MÉGARE, AMPHITRYON, HERCULE, THÉSÉE
AMPHITAYON.
Ex croirai-je mes yeux, ou mes vœux seraient- ils déçus ? Ce vainqueur du monde, l'honneur de la Grèce, est-il échappé enfin du séjour des ombres silencieuses ? Est-ce bien mon ^ fils que je revois? La joie m'óte l'usage de mes sens. O mon, fils ! à qui Thèbes devra sa délivrance certaine, mais tardive ! est-ce bien vous que je serre dans mes bras, ou ne serait-ce qu'un ombre vaine? Est-ce bien vous? Oui, je reconnais ces muscles , ces épaules, cette mai qu'arme une noble massuee
| BHERCULE.
O mon père, que signifie le deuil qui m'environne , et ces vétemens lugubres que porte mon épouse? Pourquoi ce honteux désordre dans la parure de nos enfants ? Quelles calamités pèsent surma farttille ? |
| — AMPHITRYON
Socer est peremtus : regna possedit Lycus; Natos parentem, conjugem leto petit. — HERCULES. ' Ingrata tellus ; nemo ad Herculae domus
Auxilia venit? vidit hoc tantum nefas $ e .
Defensus orbis? cur diem questu tero?
Mactetur hostis.
THESEUS.
Hanc ferat virtus notam,
Fiatque summus hostis Alcidae Lycus?
Ad hauriendum sanguinem inimicum feror.
HERCULES
Theseu, resiste : ne qua vis subita ingruat, Me bella poscunt : differ amplexus parens, Conjuxque differ : nuntiet Diti Lycus Me jam redisse.
THESEUS.
Flebilem ex oculis fuga Regína vultum : tuque nato sospite Lacrimas cadentes reprime : si novi Herculen, Lycus Creonti debitas poenas dabit :
Lentum est, dabit; dat hoc quoque est lentum; dedit. AMPHITRYON.
Votum secundet, qui potest, nostrum Deus, Rebusque lapsis adsit: O mágni comes Magnanime nati, pande virtutum ordinem :
Quam longa moestos ducat ad Manes via; | Ut vincla tulerit dura Tartareus canis. é
Log
HERCULE FUR. ACT. III SGËN. 11. 65 AMPHITAYON.
Votre beau-père est égorgé; Lycus règne à sa place; il menace de la mort vos enfants, votre pére, votre épouse. HERCULE. | Et la terre ingrate n'est pas venue au secours de la maison d'Hercule! et le monde que j'ai défendu a pu voir un pareil attentat! Mais pourqueí perdre le temps en plaintes inutiles ! Que mon ennemi tombe immolé.
THÉSÉE
La vertu souffrirait un pareil outrage ! Lycus oserait étre Pennemi d'Alcide ? Non, c'est à moi de faire couler le sang de
ce malheureux. | HERCU LE.
Arrête ; mon cher Thésée : reste ici pour protéger ma famille contre toute violence : moi, je vole au combat. O mon père, Ô ma femme, différez vos embrassements jusqu'à ce que Lycus ai porté à Pluton la nouvelle de mon retour sur la terre. ( It part ). | |
THÉSÉéE (à Mégare ).
Reine , séchez vos pleurs : et vous, Amphitryon , cessez de craindre , puisque votre fils est de retour : si je connais bien Hercule , bientôt Lycus aura expié la mort de Créon ; à l'instant méme où je parle il en est puni; que dis-je? déjà Lycus
a mordu la poussiére.
AMPHITRYON
Puisque c'est un dieu, puisqu'il en a le pouvoir, qu'il exauce donc nos vœux; qu'il répare les désastres de notre maison. Mais vous, magnanime compagnon de mon illustre fils , racontez-nous sesnouveaux exploits ; dites-nous par quels longs détours on arrive chez les mánes, et comment le chien du Tartare a pu se laisser charger de chatnes si pesantes ?
THESEU S.
Memorare cogis acta , securae quoque Horrenda menti: vix adhuc certa est fides Vitalis aurae : torpet acies luminum, Hebetesque visus vix diem insuetum ferunt.
AMPHITRYON
Pervince, Theseu, quidquid alto in pectore Remanet pavoris ; neve te fructu optimo Frauda laborum : quae fuit durum pati, Meminisse dulce est’. Fare casus horridos.
THESEUS.
Fas omne mundi, teque dominantem precor Regno capaci; teque , quam tota irrita Quaesivit Ætna mater; ut jura abdita Et operta terris, liceat impune eloqui.
