‹ Théâtre complet des Latins (volume 2)Chapitre 68 sur 128 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

LE CHOE.UR.

Qui l'aurait cru? le féroce, l'impétueux , le barbare Atrée,

. interdit à l'aspect de son frère, vient d'oublier sa haine ! Il

n'est point de puissance qui résiste à la force du sang. Les

inimifiés entre des étrangers sont éternelles; mais le véritable

amour réunira toujours ceux qu'il a une fois unis. La colére animée par de grands intéréts avait rompu l'harmonie des empires; la trompette guerriére retentissait , des coursiers légers faisaient trembler la terre sous leurs pas. De part et

.— d'autre l'épée s'agitait et brillait dans les airs; le dieu Mars

furieux, toujours avide d'un sang nouveau, balançait sur nos têtes le fer homicide ; mais la tendre humanité l'a désarmé ; elle a contraint les plus forcenés à demander la paix , aprés les avoir réunis.

Un calme subit succède à la plus grande agitation; quel dieu nous a rendu la paix? A l'instant-mérne encore; Mycénes retentissait du fraeas de la guerre civile. Les méres désolées tremblaient pour leurs enfants, les femmies:pour leuts époux, armés partout de fer rongé par la rouille, aprés une paix si longue. Ici on: relevait des remparts dégradés par le temps; là on étayait des tours ruinées et charcelantes; on'fermait avec des chaines énormes: les portes de la ville; et'la garde

Hic situ quassas stabilire turres; Ferreis portas cohibere claustris Ille certabat; pavidusque pinnis Anxiae noctis vigil incubabat.

Pejor est bello timor ipse belli.

Jam minae saevi cecidere ferri , Jam silet murmur grave classicorum; Jam tacet stridor litui strepentis; Alta pax urbi revocata laetae est. ' Sic ubi ex alto tumuere fluctus, Brutium Coro feriente pontum, Scylla pulsatis resonat cavernis, Ac mare in portu timuere nautae,

. Quod rapax haustum revomit Charybdis;

Et ferus Cyclops metuit parentem" Rupe ferventis residens in AEtnae, Ne superfusis violentur undis Ignis aeternis resonans caminis ; Et putat mergi sua posse pauper Regna Laertes, Ithaca tremente.

Si suae ventis cecidere vires, Mitius stagno pelagus recumbit; Alta quae navis timuit secare Hinc et hinc fusis spatiosa velis, Strata ludenti patuere cymbae:

Et vacat mersos numerare pisces?

. Hic ubi ingenti modo sub procella

Cyclades pontum timuere motae.

Nulla sors longa est , dolor ac voluptas Invicem cedunt, Brevior voluptas.

Ima permutat levis ora summis

nocturne appuyée sur les crénaux de nos murailles, veillait en frissonnant.

La terreur que la guerre inspire est plus affreuse que la guerre elle-méme; mais enfin nous ne redoutons plus le fer menacant de l'ennemi; déjà méme le bruit alarmant des clairons etl'éclat déchirant des trompettes, nefrappent plus nos oreilles. L'heureuse Árgos goüte une paix profonde, et se livre à la joie. Ainsi, quand les flots s'élancent en grondant du fond des abtmes, et que le rapide Corus vient tourmenter la mer de l'Abruzze , Scylla retentit jusqu'au fond de ses cavernes; le nautonnier, méme dans le port, regarde avec effroi les . vagues écumantes que la rapace Charybde engloutit et rend tour à tour; le farouche Poliphéme, assis sur une roche brûlante de l'Etna, craint que Nepturie son père ne vienne éteindre avec ses eaux vagabondes, les feux éternels qui pétillent dans ses arsenaux ; le pauvre Laérte croit déjà voir sa tremblante Ithaque submergée au milieu des flots.

Mais aussitót que la violence des vents est passée, la mer redevient calme comme l'onde d'un étang paisible ; et alors le navire qui redoutait les flots irrités , étend ses voiles spacieuses ; les barques légères semblent se jouer sur la surface liquide; et, dans ces mémes eaux oü les tempétes avaient inspiré tant d'alarmes aux Cyclades ébranlées, on pourrait maintenant compter les poissons qui reparaissent.

Il n'est point dans la vie d'état permanent : le plaisir et la peine se succèdent. Le plaisir dure peu. Un seul instant suffit pour nous précipiter du falte des grandeurs au dernier terme de l'abaissement.

Celui qui dispense les diadémes à son gré (1), qui voit les nations trem" ntes à ses gehoux, qui d'un signe de tête dé-. 12. 14

—. Ille, qui donat diadema fronti, Quem genu nixae tremuere gentes, Cujus ad nutum posuere bella Medus, et Phoebi propioris Indus, Et Daae Parthis equitem minati; Anxius sceptrum tenet, et moventes Cuncta divinat metuitque casus Mobiles rerum , dubiumque tempus.

Vos, quibus rector maris atque terrae Jus dedit magnum necis atque vitae, Ponite inflatos tumidosque vultus :

Quidquid a vobis minor extimescit, Major hoc vobis dominus minatur.

Omne sub regno graviore regnum est.

Quem dies vidit veniens superbum: Hunc dies vidit fugiens jacentem.

Nemo confidat nimium secundis; Nemo desperet meliora lapsis.

Miscet haec illis, prohibetque Clotho Stare fortunam. Rotat omne fatum.

Nemo tam Divos habuit faventeis, Crastinum ut possit sibi polliceri.

Res Deus nostras celeri citatas Turbine versat.

sarme le Méde belliqueux , l'Indien brülé par l'astre du jour, et les Dahes si redoutés de la cavalerie des Parthes, tient luiméme le sceptre avec inquiétude ; il prévoit ces grandes révolutions qui bouleversent l'univers ; il craint tout du temps incertain et mobile.

O vous , à qui le supréme arbitre de la terre et des mers a donné le droit si redoutable de la vie et de la mort, dépouillez vos fronts de leur superbe arrogance. Si vos humbles sujets vous craignent, craignez bien davantage un maitre plus grand que vous. Tous les empires relévent d'un empire supérieur. Le méme jour a vu souvent le méme monarque sur le trône et dans la poussière. Ne soyez jamais trop confians dans le bonheur ; ne désespérez de rien dans l'adversité. L'inflexible Clotho nous place impitoyablement entre ces deux situations, et ne laisse aux caprices de la fortune qu'une durée arbitraire. La roue du destin renverse tout. Nul mortel n'est assez favorisé des dieux pour être sûr du lepdemain. Le maître du monde roule dans un tourbillon rapide les hommes et tout oe qui leur appartient.

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ACTUSIV.

SCENA PRIM A

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