‹ Théâtre complet des Latins (volume 2)Chapitre 97 sur 128 · PHEDRE, LA NOURRICE, LE CHŒUR · texte numérisé non relu

PHEDRE, LA NOURRICE, LE CHŒUR

LE CHŒUR

Qu venez. vous nous apprendre , à nourrice de Phèdre ! Dans quelle situation est l’âme de cette reine? Les feux : qui la consumaient sont-ils ralentis ?

LA NOURRICE

Nous avons perdu tout espoir de soulager son mal éruel, son ardeur insensée ne so ralentit potet. La flamme dont elle brûle en secret est engese enfermée:dani son sein ; eie veut la cacher, mais toujours son visage Ja txabiti ses yeux pazlent en dépit d'elle; elle abaisse ses. panpitres appesanties , et semble éviter l'éclat de la lumière. Troublée, indécise, égarée, tout lui déplait. Dans sa douleur incertaine , elle tourmente, elle épuise son corps en mouvemens inutiles : tantót presque mourante, elle marche à pas chancelans, et soutient à peine sa tête défaillante : tantôt elle’ retombe dans l'abattement, dont elle sort peu après sans pouvoir se rendre au repos. Oubliant le sommeil , elle passe les muits à gémir; elle se lève , elle se couche ; elle détruit et répare tour-à-tour le brillant édifice de sa chevelure. Toutes les positions , tantes les habitudes de son corps la génent , elle en change à toute heure. Elle ne veut plus vivre, et ne prend plus de nourriture.

Jam viribus defecta ; non idem vigor , Non ora tingens nitida purpureus rubor.

Populatur artus cura. Jam gressus tremunt; Tenerque nitidi corporis cecidit decor. - Et, qui ferebant signa Phoebeae facis, Oculi nihil gentile nec patrium micant.

Lacrimae cadunt per ora, et assiduo genae Rore irrigantur : qualiter Tauri jugis Tepido madescunt imbre percussae nives.

Sed, en, patescunt regiae fastigia :

Reclinis ipsa sedis auratae toro, .

Solitos amictus mente non sana abnuit.

| PHAEDRB A.

Removete; famulae, purpura atque auro illitas Vestes. Procul sit muricis Tycii rubor, Quae fila ramis ultimi seres legunt :

Brevis expeditos zona constringat sinus.

Cervix monili vacua; mec niveus lapis Deducat aures, Indici donum maris.

Odore crinis sparsus Assyrio vacet :

Sic temere jactae colla perfundant comae.

Humerosque. summos; cursibus motae citis Ventos sequantur." Laeva se pharetrae dabit; Hastile:vibret dextra Thessalicum manus.

Tali severi mater Hippolyti fuit.

Qualis, relictis frigidi ponti plagis , Egit catervas, Atticum pulsans solum, Tanaitis, aut Maeotis, et nodo comas

HIPPOLYTE. ACT. 1I. SCÉN. I. 915

Elle se promène péniblement dans ses appartemens; ses forces l'abandonnent , elle a perdu l'éclat brillant de son teint, sa fraicheur, sa légèreté, sa gráce; le noir chagrin la mine sourdement. Ses yeux n'ont plus rien dé ce charme céleste que leur avait communiqué Phébus, le plus beau des immortels, auteur glorieux de ses jours. Ses joues sont continuellement baignées de larmes, qui tombent comme la rosée des cóteaux du Taurus.... Mais voilà son palais qui s'ouvre. Assise sur son tróne d'or, la voilà qui, dans son égarement fatal, rejette selon sa coutume , sa parure et ses ornemens.

Si je vous suis chère , délivrez- moi de ce voile de pourpre, de ces vétemens couverts d'or qui me pésent. Loin de . moi l'éclat de la couleur 'Tyrienne , et ces riches tissus des plages orientales! Je ne veux plus sur mon sein qu'une ceinture commune. Détachez ce collier; débarrassez mes oreilles de ces pierres brillantes, don précieux la mer de l'Inde. Que je hais ces parfums d'Assyrie qu'on a répandus sur ma tête ! Laissez mes cheveux épars sur mon cou, je veux qu'ils flottent au gré des vents. Je placerai ce carquois sur mon épaule gauche , et ce dard de Thessalie armera ma main droite.. Je ressemblerai mieux à la mère du sévère Hippolyte , alors que, sortant des climats glacés de l'Euxin , à la tête de ses ' fières Amazones, elle faisait retentir les champs de l'Attique sous. ses pieds belliqueux. Cette reine du Tanais ou des Méotides (1) ne contraignait point sa chevelure ; elle l'assujettissait avec un simple réseau, et h'avait pour la garantir des traits de ses ennemis, qu'un bouclier en forme de

4314. HIPPOLYTUS. ACT. 1I. SCEN. I.

Coegit emisitque, lunata latus Proteeta pelta; talis in silvas ferar.

