‹ Théâtre complet des LatinsChapitre 122 sur 122 · L CL LS · texte numérisé non relu

L CL LS

Tendrement je vous embrassai,

Et témoignai ma joie à plus d'une reprise.

awpu. Ubi tu cubuisti? ALc. In eodem lecto , tecum, etc.

Et le souper fini, nous fümes nous coucher.

| AMPHITARYON.

Ensemble ?

| ' ALCMÈNE

Assurément ; quelle est cette demande?

Molière a substitué, on ne sait pourquoi, des diamants à la coupe de Ptérélas , qu'Amphitryon croyait apporter, comme un trophée, à sa femme. Les diamants, à l'époque où l'action est censée avoir lieu, ou n'étaient pas connus , ou n'avaient que peu de valeur, puisque l'art de les tailler est une découverte assez moderne. Mais ce ne peut étre. là un grave sujet de reproche contre le comique francais.

Dans Molière, Amphitryon est aussi méconnu par ses amis, forcé de rester dehors, tandis que Jupiter, sous ses traits, dine gaiement dans sa propre maison : mais Molière a ajouté la scène trés-plaisante où Sosie, qui s'apprétait à manger si largement, est éconduit par Mercure. | ;

Le cinquième acte de Plaute , rempli presque entièrement de détails sur l'acceuchement miraculeux d'Aleméne, ne pouyait étre reproduit sur notre scène ; Molière n'en a pris que peu de traits. Mais dans les deux pièces , c'est Jupiter qui vient faire le dénonement , et qut rétablit l'ordre dans la maison du mari qu'il a si cruellement trompé et mystfié. | '

Boileau préférait la piéce de Plaute. Son esprit froid et méthodique devait, en effet, admirer la régularité du plan de l'ancienne pièce. Mais comment ne rendait-il pas plus de justice au comique vrai, au style élégant, quoique négligé quelquefois, d'un ami dont personne. . mieux que lui ne pouvait apprécier Je talent? I] lui adressait, comme nous, l'avons dit, un reproche plus fondé : c’est d’avoir fait Jupiter doucereux. Mais c'était alors la mode; on transformait en galants de. cour les dieux et les héros de l'antiquité. Racine, plus que Moliére, a payé tribut à ce mauvais goût. | | D 4

LASINAIRE

Carre pièce n’est guère remarquable que sous le rapport des mœurs qui y sont retracées. Elle nous donne une idée très-défavorable de celles des anciens.

Un père qui aide son fils à escroquer de l'argent à sa mère, à condition que ce fils lui cédera sa maîtresse pendant une nuit : voilà un eujet qui, chez tous les peuples modernes , méme les plus corrompus, doit paraître révoltant d'immoralitó//Certes, il se trouve des pères qui, comme le Démenète de Plaute, conservent, dans leur vieillesse, du goût pour les courtisanes; mais ils ne s’en font pas gloire, et surtout ne prennent pas leurs fils pour confidents ; encore moins cherchentils à leur enlever leurs maîtresses, ou du moins à entrer en partage avec eux de leurs faveurs.

Et pourtant Plaute , ou l'auteur grec d’où il a tiré sa pièce, appelle son vieillard débauché Démenète, nom qui semble réservé à ceux qui donnent des avis, des exemples au peuple. Ou les comiques anciens ne désignaient pas toujours leurs personnages par des noms analogues à leurs caractères, ou l'auteur de l'Asinaire aura pensé que le spectacle du vice pouvait être, comme celui de la vertu, utile aux mœurs. La plupart des autres personnages ont des noms assez bien adaptés aux rôles qu'ils jouent dans la pièce. Nous ne citerons pour exeffiple que celui d'^rgyrippe qui se laisse monter sur les épaules par un esclave pour obtenir de l'argent.

