SCENE PREMIÈRE
HERCULE (seul).
Dix supréme de la lumière, ornement du ciel, qui parcours alternativement d'un póle à l'autre sur un char de flamme les espaces célestes , et réjouis la terre par l'éclat dont brille ta tête, Ó Phébus, pardonne si j'offense tes yeux d'un spectacle qu'il était défendu de leur offrir. C'est par l'ordre absolu d'un maître que je révèle au jour les secrets d’un autre monde (1). Et vous, arbitre de l'Olympe, Ô mon père, couvrez de votre foudre votre visage immortel. Vous aussi, qui tenez le sceptre des dieux, souverain des mers, cachez-vous dans leurs profonds abtmes. Vous tous qui du haut de l'empirée plongez vos regards sur la terre, détournez-les, et pour ne pas les souiller par Paspect d'un monstre qui vous est inconnu, reportez- les sur les plages célestes. Que ce prodige inoui n'ait pour témoin que celui qui l'ordonne, et celui qui l'a exécuté (2). La terre n'offrait plus assez de travaux et de peines pour moi. Gráces à la haine de Junon, j'ai vu des lieux inaccessibles au reste des mortels, inconnus à Phébus lui-même ; j'ai parcouru ces sombres espaces enfoncés sous le plus rigoureux des póles (3), et réservés au Jupiter des ténèbres. Il n’a tenu qu’à moi de régner sur ces lieux, dont le sort forma le troisième em-
: pire du monde. J'ai vaincu enfin le chaos de l'éternelle nuit,
et Jes ennemis plus redoutables encore, les tristes dieux des
62 HERGULES FUR. ACT. LIL SGEN, 14.
Et fata vici, morte contemta redii.
Quid restat aliud? vidi, et ostendi inferos.
Da, si quid ultra est: tam diu pateris manus - Cessare nostras, Juno? quid vinci jubes?
Sed templa quare miles infestus tenet ?
Limenque sacrum terror armorum obsidet?
SCENA II