Spartana tellus nobile attollit jugum, Densis ubi aequor Taenarus' silvis premit :
Heic ora solvit Ditis invicti domus; Hiatque rupes alta, et immenso specu Ingens vorago faucibus vastis patet, - Latumque pandit omnibus populis iter.
Non caeca tenebris incipit primo via :
Tenuis relictae lucis a tergo nitor, Fulgorque dubius solis afflicti cadit, Et ludit aciem; nocte sic mixta solet Praebere lumen primus aut serus dies.
Hinc ampla vacuis spatia laxantur locis,
In quae omne mersum pereat humanum genus.
HERCULE FUR. ACT. III. SCEN. II o9
THÉSÉE
Yous me forcez de vous raconter des choses dont le souvenir me glace d'horreur: et quoique plus calme , je suis à peine assuré que je vis encore; mes yeux affaiblis supportent avec peine l'éclat du jour auquel ils ne sont plus accoutumés.
t AMPHITAYON.'
Surmontez vos frayeurs, ó Thésée, si votre áme généreuse
en éprouve encore : ne vous privez pas du fruit le plus pré-
cieux de tant de travaux. Il n'est pas sans douceur le souvenir des périls que l'on a surmontés. Racontez-nous vos terribles aventures.
THÉSÉE
Divinité suprême du monde, et vous maître du sombre empire, vous sa compagne fidèle; que Cérès chercha vainement dans toute l'étendue de l’Etna : pardonnez si je révèle des secrets profonds qui auraient dû rester à jamais ensevelis dans le sein de la terre.
Non loin de Sparte s'élève une montagne fameuse » le Ténare, qui obscurcit la mer par les épaisses forêts dont elle 6st couverte. Là se trouve l'entrée du palais de l'inexorable Pluton; une roche profonde offre aux regards son horrible embouchure, et sous un antre affreux un gouffre immense s'ouvre pour recevoir dans son vaste sein les peuples qui viennent en foule s’y précipiter. Les premiers sentiers ne sont pas lout-à-fait ténébreux : on y voit encore quelques rayons mourans de la lumière qu'on vient de quitter, quelques reflets douteux du soleil affligé qui trompent nos yeux : enfin une lueur incertaine, pareille à celle qui paraît avant le lever de l'aurore , ou aux approches de la nuit. On aperçoit ensuite des "iaces immenses ; des liéux déserts où le genre humain s'en-
Nec ire labor est, ipsa deducit via :
Ut saepe puppes aestus invitas rapit ;
Sic pronus aer urget atque avidum chaos :
Gradumque retro flectere haud umquam sinunt
Umbrae tenaces : intus immensi sinus
Placido quieta labitur Lethe vado,
Demitque curas: neve remeandi amplius
Pateat facultas flexibus multis gravem
Involvit amnem : qualis incerta vagus
Maeander unda ludit, et cedit sibi ,:
Instatque ; dubius, litus an fontem petat.
Palus inertis foeda Cocyti jacet ;
Hic vultur, illic luctifer bubo gemit,
Omenque triste resonnat infaustae strigis.
Horrent opaca fronde nigrantes comae,
Taxo imminente; quam tenet segnis Sopor,
Famesque moesta tabido rictu jacens;
Pudorque serus conscios vultus tegit:
Metus , Pavorque, Funus, et frendens Dolor,
Aterque Luctus sequitur, et Morbus tremens,
Et cincta ferro Bella: in extremo abdita
Iners Senectus adjuvat baculo gradum.
AMPHITRYON
Estne aliqua tellus Cereris aut Bacchi ferax? | THESEUS.
Non prata viridi laeta facie germinant ;
Nec adulta leni fluctuat Zephiro seges;
Non ulla ramos silva pomiferos habet;
fonce et va se perdre pour jamais. La difficulté n'est pas d'y pénétrer :‘la route en est facile; et, comme le flux entraine les vaisseaux malgré eux, de méme un vent rapide, et l'avide chaos nous poussent dans ces sombres demeures; mais les mánes qui ne lâchent point leur proie ne permettent pas de revenir sur ses pas. Dans l'intérieur de ce grand espace le paisible Léthé, en formant un immense circuit, épanche ses eaux qui font oublier les malheurs de la vie ; et, pour ôter toute envie de retourner sur la terre , ce grand fleuve serpente en mille replis tortueux. Tel le Méandre inconstant semble sc jouer avec ses eaux incertdines ; il se fuit et se poursuit tour à tour, ne sachant s'il doit couler vers la mer, ou remonter vers sa source.