On peut répondre à ceux qui reprochent à Plaute l'immoralité de la plupart de ses sujets, et surtout de la comédie de l’#siraire , qu'il ne pouvait retracer d'autres mœurs que celles qu'il avait sous les yeux. Or, tant dans la Gréce qu'à Rome, les maisons des courtisanes étaient à peu prés les seules où les hommes fussent reçus, qui tenaient ce qué nous appelons des cercles , des sociétés. On pouvait les fréquenter , surtout dans le premier de ces pays, sans se perdre de réputation. Les chefs de la république, les généraux , les philosophes, les poètes, s'y réunissaient de méme que les jeunes gens des meilleures familles. On y parlait souvent de tout autre chose que d'amour et de plaisirs : les plus graves questions de la politique et de la philosophie y étaient débattues,

discutées : l'histoire en fournit des preuves authentiques. À Rome, où les mœurs ont toujours été plus graves, du moins au temps de la ré- publique, les courtisanes ne jouaient pas un rôle si important; les grands personnages n'alaient guère chez elles que lorsqu'ils voulaient

se délasser dans le sein des plaisirs, de la fatigue du Forum et de l'en-

nui des affaires. Mais leurs maisons étaient le rendez-vous ordinairedes . jeunes gens qui leur prodiguaient l'or qu'ils pouvaient arracher à des parents. C'était à qui parviendrait à leur plaire, à les enlever à des rivaux, à force d'argent ou par d'autres moyens de séduction. C'est ce qui nous fait croire que Plaute, en prenant son sujet dans un auteurgrec, ne s'est pas attaché servilement, à son modèle. Les tableaux, par exemple, qu'il fait de l'intérieur d'une maison de courtisanes, des ruses et de la dégoütante avidité de ces femmes , devaient étre ressemblants à Rome , mais auraient été chargés et méme faux à Athénes.

Dans l’Asinaire, il y a, comme dans presque toutes les pièces de Plaute, beaucoup d'art quant au plan et à la conduite. Dès Ia première scène , le sujet est bien exposé. Le vieillard débauché explique à son valet le dessein qu'il a de s'emparer d'une assez grosse somme qui doit revenir à sa femme , et qui est le prix d'un troupeau d'ánes qu'il a vendus. Son intention est que cet esclave l'aide dans ce beau projet; et il ne craint point de déclarer que l'usage qu'il compte faire de cet argent, sera de le remettre à son fils Argyrippe, qui, en récompense, lui cédera sa maîtresse pour une nuit. À peine’ est-il parti, que l'on voit ce pauvre Árgyrippe chassé de la maison de Philénie, parce qu'i ne peut plus rien donner à l'avide mère de cette courtisane. Dans la scéne trés-curieuse de cette mére avec le jeune homme, elle lui dévoile franchement les principes des femmes de son espèce. S'il veut avoir toute une année à lui seul sa Philénie, il faut qu'il compte une somme dont elle fixe le montant.

Dans l'acte suivant, deux esclaves du vieux Démenéte s'entendent pour duper le marchand d'ánes : ils y parviennent, non sans peine , et les voilà possesseurs de l'argent dont Argyrippe aurait tantbesoin. Tout

cela ne se fait point sans beaucoup de bouffonnerles, dont quelquesunes ont été imitées par nos auteurs comiques.

Au troisième acte, om voit paraître Philénie et sa mère. Le caractère

de cette jeune fille , qui résiste aux conseils que lni donne sa mère, de ne prendre des amants que pour les rançonner et les piller, ce caractère est intéressant, aimable, et dédommage un peu du dégoût qu'inspirent presque tous les autres personnages. Elle est ‘charmante, la réponse qu'elle fait à sa mére, qui lui recommande de ne s'attacher qu'aux hommes qui peuvent bien payer. « Ma mère, il n'est point de berger « qui, dans le troupeau qu'il mène paitre , n’a distingué une brebis qui « lui plait, qu'il chérit de prédilection. Eh bien! Argyrippe est la « brebis que je préfère : permettez que celui-là, du moins, je l'aime « d'amour.

Sine me amare unum Argyrippum, animi causa, quem volo. »

La mére furieuse fait rentrer sa fille. Suivent les scénes grotesques des deux esclaves qui possèdent la somme dérobée au marchand d'ánes, et qui, avant de la donner à Argyrippe , le forcent de descendre aux prières, exigent que sa maitresse se laisse embrasser par eux. L'un d'eux, pour comble d'humiliation, monte sur ses épaules , et le fait trotter comme un cheval sur le théâtre Cette scène ne serait pas supportable méme sur nos plus vils tréteaux. Nos grands maîtres n'ont pris de tout cela que ce qu'on pouvait en prendre. Plus d'une fois on voit dans Molière et dans Régnard, des valets faire les insolents lorsque leurs maîtres ont besoin d'eux , et ces mêmes maîtres faire des bassesses pour en obtenir qu'ils les servent dans leurs amours. Si, à Rome, on pouvait voir, sans scandale, des esclaves traiter d'une manière si indigne leur maitre, l'esclavage ne devait pas étre une condition aussi rigoureuse que nous nous le figurons. De nos jours, de simples valets n'oseraient jamais prendre de telles libertés ; et pourtant ils ne sont pas esclaves.