NUTRIX

Sepone questus. Non levat miseros dolor, Agreste placa virginis numen Deae.

Regina nemorum, sola quae montes colis, Et una solis montibus coleris Dea, Converte tristes ominum in melius minas.

O magna silvas inter et lycos Dea, Clarumque coeli sidus, et noctis decus, Cujus relucet mundus alterna face, Hecate triformis, en ades coeptis favens.

Animum rigentem tristis Hippolyti doma.

Amare discat, mutuos ignes ferat.

Det facilis aures. Mitiga pectus fetum. Innecte mentem: torvus, aversus, ferox, [n jura veneris redeat. Huc vires tuas .

Intende, Sio te lucidi vultus ferant,

Et nube rupta cornibus puris eas.

Sic te, regentem frena nocturni aetberis, Detrahere nunquam Thessali cantus queant; Nullusque de te gloriam pastor ferat.

Ades invocata. Jam faves votis, Dea.

Ipsum intuor solemne venerantem sacrum, Nullo latus comitante. Quid dubitas? dedit Tempus locumque casus. Utendum artibus.

Trepidamus? haud est facile mandatum scelus. - Audere, Verum justa, qui reges. timet! ,

HIPPOLYTE. ACT. IL SCRN. I. 315 croissant. (2) Armée ooyprae clie, je veux parcourir qes bois.

LA NOURRIORB (au cher).

Finissons nos plaintes, elles ne soulagent point les malheureux. Ne pensons, dans un si cruel état, qu'à fléchir la grande divinité de la chasse.

À la tête du chœur, et la main sur l'autel , elle adresse la prière

suivante à Diane, au nom de Phèdre.

Reine des bois! la seule des immortelles qui habite les montagnes, et la seule aussi qu'on y adore, changez nos destinés, écartez loin de nous tous les malheurs qui nous menacent. O déesse puissante, dont la majesté remplit nos forêts; astre brillant du ciel, orngmept de la nuit, vous qui alternativement avec votre frère, dispensez la lumière au monde; triple Hécate (3), soyez favorable à nos vœux! Daignez dompter l'inflexible cœur du sombre Hippolyte : qu'il apprenne à aimer; qu'il souffre de nos feux, comme nous souffrons des siens ; qu’il écoute nos plaintes : rendez-le moins farouche , ohangez son âme. Que ce courage altier, sauvage, austére , vienne se ranger sous les lois de Vénus. O céleste fille de Latone ! accordez nous. ed grand changement ; et puissiez-vous , pour yn tel bienfait , ne jamais voir terniy votre disque ]umineux; puissent tous les enchantemens (4) de la Thessalie ne plus vous faire descendre des cieux, lorsque vous fournissez votre carrière nocturne ; et pui nil nul berger téméraire ne plus se vanter de vos divines faveurs... Vous nous exaucez, à déesse propice ! vous secondez nos. désirs. Je vois Hippolyte ; it s'approche de votre autel sacré x il est seul... Pourquoi balaneer ? le temps, le lieu sent favorables.... Je tremble... Ah! qu'il est œuel d'exécuter le crime d'un autre. Hélas! egkui qui eogsent à trembler deyapt.

Deponat; omne pellat ex animo decus.

Malus est minister regii imperii pudor.

SCENA II

HIPPOLYTUS, NUTRIX.

HIPPOLYTUS.

Quip huc seniles fessa moliris gradus, .

O fida nutrix, turbidam frontem gerens, Et moesta vultus? sospes est certe parens, Sospesque Phaedra, stirpis et geminae jugum.

| NUTRIX

Metus remitte. Prospero regnum in statu est, Domusque florens sorte felici viget.

Sed tu beatis mitior rebus veni:

Namque anxiam me cura sollicitat tui, Quod te ipse poenis gravibus infestus domas.

Quem fata cogunt, ille cum venia est miser.

At si quis ultro se malis offert volens, Seque ipse torquet, perdere est dignus bona, - Queis nescit uti. Potius annorum memor Mentem relaxa. Noctibus festis facem Attolle. Curas Bacchus. exoneret graves.

AEtate fruere : mobili cursu fugit.

les têtes couronnées, est donc forcé de renoncer à la justice , et de bannir de son cœur l'honneur et la vertu.. La pudeur a-t-elle donc si peu d'empire sur les rois.

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