Plus loin est le fétide marais du Cocyte dormant. Là s'établit le vautour, là gémit le triste hibou : la chouette fatale y fait entendre ses sinistres présages; l'if funéraire laisse retomber son feuillage épais et noir sur ces eaux croupissantes; et c'est sous ce triste ombrage qu'habitent le Sommeil paresseux, la triste Faim renversée et la bouche ouverte, la Pudeur tardive cachant son front déshonoré , la Crainte, la Peur, le Deuil, la Douleur déchirante , accompagnée du noir Chagrin ; la Maladie tremblante, la Guerre armée du fer l:omicide. Dans un des coins se cache l'impuissante Vieillesse, un báton àla main pour soutenir ses pas chancelans. |
AMPHITRY ON. |
Est-il au moins quelque partie de ce sol affreux qui pro- .
duise les dons de Cérés ou de Bacchus?
THÉSÉE
Des prairies couvertes de verdure n'y réjouissent point la vue ; on n'y voit point les moissons jaunissantes se courber sous l'haleine des zéphyrs ; on n'y découvre aucun: arbre
jo HERCULES FUR. ACT. III SCEN. IL
Sterilis profundi vastitas squallet soli,
Et foeda tellus torpet aeterno situ; Rerumque moestus finis et mundi ultima : Immotus aer haeret; et pigro sedet
Nox atra mundo : cuncta moerore horrida, Ipsaque morte pejor est mortis locus.
AMPHITRYON
Quid , ille opaca qui regit sceptro loca, Qua sede positus temperat populos leves?
/— ^ THESEUS.
Est in recessu Tartari obscuro locus,
Quem gravibus umbris spissa caligo alligat.
À fonte discors manat hinc uno latex :
Alter, quieto similis ( hunc jurant dei ), Tacente sacram devehens fluvio Styga :
At hic tumultu rapitur ingenti ferox,
Et saxa fluctu volvit Acheron invius Renavigari. Cingitur duplici vado Adversa Ditis regia, atque ingens domus Umbrante luco tegitur: hic vasto specu Pendent tyranni limina : hoc umbris iter; Haec porta regni, campus hanc circa jacet, In quo superbo digerit vultu sedens Animas recentes. Dira majestas Deo,
Frons torva; fratrum quae tamen speciem gerat, . Gentisque tantae : vultus est illi Jovis,
Sed fulminantis : magna pars regni trucis
| HERCULE FUR. ACT. III. SCEN. IL 7i
chargé de fruits; ces vastes abimes n'annoncent que la plus affreuse stérilité; la terre y est condamnée à un éternel en-
gourdissement : c'est la triste barriere des choses et les derniéres extrémités du monde. L'air immobile n'y circule point;
c'est le séjour de la sombre nuit qui pése sur tout ce qui l'enteure; tout y respire la tristesse la plus profonde : c'est, en un mot, la demeure de la mort, pire que la mort elle-méme. | AMPHITRYON.
, Oüle dieu dont le sceptre régit ce ténébreux empire a-t-il
placé le trône du haut duquel il commande aux ombres légères ?
THÉSÉE
Dans un obscur enfoncement du Tartare, est un espace où des brouillards épais se confondent avec les ténébres. Là tombent d’une source commune deux fleuves ennemis dès leur origine : l'un, par lequel jurent les dieux, le Styx enfin, répand paisiblement dans son cours silencieux son onde sacrée : l'autre est l'Achéron,, torrent impétueux qui roule en tumulte de vastes rochers au milieu de ses flots, et qu'il est impossible de remonter. Ces deux fleuves défendent le devant du palais de Pluton , et par derrière une vaste forêt couvre de son ombrage cet immense édifice. Une voüte creusée dans l'épaisseur d'un rocher suspendu , forme l'entrée d'une énorme caverne ; c'est par là que les ombres parviennent à la demeure du tyran ; c'est la porte de son empire. Tout prés de là est un vaste champ, où Pluton, assis au milieu , reconnaît avec un front superbe les ombres nouvellement arrivées. La majesté de ce dieu imprime l'horreur et le respect; son regard est dur, et cependant il ressemble à ses fréres, et ses traits décélent son illustre origine ; c'est la, physionomie de Jupiter, mais de Jupiter lancant la foudre. Pluton rassemble en lui une grande
;3 HERCULES FUR. ACT. IIL SGEN. LI.
