UN COURRIER, LE CHOEUR
LE COURRIER
Qu dieu daignera m'emporter dans un tourbillon, et m'envelopper d'un nuage épais, pour épargner à mes yeux un si horrible spectacle? O race abominable ! tu ferais rougir Pélops et Tantale lui-méme.
LE CHOEUR. D Quelle est donc cette nouvelle que vous nous apportez ? | LE COURRIER. |
Suis-je chez des peuples barbares! Est-ce à Argos ou à Sparte qu'ont reçu le jour ces frères si dénaturés? Est - ce à Corinthe que pressent les deux mers, ou sur les bords de lister, si favorables aux incursions des cruels Alains? ou bien ont-ils pris naissance sur les neiges éternelles de l'Hircanie , ou enfin chez les Scythes vagabonds? Comment existet-il un point de la terre où l'on ait pu voir et souffrir un aussi exécrable attentat ?
LE CHŒUR
Expliquez-vous ; révélez nous ce terrible mystère quel qu'il
soit.
LE COURRIER
Attendez que mon âme soit plus calme; que mon corps ct mes membres glacés par l’effroi, reprennent leurs: mouvemens accoutumés. Mais non ; cette horrible image frappe
Illo procellae. Ferte, quo fertur dies Hinc raptus.
CHORUS
Ánimes gravius incertos tenes.
Quid sit, quod horres, ede et auctorem indica. Non quaero quis sit, sed uter. Effare ocius.
NUNTIUS
In arce summa Pelopeae pars est domus Conversa ad Austros; cujus extremum latus AEquale monti crescit , atque urbem premit, Et contumacem regibus populum suis Habet sub ictu : fulget hic turbae capax Immane tectum, cujus auratas trabes Variis columnae nobiles máculis ferunt.
Post ista vulgo nota, quae populi colunt, In multa dives spatia discedit duimus.
Arcàna in imo régíà secessu pátet, Alta vetustum valle compescens nemus, Penetrale regni. Nulla qua laetos solet | Praebere ramos arbor, aut ferro coli :
Sed taxus; et cupressus , et nigra ilice Obscura nutat silva; quam supra eminens Despectat alte quercus , et vincit nemus.
Hinc auspicari regna Tantalidae solent, Hinc petere lapsis rebus et dubiis opem.
Affixa inhaerent dona, vocales tubae, Fractique currus, spolia Myrtoi maris, Victaeque falsis axibus pendent rotae,
encore mes regards. Tempétes insensées de l'air, enlevez-moi dans un autre climat ; transportez-moi dans les régions où le soleil s'est caché en quittant cette contrée. ,
LE CHORUR.
Vous nous tenez trop long -temps dans les tourments de l'incertitude. Dites- nous enfin ce qui vous fait frissonner; et, parmi les deux fréres, nommez-nous le plus coupable.
LE COURRIER
Dans la partie supérieure du palais de Pélops est une aile exposée au midi, et dont l'extrémité , aussi haute que la montagne ; domine toute la ville, et met les rois à portée d'enchainer le peuple s'il tentait de se révolter (1). Là est une salle immense, capable de contenir une cité entiére ; de magnifiques colonnes ornées de peintures diverses, y soutiennent des poutres d'or. Derrière cette salle que fréquente le peuple, le palais se divise en plusieurs grands appartemens. Celuidu prince est le plusreculé. C'est un bátimentisolé qu'entoure un bois antique ; c'est le sanctuaire impénétrable. de la royauté. Les arbres de ce bois ne charment point la vue par leur riant feuillagé que le fer n'émonda jamais ; on n'y plante que des ifs et des cyprés; la noire yeuse rembrunit encore cette forêt, et le chéne y élève sa tête altiére, ct semble augmenter par son ombrage l'obscurité de cette rétraite. C'est là que la race de Tantale va prendre les augures , et s'initier dans l'art de gouverner : c'est encore là qu'elle consulte les dieux dans ses revers ou dans les malheurs dont elle se croit menacée. Les murs sont chargés d'offrandes, de trompettes, de chars brisés, de dépouilles arrachées sur la mer Myrtoéne, de roues dont les essieux trompeurs ont causé la la défaite de plusieurs héros ; enfin , de tous les trophées des
Et omne gentis facinus : hoc Phrygius loco Fixus tiaras Pelopis; hic praeda hostium, Et de triumpho picta barbarico chlamys.
Fons stat sub umbra tristis, et nigra piger Haeret palude. Talis est dirae Stygis Deformis unda, quae facit coelo fidem.
