MAG AERA
Perge, detestabilis Umbra, et penateis impios furiis age.
Certetur omni scelere, et alterna vice Stringantur enses. Ne sit irarum modus, Pudorve. Mentes caecus instiget furor; Rabies parentum duret, et longum nefas Eat in nepotes. Nec vacet cuiquam vetus Odisse crimen , semper oriatur novum, Nec unum in uno : dumque punitur scelus, Crescat. Superbis fratribus regna excidant , Repetantque profugos: dubia violentae domus Fortuna reges inter incertos labet”. .
Miser ex potente fiat, ex misero potens, Fluctuque regnum casus assiduo ferat".
Ob scelera pulsi, dum dabit patriam Deus, ‘In scelera redeant : sintque tam invisi omnibus, Quam sibi. Nihil sit ira quod vetitum putet.
Fratrem expavescat frater, et natum parens,
THYESTE. ACT. I. SCÈN. I. 155
mol trouves-en un qui fasse horreur au cruel gardien de l'Érébe, au triste Achéron, à moi-même. Invente des tourmens inouis. Ma race a déjà produit une foule de criminels dont l'impiété surpasse la mienne, et qui me rendent innocent... Ilsoseront ce que je n'eusse jamais osé. Oui, ma postérité remplira bientôt toutes les places vacantes au Tartare. Minos n'aura point de reláche, tant que subsistera la maison de Pélops (1). uicknag (à Tantate).
Avance, ombre détestable, et que tes furieuxtransports agitent tes Pénates impies. Que l'on s'y dispute la gloire de commettre le crime le plus atroce; que tes enfants s'arment tour-à-tour du glaive parricide; que leur haine ne connaisse ni bornes, ni mesure ; qu'un aveugle délire s'empare de leurs esprits ; que rien ne puisse apaiser la rage de leurs péres; que leurs forfaits se propagent jusqu'à leurs derniers rejetons; ne leur laisse jamais le temps d'écouter les remords; qu'ils se montrent impatiens de commettre quelque nouveau crime; qu’ils ne se contentent pas d'en commettre un seul dans une méme action; que la punition méme de tant d'horreurs en multipliele nombre. Que tes superbes petits-fils soient précipités de leur tróne, et que les exilés régnent en leur place ; que la fortune de ta coupable maison reste chancelante et indécise; qu'elle soit constamment le partage douteux de tes incertains héritiers. Que des misérables deviennent les maîtres, et les maîtres des miséràbles. Bannis par leurs crimes, il faut, tant qu'un dieu leur accordera une nouvelle patrie, il faut qu'ils commettent de nouveaux attentats; qu'ils deviennent aussi odieux à l'univers entier qu'à eux - mémes; qu'ils croient tout permis à leur fureur; que le frére tremble devant son frére, le pére devant son fils, le fils devant son pére; que leurs enfants périssent misérablement , et qu'ils
156 THYESTES. ACT. I. SCEN. I.
Natusque patrem : liberi pereant male; Pejus tamen nascantur: immineat viro —— Infesta conjux : bella trans pontum vehant :
Effusus omnes irriget terras cruor ; Supraque magnos gentium exsultet duces Libido victrix : Impia stuprum in domo Levissimum sit. Fratris et fas, et fides, Jusque omne pereat. Non sit a vestris malis Immune coelum : cum micant stellae polo", Flammaeque servant debitum mundo decus; Nox atra fiat , excidat coelo dies.
Misce penateis : odia, caedes, funera Árcesse, et imple Tantalo totam domum.
Ornetur altum columen, et lauro fores Laetae virescant ; dignus adventu tuo Splendescat ignis. Thracium fiat nefas Majore numero. Dextra cur patrui vacat?
Nondum Thyestes liberos deflet suos?
Ecquando tollet ignibus jam subditis Spumante aheno? membra per partes eant Discerpta : patrios polluat sanguis focos :
Epulae instruantur, non novi sceleris tibi Conviva venies ; liberum dedimus diem, Tuamque ad istas solvimus mensas famem.
Jejunia exple. Mixtus in Bacchum cruor Spectante te potetur. Inveni dapes,
Quas ipse fugeres. Siste ; quo praeceps ruis ?