Est ipse dominus; cujus aspectum timet, Quidquid timetur.
AMPHITRYON
Verane est fama, inferis Tam sera reddi jura, et oblitos sui Sceleris nocentes debitas poenas dare?
Quis iste veri rector, atque aequi arbiter?
: , THESEU S.
Non unus alta sede quaesitor sedens Judicia trepidis sera sortitur reis.
Auditur illo Gnossius minos foro; Rhadamantus 1llo; Thetidis hoc audit socer.
Quod quisque fecit, patitur" : auctorem scelus Repetit suoque premitur exemplo nocens.
: Vidi cruentos careere includi duces, Et impotentis terga plebeja manu Scindi tyranni. Quisquis est placide potens, Dominusque vitae servat innocuas manus, Et incruentum mitis imperium regit , Animaeque parcit; longa permensus diu Felicis aevi spatia, vel coelum petit, Vel laeta felix nemoris Elysii loca, Judex futurus : sanguine humano abstine, .
Quicunque regnas : scelera taxantur modo Majore vestra.
AMPHITRYO YN.
Certus inclusos tenet
Locus nocentes? utque fert fama, impios Supplicia vinclis saeva perpetuis domant ?
. partie de ce que son empire a de terrible; son aspect glace
d'effroi ceux qui l'inspirent aux autres.
AMPBITAYON. -
Est-il vrai qu'on différe si long -temps aux enfers de juger les morts, et que les criminels, , lorsqu'on les punit, ont perdu le souvenir de leurs crimes? Quel est dans ce séjour celui qui cherche la vérité et qui rend la justice?
THÉSÉE
Plusieurs juges assis à ce tribunal redoutable, prononcent avec lenteur sur le sort des accusés tremblants. Là Minos se fait entendre ; ici Rhadamanthe; plus loin le beau-pére de Thétis (Eucus). Chacun souffre le châtiment qu'il a mérité ; le crime remonte à son auteur : le coupable est accablé par l'exemple que lui-même a donné. J'ai vu des guerriers san-
guinaires plongés dans les cachots, et des tyrans impuissants
déchirés de verges par des mains plébéiennes ; mais celui qui a regné sagément au sein de la paix, celui qui, maître de luiméme, a conservé ses mains pures , qui, toujours clément a toujours .été avare du sang humain, devient habitant des
. Cieux, aprés avoir parcouru une longue et heureuse carrière,
ou bien il est recu dans les bocages riants de l'Elysée, où il est appelé à juger ses semblables. O vous donc qui régnez sur la terre, ménagez le sang des hommes. Vos crimes, dans les
enfers, sont bien plus sévérement punis que ceux de vos sujets.
Il est donc vrai que les méchants y sont renfermés dans un lieu particulier, et que, comme on nous l'assure, les impies y souffrent des supplices éternels? .
THESEUS.
Rapitur volucri tortus Ixion rota".
Cervice saxum grande Sisyphia sedet.
In amne medio faucibus siccis senex Sectatur undas; abluit mentum latex ; Fidemque cum jam saepe decepto dedit, Perit unda in ore; poma destituunt famem, Praebet volucri Tityos aeternas dapes.
Urnasque frustra Danaides plenas gerunt; Errant furentes impiae Cadmeides.
Térretque mensas avida Phineas avis.
AMPHITRYON
Nunc ede nati nobilem pugnam mei.
Patrui volentis munus, an spolium refert?
THESEUS.
Ferale tardis imminet saxum vadis, Stupent ubi undae, segne torpescit fretum :
Hunc servat amnem cultu et aspectu horridus, Pavidosque manes squallidus gestat senex; - Impexa pendet barba, deformem sinum Nodus coercet , concavae lucent génae:
Regit ipse conto portitor longo ratem.
Hic onere vacuam litori puppim applicans Repetebat umbras; poscit Alcides viam, Cedente turba : dirus exclamat Charon, Quo pergis audax ; siste properantem gradum.
Non passus ullas natus Alemena moras,
Ipso coactum navitam conto domat,
THÉSÉR.