Hic nocte caeca gemere ferales Deos, Fama est: catenis lucus excussis sonat, . Ululantque Manes. Quidquid audire est metus, Illic videtur. Errat antiquis vetus Emissa bustis turba, et insultant loco Majora notis monstra. Quin tota solet Micare flamma silva, et excelsae trabes Ardent sine igne. Saepe latratu nemus Trino remugit : saepe simulacris domus Attonita magnis; nec dies sedat metum.
Nox propria luco est, et superstitio inferum In luce media regnat. Hinc orantibus Responsa dantur certa, cum ingenti sono Laxantur adyto fata, et immugit specus Vocem Deo solvente. |
Quo postquam furens
Intravit Atreus, liberos fratris trahens, Ornantur arae. Quis queat digne eloqui?
Post. terga juvenum nobiles revocat manus, Et moesta vitta capita purpurea ligat; - Non tura desunt, non sacer Bacchi liquor, Tangensve salsa victimam culter mola.
La
enfants de Tantale : là est encore la thiare du Phrygien Pélops (2), les dépouilles des ennemis, les chlamydes des barbares peintes de diverses couleurs, qui jadis servirent à orner les chars de triomphe.
À l'ombre de ce bois est une triste fontaine aux eaux dormantes et marécageuses, semblables à l'onde affreuse du Styx qui répond de la fidélité des dieux. On dit que dans ce lieu sombre, on entend toutes les nuitsles divinités funèbres gémir, les criminels secouer leurs chaines , et les mánes pousser des hurlemens. On y voit les spectres qui glacent d'effroi, aussitót qu'ils se font entendre. Les morts antiques sortent de leurs tombeaux pour errer dans ces lieux. On y rencontre des monstres plus effrayans que tous ceux qui nous sont connus. Quelquefois la forét est tout en feu, et les arbres y brülent sans se consumer. Souvent elle retentit du triple aboiement de Cerbére : on y distingue des spectres plus grands que nature, et jamais le jour n'y raméne le calme. La nuit a choisi ce lieu pour asyle, et l'on y voit en plein midi tout les phantómes des enfers. Ceux que le désir de connaître l'avenir y conduit, en rapportent des oracles certains, dés que le destin s'en est ouvert l'entrée avec un bruit horrible, et que le vallon a mugi sous la voix du dieu qui le remplit. |
C'est là qu'aprés avoir fait parer les autels, le furieux Atrée se précipite, tralnant avec lui les enfants de son frère. 0 ciel! puis-je le dire ? Atrée lui-même charge de fers les nobles mains de ses neveux; il orne leurs têtes affligées de guirlandes de pourpre : l'encens brüle; la liqueur sacrée de Bacchus coule en libations; le couteau purifié dans le gâteau . salé touche les victimes. L'ordre prescrit dans les sacrifices.
Servatur oinnis ordo, ne tantum nefas Non rite fiat.
CHORUS
Quis manum ferro admovet ?
Ipse est sacerdos, ipse funesta prece Letale carmen ore violento canit, Stat ipse ad aras, ipse devotos neci Contrectat, et componit, et ferro admovet.
. Attendit ipse. Nulla pars sacri perit.
Lucus tremiscit. Tota succusso solo Nutavit aula, dubia, quo pondus daret ,
Ac fluctuanti similis. E laevo aethere' Atrum cucurrit limitem sidus trahens.
Libata in ignes vina mutato fluunt
Cruenta Baccho. Regium capiti decus
Bis terque lapsum est; flevit in templis ebur. Movere cunctos monstra : sed solus sibi Immotus Atreus constat, atque ultro Deos
Terret minantes. Jamque dimissa mora Assiluit aris, torvum et obliquum intuens, Jejuna silvis qualis in Gangeticis
Inter juvencos tigris erravit duos, Utriusque praedae cupida, quo primos ferat Incerta morsus , flectit huc rictus suos,
lllo reflectit, et famem dubiam tenet ;
Sic dirus Atreus capita devota impiae Speculatur irae. Quem prius mactet sihi,
est scrupuleusement observé, comme si le plus exécrable attentat devait être exécuté de la manière la plus religieuse.
LE C H OE U R
Et quel était le sacrificateur?
