CHOEUR DES THÉBAINS
Evaysraée dont Junon hâta la naissance, et qu'elle fit naître avant son frére Hercule (1), avait ordonné à ce héros de pénétrer jusqu'au fond des entrailles du monde, et le dernier de ses travaux était d'enlever à Pluton la portion d'héritage que le sort lui avait laissée. 4lcide a osé pénétrer dans ces sombres demeures ; il y est arrivé par le triste sentier qui conduit chez les mânes, et à travers cette redoutable forêt fréquentée par une foule immense , aussi nombreuse que celle qui accourt avec avidité de toutes nos villes aux jeux nouveaux des théâtres ; que celle que le cinquième été rappelle toujours aux combats solennels de l'Elide(2); que celle enfin qui fait quitter précipitamment leurs maisons à tous les peuples de l'Attique pour voir célébrer par leurs prétres initiés les mystères de Cérés, lorsque les nuits commencent à redevenir plus longues, et que la balance ramène le sommeil paisible, et partage avec une égalité parfaite les jours et les nuits. Telle et aussi étonnante est la multitude des ombres répandues au milieu des plaines silencieuses. Une partie se compose de la vieillesse chagrine marchant à pas tardifs, et rassasiée , pour ainsi dire, d'une vie si longue : l'autre de ceux pour qui le temps s'écoule plus agréablement; de vierges à qui l'hymen est encore inconnu ; d'enfants qui conservent
894 HERCULES FUR. ACT. FLE SGEN. 11.
Virgines nondum thalamis jugatae,
Et comis nondum positis ephebi, .
Matris et nomen modo doctus infans :
His datum solis, minus ut timerent, Igne praelato relevare noctem.
Ceteri vadunt per opaca tristes :
Qualis est nobis animus, remota Luce, cum moestus sibi quisque sentit Obrutum tota caput esse terra.
Stat chaos densum, tenebraeque turpes, Et color noctis malus, ac silentis
. Otium mundi, vacuaeque nubes.
Sera nos.illo referat senectus.
Nemo ad id sero venit, unde nunquam, Cum semel venit, potuit reverti.
Quid juvat durum properare fatum?
. Omnis haec magnis vaga turba terris Ibit ad Manes, facietque inerti Vela Cocyto : tibi crescit omne, Et quod Occasus videt, et quod Ortus, ( Parce venturis ), tibi, Mors, paramur :
Sis licet segnis, properamus ipsi.
Prima quae vitam dedit hora, carpit.
Thebis laeta dies adest :
Aras tangite supplices, Pingues caedite victimas :
Permixtae maribus nurus Solemnes agitent choros :
Cessent deposito jugo Arvi fertilis incolae.
Pax est Herculea manu
leur première chevelure (2), et qui n’ont pas même encore appris à prononcer le nom de leur mère : il n'est permis qu'à ces derniers, pour être moins effrayés de la nuit, d'ea tempérer l'obscurité par des flambeaux (4).
Enfin les autres ombres se proménent dans l'obscurité, tristes, inquiètes, et comme il nous arrive, lorsqu'en merchant dans des souterrains profonds , notré esprit abatta par la mélancolie, nous fait voir la terre qui nous couvre prêté à s’écrouler sur nos têtes.
Là se trouvent réunis l’épais et immobile cahos; les honteuses ténèbres, la sombre et funeste couleur de la nuit, le repos silencieux du monde, au milieu de nuages vides et inanimés. | ‘
Puisse une lente vieillesse ne nous conduire que fort tard dans ces tristes lieux où l’on arrive toujours trop tôt, et d’où personne ne peut sortir! Pourquoi prévenir le rigoureux destin ? toute cette multitude errante sur la surface du globe,
. descendra chez les mánes, et fera voile sur les eaux stagnantes
du Cocyte. O mort ‘épargne du moins les races futures), tout ce que voit naitre l'Orient et l'Occident, tous tant que nous sommes , nous deviendrons ton partage. Quand tu serais lente à frapper, nous courons de nous - mémes au - devant de tes coups. La premiére heure qui nous donne la vie, nous voit aussi tomber comme la fleur.
Thébes est aujourd'hui au comble de la joie : touchons les autels de nos mains suppliantes, immolons les plus belles victimes. Que les mères s'unissent à leurs filles et forment des danses solennelles; que les habitans de nos fertiles campagnes lisent reposer leur charrue. Le bras d'Hercule a rendu la
paix au monde, depuis les climats de l'aurore jusqu'à ceux de 6,
84 HERCULES FUR. ACT, III; SCEN. IIl.
Auroram inter et Hesperum :
Et qua sol medium tenens Umbras corporibus negat.
Quodcunque alluitur solum Longo Tethyos ambitu, Alcidae domuit labor.
Transvectus vada Tartari Pacatis redit inferis.
Jam nullus superest timor :
Nil ultra jacet inferos.
Stantes sacrificus comas Dilecta tege populo.
l'Hespérus; depuis ceux où le soleil, occupant le milieu du ciel, refuse de l'ombre aux corps, jusqu'à ceux que baigne Thétis dans toute l'étendue d'un si long circuit, Alcide a tout dompté. Aprés avoir dicté ses lois au Tartare , il a franchi les eaux du Styx. Que pourrions-nous craindre , lorsque l'enfer est vaincu! O grand sacrificateur , couronnez votre chevelure en désordre du peuplier chéri d'Hercule !
— —— o D eee — -
LAA VAAAAA AA 9/94/79 39/2 4/2/4449 A^ LAN 1/2/4444 14/29/29 VAI V/VeRVA.AARAA
ACTUSIV.
SCENA PRIMA