Oui : Ixion est entraîné par le mouvement rapide d'une roue sur laquelle il est étendu. Un énorme rocher pése sans | cesse sur la tête de Sisyphe. Le vieux Tantale, dévoré par la soif au milieu d'un fleuve, cherche en vain à s'y désaltérer ; l’eau baigne son menton; mais après avoir mille fois déçu ses espérances, elle fuit loin de ses lèvres , ainsi que les fruits qu'il croyait déjà toucher , et qui trompent la faim qui le tourmente. Les entrailles de Tityus fournissent au vautour un éternel aliment. Les Danaïdes se tourmentent vainement pour remplir leurs urnes. Les filles impies de Cadmus (1) sont toujours errantes et toujours furieuses. L'avide Harpie infecte continuellement la table de Phinée (2).
AMPHITRAYON.
Racontez-moi maintenant le noble combat de mon fils. Cerbère qu'il ramène avec lui, est-il un présent volontaire de son oncle, ou une dépoüille enlevée à Pluton ?
. TH ÉSÉE.
Au-dessus des eaux immobiles du Styx, dans l'endroit méme oü son onde est stagnante, oà tout semble plongé dans l'engourdissement , s'éléve un rocher fatal. Là demeure un vieillard qui veille à la garde du fleuve, et dont le seul aspect inspire l’horreur : c’est lui qui transporte d’une rive à l’autre les mânes tremblans. Sa barbe dégoûtante tombe en désordre sur sa poitrine; un nœud grossier ferme sa robe qui tombe en lambeaux; on voit le jour à travers ses joues caves et enfoncées : armé d'une longue rame il traverse le fleuve en . silence. |
Il venait de ramener sa barque vide au rivage, pour y reprendre de nouvelles ombres. Alcide lui ardonne de le passer,
Scanditque puppem : cymba populorum capax Succubuit uni : sedit, et gravior ratis Utrinque Lethen latere titubanti bibit.
Tunc victa trepidant monstra, Centauri truces, Lapithaeque multo in bella succensi mero.
Stygiae paludis ultimos quaerens sinus, Foecunda mergit capita Lernaeus labos.
Post haec avari Ditis apparet domus:
Hic saevus umbras territat Stygius canis, Qui trina vasto capita concutiens sono Regnum tuetur : sordidum tabo caput Lambunt colubrae : viperis horrent jubae :
Longusque torta sibilat cauda draco; Par ira formae. Sensit ut motus pedum, Attollit hirtas angue vibrato comas, * . Missumque captat aure subreeta sonum, . Sentire et umbras solitus : ut propior stetit Jove natus, antro sedit incertus canis, .Et uterque timuit : ecce, latratu gravi Loca muta terret, sibilat totos minax Serpens per armos: vocis horrendae fragor Per ora missus terna felices quoque Exterret umbras : solvit a laeva feros Tunc ipse rictus, et Cleonaeum caput Opponit, ac se tegmine ingenti clepit.
Victrice magnum dextera robur gerens, '" Huc nunc et illuc verbere assiduo rotat, Ingeminat ictus : domitus infregit minas,
HERCULE FUR. ACT. III. SCEN. If. 77
et déjà les ombres cédaient la place à ce héros, lorsque le cruel Caron s'écrie : Où vas-tu, mortel audacieux? Arrête; garde-toi d'aller plus loin. L’impatient fils d'Aleméne saisit l’aviron , il en frappe le nocher , et s'élance dans la barque. Cette barque qui aurait porté un peuple entier, fléchit sous le poids du héros. Il s'assied, et la barque vacillante recoit tour-à-tour des deux cótés les eaux du Léthé. Les monstres
qu taures, les Lapithes que le vin animait aux combats , prennent la fuite. L'hydre de Lerna va cacher ses tétes toujours renaissantes, jusque dans les abimes les plus profonds du Styx. | |
On découvre alors la demeure de l'avare Pluton. C'est là que l'impitoyable chien des enfers, secouant sa triple téte, et aboyant avec un bruit épouvantable, porte la terreur parmi
les ombres , et défend le noir empire. Des serpents viennent
il a vaincus tremblent à son aspect; les farouches Cen-
sucer l'écume qui sort de ses geules effrayantes : ses criniéres sont hérissées de couleuvres, et sa queue recourbée est un énorme dragon qui ne cesse de siffler. La fureur du monstre répond à sa figure. À peine a-t-il entendu le mouvement de la marche d'un étre vivant, qu'il agite les reptiles dont il est couvert, et redresse ses oreilles pour mieux écouter le son qui les a frappées, habitué qu'il est à n'entendre que des ombres. Aussitót que le fils de Jupiter se fut approché de plus près, le monstre indécis alla s'asseoir dans son antre, et tous deux furent saisis de frayeur. Mais bientót ces lieux muets retentissent des aboiements épouvantables de Cerbére, et le dragon menaçant, se repliant sur les épaules du monstre, redouble ses sifflemens; trois fois ces cris horribles intimident méme les ámes heureuses. Hercule développe autour de son bras gauche la téte du lion de Némée, qu'il présente au chien des
Et cuncta lassus capita submisit canis, Antroque toto cessit. Extimuit sedens Uterque solio dominus, et duci jubet :
Me quoque petenti munus Alcidae dedit.