LE COURRIER
Atrée lui-même. Il prononce léspriéres funèbres ; saboüche violente chante l'hymne de la mort; lui-même il s'appuie sur : l'autel; lui-même touche les victimes qu'il a dévouées ; il dispose leurs tétes pour les frapper ; il approche le fer; il les observe avec attention. Aucune formule essentielle n'est oubliée, Cependant la forêt tremble, le palais, ébranlé jusque dans ses fondemens, chancelle et semble chercher de quel côté il tombera. Dans la partie gauche du ciel, une étoile s'élance et trace un noir sillon. Le vin versé dans le brasier se convertit en sang. Trois fois le diadéme tombe de la tête d'Atrée. L'ivoire pleure dans les temples. Tous les assistans sont effrayés de ces prodiges. Le seul Atrée, inébranlable, épouvante les dieux qui le menacent; soudain il s'élance à l’autel et jétte des regards farouches et obliques. Semblable à une tigresse que la faim dévore et qui se trouve dans les foréts du Gange entre deux jeunes taureaux : également avide de l’un et de l'autre, elle ne sait lequel elle dévorera le premier; elle toutne et retourne sa tête affreuse en grinçant les dents, et retient en suspens sa voracité. Tel est le sanguinaire Atrée ; il contemple les deux victimes dévouées à sa fureur impie; il balance entre l'une et l'autre; la première et là seconde lui sont également odieuses. Peu lui importe la
Dubitat ; secunda deinde quem caede immolet.
Nec interest : sed dubitat: et saevum scelus Juvat ordinare.
CHORUS
Quem tamen ferro occupat? . Primus locus ( ne deesse pietatem putes ) Avo dicatur; Tantalus prima hostia est.
CHORUS
Quo juvenis animo, quo tulit vultu necem?
NUNTIUS
Stetit sui securus, et non est preces Perire frustra passus : ast illi ferus In vulnere ensem abscondit, et penitus premens Jugulo manum commisit; educto stetit Ferro. cadaver : cumque dubitasset diu Hac parte, an illa caderet , in patruum cadit. Tunc ille ad aras Plisthenem saevus trahit, Adicitque fratri: colla percussa amputat.
Cervice caesa truncus in pronum ruit :
Querulum cucurrit murmure incerto caput. .
| CHORUS
Quid deinde gemina caede perfunctus facit?
Puerone parcit? an scelus sceleri ingerit ?
NUNTIUS
Silva jubatus qualis armema leo In.caede multa victor armento incubat.
Cruore rictus madidus, et pulsa fame
quelle tombera la première; mais il veut mettre de l'ordre dans son crime.
LE CHŒUR
Lequel est enfin tombé le premier?
LE COURRIER
Atrée ( pour qu'on ne croie pas qu'il manque à la piété ) sacrifie d'abord à son aieul, et le jeune Tantale est sa premiére victime.
LE CHOEUR. De quel œil ce malheureux enfant a-t-il vu la mort ? LE COURRIER.
Avec le plus grand calme: il ne s'est point abaissé à de vaines priéres. L'assassin a caché son épée tout entiére dans la blessure , et le serrant fortement à la gorge, il en a retiré le fer meurtrier. Le cadavre est encore resté debout, incertain de quel cóté il tombera; il tombe enfin sur son oncle. Au méme instant, le barbare traîne Plisthénes à l'autel, et le réunit à son frére, en lui tranchant la téte, qui, séparée du tronc, fait entendre encore un murmure sourd et plaintif.
LE CHŒUR
Qu'a fait le tyran aprés ce double meurtre ? a-t-il épargné l'enfant? a-t-il ajouté à ses crimes un nouveau crime encore? | |
LE COURRIER
Tel, un lion d'Arménie à la crinière flottante, animé au carnage par le carnage méme, la gueule teinte de sang ; après avoir exercé sa fureur sur un troupeau nombreux , conserve
Non ponit iras; hino et hinc tauros premens Vitulis minatur, dente jam lasso piger :
Non aliter Atreus saevit, atque ira tumet, Ferrumque gemina caede perfusum tenens, Oblitus in quem rueret, infesta manu Exegit ultra corpus, At pueri statim Pectore receptus ensis, in tergo exstitit.
Cadit ille, et aras sanguine exstinguens suo, Per utrumque vulnus moritur. | CHORUS.
O saevum scelus!
NUNTIUS
Exhorruistis! hactenus sistat nefas, Pius est.
CHORUS
Àn ultra majus aut atrocius Natura recipit ?
Sceleris hunc finem putas?
Gradus est.
CHORUS
Quid ultra potuit? abjecit feris Lanianda forsan corpora, atque igne arcuit.
