SCÈNE II
ATRÉE, THYESTE, PLISTHÈNES, Le seunr TANTALE, LE PETIT ENFANT, personnages muets
ATRÉE (dans f'enfoncement du théâtre et à part).
Jx letiens ce monstre farouche, je le tiens dans les filets que j'ai si bien disposés. Oui, je remarque en lui, et dans ceux qui l’accompagnent, ce naturel que je déteste. Ma haine est en sûreté : Thyeste est dans mes mains ; il y est tout entier. À peine je me possède, à peine je contiens mon ressentiment; semblable à ces fiers animaux de l'Ombrie, que maítrise une lesse importune, quand leur subtil odorat sent la trace d'un sanglier. Ils obéissent pourtant et flairent en silence de tous côtés. Mais à mesure qu'ils approchent de. leur proie, tous les muscles de leurs cous se tendent ; lefeu sort de leurs yeux , et par leurs gémissements ils accusent leurs maitres de lenteur; ils rompent tous les liens qui les arrétent.
Quand la colère respire le sang , qu 'elle a de peine à se cacher! Cachons cependant la nôtre. ( I regarde Thyese. 3 | Comme son épaisse chevelure retombe en désordre sur son visage! que cette longue barbé le défigüré ! Prenons un air de confiance. ( Z£ aborde Thyeste. ) Mon frère, je vous revois avec plaisir. (It (emórasse.) Rendéz-inoi donc le baiser fraternel ; il aura pour moi tant de charmes! Qublions toutes nos dissentions : n'écoutons dans cet, heureux jour. que la
Redde expetitos. Quidquid irarum fuit, Transierit. Ex hoc sanguis ac pietas die Colantur: animis odia damnata excidant.
Diluere possem cuncta, nisi talis fores.
Sed fateor, Atreu, fateor, admisi omnia Quae credidisti. Pessimam causam meam Hodierna pietas fecit. Est prorsus nocens, Quicunque visus tam bono fratri est nocens.
Lacrimis agendum est : supplicem primus vides. Hae te precantur pedibus intactae manus.
Ponatur omnis ira, et ex animo tumor Erasus abeat : obsides fidei accipe Hos innocentes.
ATREUS
Frater, a genubas sanus.
Aufer, meoeque potius amplexus pete.
Vos queque , senum praesidia, tot juvenes, meo Péndete collo. Squallidam vestem exue, —— Oculisque nostris párce, et ornatus cape Pares meis; laetusque fraterni imperii — Capesse partem. Major haec laus est mea, | Fratri paternum reddere incolumi decus, — Habere regnum, casus est: virtus, dare.
| | THYESTES. ut.
Dii. paria, frater, preüa pro tap&s tibi.
Meritis rependant. Régiam capitis notpm..^ Squallor recusat nóster, el sceptrum mantis
voix du sang et de.la piété. Bannissons de nos cœurs cos haines funestes, que tous deux nous avons condamnées en secret, et qu'elles expirent à l'instant méme.
THY ESTE
Je pourrais m'excuser, si vous m'aviez témoigné moins d'amour. Mais non, écoutez mes aveux. Atrée, je le confesse, jai commis.... tout ce que vous avez cru. Ma cause était mauvaise , votre piété seule la rend bonne en ce jour. On est bien coupable , quand on ]e parait aux yeux d'un bon frére. Je n'ai plus que mes larmes pour défense. Le premier de tous les mortels, vous me voyez à vos pieds comme un
“humble suppliant; et Thyeste qui jamais n'embrassa les ge-
noux de personne, embrasse les vótres. Calmez votre indignation , effacez jusqu'à la moindre trace de vos ressentimens, et recevez, à mon frère, ees innocents, pour gages de ma foi, ,
ATRÉE
Relevez-vous,.Ó mon frère; vous à mes pieds! Ah! volez plutót dans mes bras. Et vous aussi, doux appuis de sa vieillesse , venez tous trois partager ma tendresse. Mon frére, quittez ces vétements de la misère qui blessent mes regards. Reprenez des ornemens pareils aux miens; recevez avec joie la moitié de mes états. Mon plus beau titre de gloire est de rendre à mon frère la dignité paterñelle. Avoir une couronne est l'effet du hasard ; la donner est l'óuvrage de la vertu.
THYESTE
Que les dieux, ó mon frère, vous accordent une récompense égale à tant de bienfaits ! Mes cheveux en désordre ne doivent plus être ceints du diadéme , ma main infortunée:
3040 THYESTES. ACT. III. SGEN. IL.
Infausta refugit. Liceat in media mihi
Latere turba.
ATREUS
Recipit hoc regnum duos.
THYESTES.
Meum esse credo, quidquid est, frater tuum.
ATREUS
Quis influentis dona fortunae abnuit?
THYESTES.
Expertus est quicunque, quam facile effluant”. , ATREUS.
Fratrem potiri gloria ingenü vetas?
THYESTES.
Tua jam peracta gloria est, restat mea.
Respuere certum est regna consilium mihi.
ATREUS
Meam relinquam, nisi tuam partem accipis.
| THYESTES.
Accipio. Regni nomen impositi feram :
Sed jura et arma servient mecum tibi. -
ta! a4 .
, ATREUS
Imposita capiti vincla venerando gere. .. |. — Ego destinatas victimas Superis dabo. : .
THYESTE. ACT. IIL SCÉN. II. 205
ne se sent plus capable de porter un sceptre; laissez-moi me
cacher dans la foule de vos sujets. ATRÉE.
Non; ce royaume est assez grand pour avoir deux maîtres. THYESTE.
Mon frére, je crois qué tout ce qui est à vous est encore à
moi....
ATRÉE
Eh ! qui peut refuser les libéralités de la fortune? THYESTE.
Celui qui a éprouvé combien elles sont passagéres. - s ^ ATAÉE Voulez-vous envier à votre frére la plus grande gloire qu'il
puisse acquérir?
THYESTE
Il ne manque rien à votre gloire ; là mienne n'est pas commencée; j'ai pris la ferme résolution de ne point régner. ATRÉE.
Si vous refusez de partager ma couronne, je l’abdique. THYESTE.
Je l'accepte , puisque vous le voulez. Mais je n'aurai de roi que le nom; et mon droit, mes armes , ma personne, vous seront toujours subordonnés.
ATRÉE
Ceignez donc votre tête vénérable du diadème royal qui
-vous est offert : moi, je vais immoler aux dieux les victimes
que je leur ai destinées.
206 THYESTES. ACT. III. SCEN. Hil.
SCENA III
CHORUS
CarbaT hoc quisquam? ferus ille et acer,
Nec potens mentis, truculentus Atreus,
Fratris aspectu stupefactus haesit.
Nulla vis major pietate vera est.
Jurgia externis inimica durant,
Quos amor verus tenuit, tenebit.
Ira cum magnis agitata causis
Gratiam rupit, cecinitque bellum;
Cum leves frenis sonuere turmae,
Fulsit hinc illinc agitatus ensis;
Quem movet crebro furibundus ictu
Sanguinem Mavors cupiens recentem ;
Opprimit ferrum, manibusque junctis
Ducit ad pacem pietas negantes.
Otium tanto subitum e tumultu
Quis Deus fecit? modo per Mycenas
Arma civilis crepuere belli.
Pallidae natos tenuere matres',
Uxor armato timuit marito,
Cum manum invitus sequeretur ensis ,
,Sordidus pacis vitio quietae.
Ille labentes renovare muros;