Àu quatriéme acte , survient un personnage qui n'avait été nullement annoncé. C'est un certain Diabole, qui, tandis qu'Argyrippe cherchait de l'argent , a traité avec la mère de Philénie, et doit être possesseur de la jeune fille pendant toute une année, Un parasite lui lit toutes les clauses de l'acte en forme, qu'il doit faire signer à cette honnête mère ; et c’est un monument bien précieux et de la forme dans laquelle se rédigeaient les contrats, et des ruses qu 'employaient les courtisanes pour tromper ceux qui les avaient achetées. Aucune des précautions que

l'on peut prendre avec des femmes de cette espéce pour se garantir de leurs infidélités , n'est négligée. L'idée de ce contrat est on ne peut plus plaisante : mais, pendant qu'on le rédigeait, Argyrippe et son père Démenéte ont compté à la mére de Philénie l'argent des ánes. Leur rival trouve la place prise; dans sa colère, il n'imagine rien de mieux pour se venger , que de faire avertir la femme de Démenète de la conduite de son mari.

Au cinquième acte, on voit dans l'intérieur de la maison des courtisanes, le vieillard et son fils à table au milieu d'elles. C'est ici qu'il faut bien se rappeler la forme des théâtres des anciens. Le théâtre représentait ordinairement une rue ou une place. Des deux cótés et dans le fond étaient des bátiments. Ceux du fond étaient trés-rapprochés du

, proscénium qui avait peu de largeur. Ainsi , dés qu'on voulait faire voir une scène qui se passait dans l'intérieur d'une maison , on écartait le rideau qui en couvrait laporte. Il faut doncsupposer que l'on voit , par la porte, le banquet qui a lieu dans la maison des courtisanes. Artemone , femme de Démenéte , avertie par le rival, est accourue ; elle écoute de la rue, et voit méme, sans étre apercue des convives, tout ce qui se dit et se passe dans la maison. Elle n'a pas lieu d'étre contente des propos de Démenéte à son sujet. Furieuse, elle vient troubler la féte, et forcer son mari de rentrer dans son devoir. La pièce finit par des réflexions que la troupe ( grez ) fait sur la conduite du vieillard; mais trés-différentes de celles que les chœurs , dans les tragédies , adressent soit aux personnages, soit au public, elles n'ont rien de moral. On y excuse le vieillard Démenète d'avoir voulu s'amuser à l'insu de sa femme ; c'est, dit-on, la coutume. Et d'ailleurs, quel homme peut résister à l'occasion? Peut-étre ne sommes-nous guéres plus sages que les anciens? mais, en vérité, ce ne serait pas ainsi que nous finirions une piéce de ce genre, s'il était possible de la transporter sur notre théátre.

Dans les trois derniers actes , on est fondé à croire que les scènes ont été dérangées , qu'elles ne sont point à la place qu'elles devraient occuper. Le théâtre reste quelquefois vide, ou deux personnages succèdent à deux autres qui viennent de quitter la scène, sans que rien

les annonce. Ce sont là des défauts que l'on ne rencontre guéres dans

Plaute. Ce qui, surtout, doit faire soupçonner quelque désordre, c’est que, dans le quatrième acte, Diabole, après s’être fait lire le projet d'acte qu'il va passer avec la mère de Philénie, entre chez elle, et il ne reste plus aucun acteur en scène. Il en sort aussitôt, et a déjà eu le temps d'apprendre qu'il n'y a plus rien à faire pour lui dans cette maison ; qu'il est supplanté par Árgyrippe et son pére, et que tout se prépare pour un festin. I] est presque impossible que Plaute n'ait pas mieux ordónné cette partie de sa pièce ; il s'astreint trop, dans tout le reste , à la régle des vraisemblances. Mais l'ordre que les glossateurs veulent substituer à celui qu'indiquent les manuscrits , est-il plus satisfaisant? nous ne lc croyons pas. Nous croirions plus facilement qu'il s'est perdu une ou plusieurs scénes intermédiaires, qui, sans doute, étaient peu importantes pour l'action, laquelle n'est nullement interrompue, mais qui facilitaient seulement la marche de la pièce, et motivaient les entrées et les sorties des personnages. Am. D. et Ar. D.

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