é THYESTE. ACT. I. SCEN. I. 157
naissent plus misérablement encore ; que des femmes dissolues menacent sans cesse la vie de leurs époux. Qu'ils transportent la guerre au - delà des mers ; que des flots de sang couvrent tous les points de la terre; que leur colère homicide soit fataleaux plus courageux, aux plus puissans maitres des nations; ; que l'adultére soit le moindre des crimes dé ta race sacrilége ; ; qu'elle abjure l'amour fraternel, l'équité, la bonne foi ; que' le ciel ne soit pas méme à l'abri du désordre qui régnera dans ta famille; qu'ane nuit ténébreuse dérobe'à tous les yeux ces planétes qui brillent sur l'un et l'autre póle, et dont l'éclat et la marche réguliére font l'ornement du monde ; que l'astre du jour lui-même tombe du firmament (:).
Háte-toi donc de jeter le trouble au milieu de tes Pénates, et d'y répandre les haines, le carnage, les funérailles; remplis de crimes la maison de Tantale ; orne-la comme aux jours de fétes; couvre ses portes de branches de laurier; que des feux éclatants , dignes de toi, y signalent ton arrivée. Il faut
tripler ici les attentats de la Thrace (2). Pourquoi la main
d'Atrée est - elle encore sans action? Pourquoi Thyeste ne pleure-t-il pas déjà la mort de ses enfants? Quand verrai-je retirer du feu l'airain brülant qui renferme le repas qui lui est destiné? Que leurs membres soient mis en piéces; que le sang en rejaillisse sur les foyers paternels. Que la table soit préparée; un telfestin ne sera pas nouveau pour toi (4). Je 'accorde ce jour entièrement libre; il m'est permis de le retrancher de l'éternité de ton supplice, afin que tu assouvisses la faim qui te dévore : romps enfin ton jeüne. Sous tes propres yeux , on va boire le sang de tes petits-fils mêlé dans la coupe sacrée à la liqueur de Bacchus... ( Tantate recule d’horreur). J'ai donc imaginé un festin qui te fait frémir... Arrête! où cours-tu ?
158 THYESTES. ACT. I. SCEN. I.
TANTALUS. - Ad stagna, et amnes, et recedentes aquas , Labrisque ab ipsis arboris plenae fugas.
Abire in atrum carceris liceat mei Cubile : liceat, si parum videor miser, Mutare ripas: alveo medius tuo Phlegethon relinquar, igneo cinctus freto.
Quicunque poenas lege fatorum datas Pati juberis : quisquis exeso jaces Pavidus sub antro, jamque venturi times" Montis ruinam : quisquis avidorum feros Rictus leonum, et dira Furiarum agmina Implicitus horres : quisquis immissas faces Semiustus abigis, Tantali vocem excipe Properantis ad vos : credite experto mihi, Amate poenas : quando continget mihi.
Effugere superos?
MEGAER A.
Ante perturba domum, Inferque tecum proelia , et ferri malum Regibus amorem : concute insano ferum Pectus tumultu. | TANTALUS.
Me pati poenas decet, Non esse poenam. Mittor, ut dirus vapor Tellure rupta, vel gravem populis luem Sparsura pestis. Ducam in horrendum nefas Àvus nepotes. Magne Divorum parens,
TANTALE
Je cours à mes étangs, à mes fleuves cruels, à ces ondes perfides, à ces branches chargées de fruits, qui reculent éternellement dés que mes lévres s'en approchent. Plutót mille fois être replongé dans le plus sombre cachot des prisons infernales; ou, si ta ne me crois pas assez malheureux, fais - moi changer de rives, précipite - moi dans les tourbillons brülans du Phlégéton. |
O vous que la loi du destin condamne aux plus affreux tourmients ; qui, enfoncés dans des abimes creusés par le temps, redoutez encore des montagnes toutes prétes à vous écraser ; vous que menacent les avides mugissements des lions avides; vous que glace d'horreur l'épouvantable bataillon des furies, et qui repoussez de vos yeux à demi-brülés les torches vengeresses, écoutez tous la voix de Tantale, impatient de se rejoindre à vous! Croyez-moi, croyez-en ma fatale expérience : auprés de mes peines vous devez aimer les vôtres. Ah ! quand pourrai - je être loin de la terre et des vivans! |
MÉGERE.
Il faut avant tout que tu répandes le trouble et la confusion dans ta maison; que tu y portes avec toi la fureur des combats; que tu inspires aux princes de ta famille le funeste amour des assassinats. Sonde, pour consommer ce projet, toute la profondeur de ton áme féroce et tourmentée par une
rage insensée. :
' TANTALE
Criminel, je dois subir ma peine; mais non pas rendre les autres criminels. Tu me fais reparattre ici comme une exhalaison mortelle, échappée du sein de la terre, ou comme un fléau destiné à répandre parmi les hommes toutes les horreurs
160 THYESTES. ACT. I. SCEN. I.
Nosterque, quamvis pudeat; ingenti licet Taxata poena lingua crucietur loquax ; Nec hoc tacebo. Moneo, ne sacra manus Violate caede , neve furiali malo Aspergite aras. Stabo, et arcebo scelus. Quid ora terres verbere, et tortos ferox Minaris angues? quid famem infixam intimis Agitas medullis? flagrat incensum siti Cor, et perustis flamma visceribus micat...
