CHŒUR DES VIEILLARDS DE MYCÈNES
Sr quelque dieu chérit encore la brillante Argos Achéenne, ou les superbes tours de Pise, ou l’Isthme fameux, florissant empire des Corinthiens, avec ses deux ports tutélaires,, etses deux mers toujours en discorde; si quelque divinité protége toujours le Taygéte, dont le Borée des Sarmates couvre tous les hivers les cimes orgueilleuses de neiges éclatantes que les vents Étésiens (1) reviennent fondre tous les étés ; enfin, si les immortels protecteurs du limpide Alphée , dont les athlètes d'Olympie étendent la gloire par leurs triomphes , n'ont pas cessé de nous être propices , qu'ils écoutent donc, ces dieux bienfaisans , nos ardentes prières | | Que le crime ne sucoéde plus au crime sur le. tróne de Mycènes ! Qu'un petit-fils , pire encore que son aïeul, ne nous donne point de lois , et qu'aux attentats de leur père , les enfans ne soient plus jaloux d'ajouter des attentats plus grands ! Qu'enfin la race impie de Tantale cesse d'imiter ses
fureurs! elle est assez coupable. Elle ne s'est point bornée à
164 THYESTES, ACT. I. SGEN. Il.
Deceptor domini Myrülus, et fide Vectus, qua tulerat, nobile reddidit Mutato pelagus nomine. Notior Nulla est Ioníis fabula navibus.
Exceptus gladio parvulus impio Dum currit patrium natus ad osculum, Immatura focis victima concidit :
Divisisque tua est, Tantale, dextera, Mensas ut strueres hospitibus Deis!
Hos aeterna fames prosequitur cibos, Hos aeterna sitis : nec dapibus feris Decerni potuit poena decentior.
Stat lusus vacuo gutture Tantalus, Impendet capiti plurima noxio Phineis avibus praeda fugacior :
Hinc illinc gravidis frondibus incubat Et curvata suis foetibus, ac tremens Alludit patulis arbor hiatibus :
Haec, quamvis avidus, nec patiens morae, Deceptus toties tangere negligit, Obliquatque oculos, oraque comprimit , Inclusisque famem dentibus alligat ; Sed tunc divitias omne nemus suas Demittit propius, pomaque desuper Insultant foliis mitia languidis, Accenduntque famem, quae jubet irritas " Exercere manus : has ubi protulit, -Et falli libuit, totus in arduum Autumnus rapitur, silvaque mobilis.
Instat deinde sitis non levior fame; Qua cum percaluit sanguis, et igneis
THYEBTE. ACT. L SCÉN. IH. 165 des actions permises, af méme à des crimes ordinaires! Nous avons vu Myrtile, traître à son maître (2) et trahi à son tour, mourir victime de son infidélité. Il donna son nom à une mer fameuse. Rien n'est plus connu des navigateurs Ioniens que sa triste aventure. Un faible enfant (3) qui couratt dans les bras de son pére, pour en obtenir le baiser de l'amour, repoussé par un fer sacrilége, tombe sous les coups de ce pére dénaturé; et cette victime innocente, qui avait teint de son sang les foyers paternels , mise en pièces par toimême, Ô Tantale, tu la sers eur ta table aux dieux qui te demandent l'hospitalité ! Mais pour te punir, ó monstre épouvantable, une éternelle faim, une éternelle soif te poursuivent au Tartare. Telle est la récompense que méritait un si cruel repas. Toujours au sein de l'abondance, Tantale croit toucher aux fruits suspendus sur sa tête; mais ces fruits se dérobent à son avidité plus rapidement que les oiseaux de Phinée; et l'arbre fléchissant sous le poids des fruits dont ses branches fécondes sont chargées, s'agite cá et là et s'incline sur ses lévres impatientes en se jouant de ses vains efforts. Continuellement abusé, le coupable Tantale, malgré la fureur de ses besoins, dédaigne la nourriture fugitive; il tourne obliquement les yeux ; il ferme la bouche; il serre les dents et táche de dévorer intérieurement sa faim. Bientót une forét tout entière l’environne de ses richesses ; mille fruits délicieux , cachés sous la feuille languissante, s'approchent de lui; ils le touchent en tremblant; ils raniment sa faim : la faim lui ordonne de les saisir ; il étend les mains, et déjà
tout l'automne , toute cette mobile forét ont disparu. La soif,
THYESTES. ACT. L SCEN. IL Exarsit facibus, stat miser obvios Fluctus ore vocans, quos profugus latex Avertit, sterili deficiens vado, Conantemque sequi, deserit. Hic bibit
- Altum de rapido gurgite pulverem.
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bien plus cruelle encore que la fatm , vient le toürmenter à son tour, et lorsqu'elle a fait bouillopner son sang , lorsque des torrens de feu circulent dans ses veines, le malheureux se lève; il cherche de la bouche toute l’onde qu'il découvre; mais l'onde s'enfuit; il veut la guivre ; elle remonte vers sa source, ne laissant après elle qu'un sable stérile. Il boit néan- . moins au milieu de ce gouffre rapide; mais il ne boit qu'une poussière brûlante.
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SCENA PRIMA