a te genitor Alcidae peto, Rogare quod me deceat, ut primus cadam.- LYCUS.

Qui morte cunctos luere supplicium. jubet , Nescit tyrannus esse. Diversa irroga :

Miserum veta perire; felicem jube...

Ego, dum cremandis trabibus accrescit rogus, Sacro regentem maria votivo colam.

Proh numinum vis summa, proh coelestium Rector parensque, cujus excussis tremunt . Humana telis, impiam regis feri Compesce dextram. Quid Deos frustra precor?

Ubicunque es, audi, nate : cur subito labant Agitata motu templa? cur mugit solum?

Infernus imo sonuit e fundo fragor.

Audimur ; en, en sonitus Herculei gradus.

HERCULE FUR. ACT. IL SCÈN.IIL 55

AMPHITRYON

0 Lycus, je ne te demande qu'une seule grâce comme père

d'Alcide, c'est de mourir le premier.

LYCUS..,

Celui qui pour tout supplice ne donne que la mort, ne sait pas étre un tyran. Demande-moi plutót de laisser vivre ceux que le malheur accable ; et de ne frapper que les heureux... Mais tandis que l'on forme le bücher qui doit consumer ce temple, je cours offrir le sacrifice que j'ai promis au dieu des mers.

AM PHITAYON.

Puissance souveraine des cieux, maitre et père de l'Univers, dont les foudres font trembler les mortels, arrôtez la main impie de ce roi barbare, Eh ! qu’ai-je besoin d'importuner les dieux? Dans quelque partie du monde que tu sois, Ô mon fils, tu entendras nos vœux. Mais pourquoi.ce temple s'é-^ branle -t- il jusque dans ses fondements ? Pourquoi la terre mugit-elle ? Un fragas Infernal retentit. sourdetnent du fond des abimes. Nous sommés exaucés ; c’est-L, c'est bien là le bruit des pas d'Hercule.

54 HERCULES FUR. ACT. IL. SCBN. KV.

SCENA IV

CHORUS THEBANORUM. . ]

O ronTUNA viris invida fortibus,

Quam non aequa bonis praemia dividis!

Eurystheus facili regnet in otio ; Alcmena genitus bella per ommia Monstris exagitet coeliferam manum :

Serpentis resecet colla feracia :

Deceptis referat mala sororibus,

Cum somno dederit pervigiles genas, ^ ^ ‘’:

Pomüs divitibus praepositus'draco. :. —— '- Intravit Scythiae multivagas domos,

Et gentes patris sedibus hóspitas :

Calcavitque freti terga rigentia,

Et mutis tacitum litoribus mare.

Illic dura carent aequora fluctibus ; Et, qua plena rates carbasa tenderant, Intonsis teritur semita Sarmatis.

Stat pontus vicibus mobilis annuis, Navem nunc facilis, nunc equitem pati.

Illic quae viduis gentibus imperat, .Aurato religans ilia balteo,

Detraxit spolium nobile corpori,

Et peltam, et nivei vincula pectoris ,

N HERCULE FUR. ACT. Il, SCEN. IV. 55

Page 1