NUNTIUS
Utinam arcuisset , ne tegat functos humus, We solvat ignis, avibus epulandos licet Ferisque triste pabulum saevis trahat; Votum est sub hoc, quod esse supplicium solet
toute sa rage, quoique sa faim soit apaisée, et menace encore de ses dents fatiguées les veaux timides , aprés avoir égorgé les taureaux ; tel l'impitoyable Atrée, devenu plus furieux et toujours armé du glaive souillé par un double parricide, tombe sur ce faible enfant, et lui enfonce dans la . poitrine le fer homicide, qui pénètre à travers du corps. Le sang de l'innocent , qui sort à gros bouillons de ladouble blessure, éteint le feu qui brülait sur les autels, et la victime expire.
LE CHŒUR
0 l’horrible forfait!
LE COURRIER
Retenez votre indignation... Le crime n'en est pas resté là. Atrée est encore vertueux.
LE CRŒUR.
La nature connaît-elle une plus grande atrocité ? LE COURRIER.
Pensez-vous être à la fin du crime? Vous n’en êtes qu'au premier degré.
LE CHŒUR
Qu'a-t-il pu faire de plus? a-t-il exposé aux bétes féroces les corps de ces infortunés? les aurait-il privés de l'honneur du bücher (2)? |
| LE COUBBIBB.
Plût aux dieux qu'il se fût contenté de les priver d'un peu de terre, de leur refuser les devoirs du bücher, de les faire servir de páture aux cruels vautours; et de donner pour tout supplice au trop malheureux Thyeste le spectacle de ses enfants assassinés sans sépulture !... mE
Pater insepultos spectet. O nullo scelus Credibile in aevo, quodque posteritas neget!
Erepta vivis exta pectoribus tremunt, Spirantque venae, corque adhuc pavidum salit. At ille fibras tractat, ac fata inspicit ;
Et adhuc calentes viscerum venas notat.
Postquam hostiae placuere , securus vacat Jam fratris epulis. Ipse divisum secat
In membra corpus; amputat trunco tenus Humeros patentes, et lacertorum moras; Denudat artus dirus, atque ossa amputat :
Tantum ora servat , et datas fidei manus.
. Haec verubus haerent viscera, et lentis data Stillant caminis : illa flammatus latex, Querente aheno, jactat : impositas dapes Transiluit ignis, inque trepidantes focos
Bis ter regestüs et pati jussus moram, Invitus ardet. Stridet in verubus jecur.
Nec facile dicam , corpora an flammae magis Gemuere. Piceus ignis in fumos abit :
Et ipse fumus tristis, ac nebula gravis,
Non rectus exit, seque in excelsum levans, Ipsos penates nube deformi obsidet.
O Phoebe patiens , fugeris retro licet, "Medioque ruptum merseris coelo diem,
Sero occidisti. Lancinat natos pater, Artusque mandit ore funesto suos.
Nitet fluente madidus unguento comam,
O abomination qui ne trouvera de créancé dans aucun siècle , et que la postérité ne pourra concevoir ! Les entrailles arrachées de ces corps palpitans frémissent ; leurs veines respirent encore ; leurs cœurs tressaillent sous la main qui les touche. Atrée examine les fibres fumantes, il y chercheles présages du destin, en observant tous les viscères qui conservent encore la chaleur et la vie. Satisfait des augures qu'il en tire, il s'occupe tranquillement du festin qu'il veut préparer à son frère. Il divise les corps en plusieurs parties; il détache du tronc les épaules et les bras dans toute leur . étendue ; le cruel met toutes les jointures à nu, brise tous les os, ne garde que la téte, et les mains qu'il avait pressées dans les siennes, comme un gage de fidélité. Le reste, at-
taché à des broches devant un brasier ardent, ou jeté dans des vases d'airain que la flamme enviroónne, y distille lentement son suc. Mais l'airain se plaint et murmure ; le feu recule d'ef- . froi et semble repousser ces effroyables méts. Trois fois Atrée reporte les tisons dans le foyer tremblant, et les tisons obligés d'obéir s'enflamment à regret. La broche crie, et l'on entend les gémissemens, dirai-je des corps ou du feu? La flamme devenue noire comme la poix , s'échappe en fumée, et cette fumée elle - méme, triste et pesante comme un brouillard épais, ne s'éléve qu'en ondulations irréguliéres ; elle se balance dans l’airet retombe en couvrant les Pénates d'un nuage livide.
O soleil, malgré ta patience, tu fuis cependant, et au milieu de ta carriére, tu nous aménes là nuit: mais queta fuite m'a paru tardive!