Tunc gravia monstri colla permulcens manu Adamante texto vincit : oblitus sui Custos opaci pervigil regni canis Componit aures timidus: et patiens trahi, Herumque fassus, ore submisso obsequens Utrumque cauda pulsat anguifera latus.
Postquam est ad oras Taenari ventum , et nitor Percussit oculos lucis ignotae, novos Resumit animos vinctus, et vastas furens Quassat catenas : paene victorem abstulit, Pronumque retro vexit, et movit gradu.
Tunc et meas respexit Alcides manus :
Geminis uterque viribus tractum canem Ira furentem, et bella tentantem irrita, Intulimus orbi: vidit ut clarum aethera, Et pura nitidi spatia conspexit poli, Oborta nox est, lumina in terram dedit, Compressit oculos, et diem invisum expulit, Aciemque retro flexit, atque omni petiit Cervice terram : tum sub Herculea caput - Abscondit umbra... Densa sed laeto venit Clamore turba, frontibus laurum gerens, Magnique meritas Herculis laudes canit.
HERCULE FUR. ACT. IIl. SCEN. II. 79 enfers ; puis il couvre de sa peau tout entiére le reste de son corps. Iltient dans sa main invincible son énorme massue qu'il tourne comme une roue , et dont il frappe Cerbére à coups redoublés : le monstre dompté se calme et cesse de menacer; épuisé de lassitude , il baisse ses trois tétes et abandonne son antre affreux. |
À la vue de cet exploit, Pluton et Proserpine tremblent sur leur tróne, et donnent Cerbére à votre fils ; ils lui accordent aussi ma liberté (5). Alors Alcide caressant de la main les tétes effrayantes du monstre, les assujettit avec une chaîne de diamants. Le gardien vigilant du sombre empire, s'oubliant luiméme, baisse timidement les oreilles, se laisse conduire, reconnait son maître, obéit à ses ordres, le suit, en agitant sur ses flancs, le dragon qui forme sa queue. Mais arrivé à l’ouverture du Ténare, l'éclat de la lumière frappe ses yeux pour la premiére fois; et, quoique vaincu, son courage se ranime : dans sa fureur, il secoue ses chaînes, il ébranle son vainqueur, l'entraine, le renverse pour ainsi dire, et le fait retourner en arriére.
Alors Alcide réclame l'appui de mon bras, et tous deux unissant nos forces, nous attirons à nous le chien furieux, qui renouvelle en vain ses attaques, et nous le montrons à l’univers. À l'aspect de la clarté des cieux et des torrens de cette lumière pure qui brille dans leur immensité, le jour devient pour lui la nuit la plus ténébreuse ; ses yeux s'inclinent vers la terre, ses paupiéres se ferment; tant d'éclat lui devient odieux , il en détourne ses regards, il ne redresse plus ses tétes , et les cache sous l'ombre d'Hercule.... Mais le peuple arrive en foule, le front ceint de lauriers, et chante les justes louanges et le triomphe du grand Hercule.
80 HERGULES FUR.. ACT. I1I. SCEN. IIL
SCENA III
: CHORUS THEBANORU M.
- Narus Eurystheus properante partu, Jusserat mundi penetrare fundum:
Deerat hoc solum numero laborum,
"Tertiae regem spoliare sortis.
Ausus est caecos aditus inire, Ducit ad Manes via qua remotos
. Tristis, et silva metuenda nigra,
Sed frequens magna comitante turba.
Quantus incedit populus per urbes Ad novi ludos avidus theatri :
Quantus Eleum ruit ad Tonantem, Quinta cum sacrum revocavit aestas :
Quanta, cum longae redit hora noctis
" Crescere et somnos cupiens quietos Libra, Phoebeos tenet aequa currus :
Turba secretam Cererem frequentat , Et citi tectis properant relictis
' Attici noctem celebrare mystae :
Tanta per campos agitur silentes Turba : pars tarda gradiens senecta
Tristis et longa satiata vita :
Pars adhuc currit melioris aevi,