Sequor. |
MEGAER A.
Hunc, o, furorem divide in totam domum.
Sic , sic ferantur , et suum infensi invicem Sitiant cruorem. Sensit introitus tuos Domus, et nefando tota contactu horruit Actum est abunde. Gradere ad infernos specus, Amnemque notum : jam tuum moestae pedem Terrae gravantur. Cernis , ut fontes liquor Introrsus actus linquat ; ut ripae' vacent ; Ventusque raras igneus nubes ferat?
Pallescit omnis arbor, ac nudus stetit Fugiente pomo ramus; et qui fluctibus Ilinc propinquis Isthmos atque illinc fremit , Vicina gracili dividens terra vada, Longe remotos latus exaudit sonos.
Jam Lerna retro cessit, et Phoronides Latuere venae : nec suas profert sacer Alpheos undas, et Cithaeronis juga
de la contagion. Quoílun aieul exoiterait ses potite-Gls au par ricide ! O Jupiter, père des dieux, et qui rougis d’être le mien; non, quoique ma langue coupable ait déjà été si horriblement punie pour avoir révélé les mystères célestes, non, je ne saurais me taire : je vous en avertis, mes enfants; gardezvous de commettre cette impiété saorilége , et de souiller nos autels à la voix d'une furie; je serai 4à debout devant vous, et saurai bien empécher le crime.... ( 4 Mégère. ) Mais pourquoi vouloir m'épouvanter aveo ton fouet cruel? Que me veux-tu aveo ces serpens tortueux qui me menacent en sifflant ? Pourquoi fais-tu pénétrer jusque dans la moelle de mes os la faim déchirante ? O dieux, dieux vengeurs , quelle soif me brûle et me dévore! dé nouveaux torrens de flammes se précipitent dans mon cœur, et font bouillonner mes veines! Arrête, barbare, arrête, je t'obéis. | MÉGÈRE.
Va donc communiquer à ta race cette soif inextinguible qui te consume ; va, et que, dans leur rage implacable, tes descendans soient impatiens de boire leur propre sang... Ton * palais a déjà senti ton approché; à peine tu en as touché le seuil , que l'horreur s'y est répandue... C'est assez ; reviens maintenant aux demeures inferhales, à ton fleuve ordinaire. Déjà là terre affligée gémit sous tes pas. Vois-tu comme à ton aspect odiéux les ruisseaux remontent vers leur source : comme ces rives sont désertes s comme ton soufle fatal porte la désolation dans les airs qu'il embrase ? Les arbres ont páli, leurs fruits tombent, leurs rameaux sont desséchés. L'Isthme que les deux mers pressaient étroitement entre leurs vagues écumantes, ést étonné de les entendre gronder si loin de ses bords. Tu taris le Lerna ; tu
fais disparaître l'onde de l'Inachus, la divine source de l'Al- 12. | 11
162 THYESTES. ACT. I. SGEN. II.
Stant parte nulla cana deposita nive, Timentque veterem nobiles Argi sitim :
En ipse Titan dubitat, an jubeat sequi, Cogatque habenis ire periturum diem.
SCENA II
CHORUS
Ancos de Superis si quis Achaicum, Pisaeisque domos turribus inclitas :
Isthmi si quis amat regna Corinthii ,
Et portus geminos, et mare dissidens :
Si quis Taygeti conspicuas nives, Quas, cum Sarmaticus tempore frigido In summis Boreas composuit jugis , Æstas veliferis solvit Etesiis :
Quem tangit. gelido flumine lucidus Alpheos, stadio notus Olympico :
Advertat placidum numen, et arceat Alternas scelerum, ne redeant, vices; Neu succedat avo deterior nepos;
Et major placeat culpa minoribus.
Tandem lassa feros exuat impetus Sicci progenies impia Tantali.
Peccatum satis est. Fas valuit nihil', Aut commune nefas : proditus occidit
— —— —. -- Fe 0-00
phée, toutes les neiges du Cythéron. Argos craint d’éprouver
encore la sécheresse qui suivit le désastre de Phaéton (5). Le soleil lui-même ne sait s'il doit continuer sa course et reprendre les rènes de son char, tant il craint de voir périr le
jour.