Hélas! Thyeste , ce malheureux pére, à table maintenant, déchire ses enfants ; sa bouche avide les dévore. Sa tête parée exhale le parfum le plus doux; le vin appesantit ses esprits.
'" Sol auroram videt occiduus,
Quid te aetherio pepulit cursu?
Quae causa tuos limite certo Dejecit equos? numquid aperto Carcere ditis victi tentant Bella gigantes ? numquid Tityus Pectore fesso renovat veteres Saucius iras? num rejecto Latus explicuit monte Typhoeus?
Numquid struitur via Phlegraeos.
Alta per hostes? et Thessalicum Thressa premitur Pelion Ossa?
Solitae mundi periere vices :
Nihil occasus, nihil Ortus erit.
Stupet. Eoos assueta deo Tradere frenos, genitrix primae Roscida lucis, perversa sui Lumina regni, nescit fessos Tingere currus, nec fumantes Sudore jubas mergere ponto.
Ipse insueto novus hospitio
Tenebrasque jubet surgere, nondum Nocte parata. Non succedunt Astra, nec ullo micat igne polus :
Nec Luna graves digerit umbras.
Sed quidquid id est, utinam nox sitf Trepidant, trepidant pectora magno Percussa metu, ne fatali Cuncta ruina quassata labent :
. Iterumque Deos hominesque premat
Deforme chaos: iterum terras,
Quelle puissance arrête ta course dans le firmament, et détourne tes chevaux de leur route ordinaire? LesTitans échappés de l'infernale prison, recotnmencent -ils'leurs guerres impies ? Tityus, fatigué de voir éternellement renaltre ses entrailles, a-t-il repris ses fureurs et'ses premières forces ? Typhée a-t-il rejeté la montagne qui “pèse sur sa poitrine? Le vallon de Phlégra devient-il encore le théâtre des combats du
ciel contre la terre? Veut-on encore entasser l'Ossa sur le Pélion?
L'harmonie du monde est dono détruite : nous n'avons plus. ni coucher, ni lever du soleil. La. déesse qui ramène avec la rosée les premiers feux du jour, et qui a coutume de donner à Phébus ses freins d'or, .est dtonnéé-de né plus voir la lumière dans son empire;. elle n'a point la force de plonger dans la mer les coursiers accablés, ni de rafraidhir dans Ponde leurs crins fumans de sueur. Le soleil lui-inàme 'est surpris, à son coucher, de voir Paurore, de sé trouver dans un hospice si nouveau, d’être obligé de faire lever les ténèbres lorsque la, . nuit n'est pas préte encore. Les ástres ne paraissent point ; les pôles ne brillent d'aucun feu; la lune. ne dissipe point cette. affreuse obscurité. ; n Ue
Ah ! que ce prodige, quel qu’ ‘il soit, n' »'ait pour nous que. les horreurs de la nuit ! Mais tous leg cœurs frissonnent et tremblent qu'il ne nous annonce la ruine fatale du monde, et que l’affreux chaos ne revienne envelopper les dieux et les hommes, les terres , les mers «t les feux, et que la nature. ne nous cache pour jamais. les ' étoiles "destinées à faire l'or-.
- Hie, qui nondum xere benigno
Ber quas pavidam vexerat Hellen. — | Hic , qui nitido Taurus cornu
| Secumiqué trahent Scorpiôn ácrein.
Et, qui nervo tenet AËtionio.
THYESTES. ACT. 1V. SCEN. Il.
Et mare et ignes, et vaga picti Sidera mundi Natura tegat.
Non aeternae. facis exortu Dux astrorum secula ducens Dabit aestatis brumaeque notas. .
Non Phoebeis obvia flammis.
Demet Nocti Luna timores, Vincetque sui fratris habenas, Curvo brevius limite currens.
Ibit in unum congesta sinum Turba Deorum".
Hic, qui sacris pervius astris Sécat obliquo tramite zonas, :
Fléetens longos Signifer annos, Lapsa videbit sidera labens. .
Reddit, Zephyro veln tepenti; Aries praeceps zbit in undas, ..
Praefert H: radas , | secum Geminos
" Trahet, ét curvi brachia Cancri.
Leo flammiferis aestibus ardens.
Iterum e coelo cadet Herculeus.
Cadet in terras Virgo relictas; Justaeque cadent ponderà Librae;
Pennata senex spicula -Chiron; - | Rupto perdet spieula nervo, |
': Pigram referens hiemèem: gelidus
THY ESTE. ACT. IV. SCEN, I. #51 nement du ciel. Hélas! le roi des astres qui conduit les siècles à la lueur .de son éternel flambeau, ne nous donnera plus les marques distinctives des hivers et des étés. La lune qui se présentait à sa rencontte , n'écartera plus par sa clarté tout ce que la nuit a d’effrayant ; elle ne devaneera plus de vitesse le char de son frére en décrivant un moindre,orbite. La troupe des dieux dispersés dans l'espace n'occupera plus
qu'un point unique dans l’immensité.
Ce zodiaque sur lequel est tracée la route des astres sacrés, ce cercle embelli par les constellations, et qui partage obliquement les zones, ne fera plus tourmer les longues années, et entraînera dans sa chute les oops lumineux. Ce bélier qui, au retour de l'aimable printemps, permet de confier les
voiles à la douce haleine dés zéphirs , ira se précipiter dans les ondes à travers lesquelles il transporta: :autrefois la timide Hellé (2). Ce taureau dont les cornes brillantes supportent les hyades, trainera à sa suite les gemeaux et le cancer aux pinces recourbées. Le lion qui atteste le courage d'Hercule, et qui lance tous les feux de l'été ; la vierge, et la balance, qui conserve un juste équilibre , se précipiteront vers la terre
déserte, et avec eux disparattra l'Àpre scorpion.
Le vieux Chiron (5), dont le bras est armé d'un arc d'Émonie, perdra toutes ses flèches empennées qui glisseront
de son arc rompu. Le glacial Égocéros (4), qui nous ramène
Cadet AEgoceros, frangetque tuam,
Quisquis es, Urnam. Tecum excedent
Ultima coeli sidera Pisces. -
Monstraque nunquam perfusa mari
Merget condens omnia Gurges.
Et qui medias dividit Ursas,
Fluminis instar, lubricus Angus :
Magnoque minor juncta Draconi
Frigida duro Cynosura gelu :
Custosque sui tardus plaustri
Jam non stabilis ruet Arctophylax.
Nos e tanto visi populo
Digni, premeret quos everso.
Cardine mundus.
In nos aetas ultima venit.
O nos dura sorte creatos,
Seu perdidimus solem miseri,
Sive expulimus! Abeant questus. .
Discede, timor. Vitae est avidus, —
Quisquis non vult, mundo secum,
Pereunte, mori.
| THYESTE. ACT. 1V. SCÉN. II. 239 les hivers , écrasera ton urne (5) en tombant, Ô déité inconnue qui la portes ; les poissons, ces derniers astres du ciel, disparaîtront aveo toi. Des monstres qui jamais ne se baignérent dans les flots seront engloutis dans les abimes de l'Océan ; et cet horrible serpent qui partage les deux ourses comme un grand fleuve, cette cynosure (6) glacée qui qui touche au dragon ; ce gardien (7) si lent du char boréal, pe pourront résister à ce mouvement universel.
Malheureux peuple ! nous avons été choisis pour être écrasés sous les ruines du monde, Cette génération a donc été réservée pour la fin des siècles. Infortunés Argiens ! ou nous avons perdu le soleil sans avoir mérité, notre sert, ou nous l'avons chassé par nos crimes. Cessons donc nos plaintes; modérons notre effroi. C'est trop aimer la vie que de refuser de périr, quand l'univers périt.
AAA 31A2V21VS9SAAA LAS VUS LAS VAO4AARAA ARAAAAAAR LAS LABS LAS AAARAAAAA
ACTUS V
SCENA PRIMA
ATREUS
A Eovaris astris gradior, et cunctos super Altum superbo vertice attingens polum.
Nunc decora regni teneo, nunc solium patris. . Dimitto superos: summa votorum attigi.
Bene est; abunde est; jam sat est etiam mihi. Sed cur satis sit? pergam, et implebo patrem Funére suorum : ne quid obstaret pudor, - Dies recessit. Perge, dum coelum vacat.
Utinam quidem tenere fugientes Deos
Possem, et coactos trahere, ut ultricem dapem Omnes viderent! quod sat est, videat pater... Etiam die nolente discutiam tibi .
Tenebras, miseriae sub quibus latitant tuae.
Nimis diu conviva securo jacet
Hilarique vultu. Jam satis mensis datum est, Satisque Baccho : sobrio tanta ad mala
Opus est Thyeste. Turba famularis fores Templi relaxa; festa patefiat domus.
Libet videre, capita natorum intuens
Quos det colores, verba quae primus dolor
VAN AAA UARAAAAAAA //2A//9 1/53 ^//9.8/4/2/2/2/8