SOSIE, MERCURE
SOSIE
Esau au monde un. homme plus hardi que moi? En est- | lun plus déterminé? Je connais les mœurs de notre jeu- | messe (1) , et j'ose aller seul pendant la nuit ! Que ferais-je
maintenant si les triumvirs allaient me jeter (2) en prison,
‘où on me retirerait demain, comme d'un garde -manger , pour m'appliquer une centaine de coups de fouet? Pourrai-
je dire un mot pour ma défense? Pourrai-je avoir recours à
mon maítre ? Ne croira-t-on pas que j'ai mérité ce rude trai-
tement? Ainsi, huit bras nerveux frapperont sur moi chétif, | Comme sur une enclume? Serait-ce donc la réception qui m'at- . tendrait à mon retour (3) d'un voyage lointain ? Voilà à quoi m'expose l'impatience de mon maitre, en m'envoyant du port sans nécessité pendant la nuit , à upe heure indue! No | pouvait - il pas attendre: qu'il fit jour? ...... .. Le service auprés des gens riches a quelque chose de bien pénible ; il ne fait pas bon être leur esclave. Jamais ils ne manquent de prétexte pour troubler votre repos et le jour et la nuit; toujours quelque chose à faire, quelque chose à dire. Un
maître enrichi par votre travail, sans jamais prendre part à
l'ouvrage, croit possible tout ce qui lui passe par la tête ;
tout lui parait juste: il ne songe pas à vos fatigues, peu lui
29 AMPHITRUO. ACT. I. SCEN. I.
' AEquom esse putat ; nón reputat laboris quid sit ,
Nec, aequom anne iniquom imperet , cogitabit !
Ergo in servitute expetunt multa iniqua ! |
Habendum et ferendum hoc onus est cum labore. MERCURIUS.
Satius est me queri illo modo servitutem, hodie
Qui fuerim liber, eum nunc potivit pater
Servitutis : hic, qui verna natus est, queritur. Sum vero verna verbo. | | SOSIA.
Numero mihi in mentem, fuit,
Dis advenientem gratias pro meritis agere, atque adloqui. Nae illi, edepol, si merito meo referre studeant gratias, Aliquem hominem adlegent;'qui mi advenienti os occillet —
probe : | | Quoniam bene quae in me fecerunt ingrata ea habui atque
inrita. |
| MERCURIUS
Facitille, quod volgo haud solent, ut, quid se sit dignum,sciat. | SOSIA. |
Quod nunquam opinatus fui , neque alius quisquam civium Sibi eventurum, id contigit, ut salvi potiremur domum. Victores vicüs hostibus legiones reveniunt domum, Duello extincto maxumo atque internecatis hostibus : Qui multa Thebano populo acerba objecit funera, Id vi ct virtute militum victum atque expugnatum oppi-
dum ‘st,
Imperio atque auspicio heri mei Amphitruonis maxume,
-- —.—— —-—— — A —--—— - pe-—«— ———5
AMPHITRYON: ACT. I. SCEN. L 25 imporle , si ce qu'il exige est raisonnable ou non. Que d'injustices nous avons à souffrir dans la servitude , pauvres esclaves ! mais c'est un fardeau. qu'il faut porter avec courage , bon gré mal gré. no. N
+ " MERCURE
C d'aibien plus sujet de me plañadre que ce faquin, moi, libre encore ce matin, et que les caprices de mon pire réduisent à la condition d'esclave. Ce misérable n'arien à
dire , il est esclave et fils d'un esclave (4); pour moi, je ne suis esclave que de nom.
D Fr
MU to | SOSIE.
ll me vient fort à propos, à l'esprit de rendre gráces
- aux dieux de mon heureux retour et de leurs bienfaits. Ma foi, s'ils tie traitaient selon mon mérite, ils m'enverraient quelque vigoureux coquin qui me casserait Ja mâchoire. En
- effet, les dieux, qui m'ont fait quelque bien, n'ont pas trop à
. selouer de ma reconnaissance.
MERCURE
Voilà un homme bien extraordinaire ! Il sent lui-même ce qu'il mérite.
SOSIE
Je ne l'aurais jamais pensé, et personne ne s'y serait attendu : contre toute espérance, nous arrivons chez nous sains et saufs. Nos légions ont complétement battu l'ennemi, ct reviennent victorieuses et iriomphantes. Elle est donc terminée cette guerre désastreuse qui coûla tant de pertes et de larmes aux Thébains, et les ennemis ont succombé ! Les assiégés. ont cédé i»la force, à la valeur de nos soldats , qui combattaicnt sous les auspices et scus les ordres
, AMPHITRUO. ACT. I. SCEN. I.
Praeda afque agro adoreaque adfecit populares suos ,
Regique Thebano Creonti regnum stabilivit suum.
Mea portu praemisit domum, ut haec nuntiem uxori suae :
Ut gesserit rempublicam ductu , imperio, auspicio suo.
Ea nunc meditabor, quomodo illi dicam, quum illo * advenero. |
Si dixero mendacium , solens meo more fecero.
Nam quum pugnabant maxume, ego fugiebam maxume.
Verumtamen , quasi adfuerim , similabo atque audita eloquar.
Sed quomodo et verbis quibus me deceat fabularier ,
Prius ipse mecum etiam volo hic meditari. Sic hoc proloquar :
Principio ut illoadvenimus , ubi primumterramtetigimus,
Continuo Amphitruo delegit viros primorum principes :
Eos legat : Telebois jubet sententiam ut dicant suam.
Si sine vi et sine bello velint rapta et raptores tradere,
Si quae absportassent, redderent; se exercitum extemplo domum
Reducturum, abituros agro Árgivos, pacem atque otium
Dare illis. Sin aliter sient animati, neque dent quae petat,
Seseigitursumma vivirisqueeorumoppidum expugnassere.'
Haec ubi Telebois ordine iterarunt , quos praefecerat
Amphitruo : magnanimi viri, freti virtute et viribus
Superbi, nimis ferociter legatos nostros increpant.
Respondent, bello se et suos tutari posse : proinde uti
Propere de finibus suis exercitus deducerent.
Haec ubi legati pertulere, Amphitruo castris illico
d'Àmphitryon mon maítre, qui a partagé entre ses concitoyens le plus riche butin et toutes les terres qu'il vient de conquérir ; il leur a méme distribué les moissons dont elles étaient couvertes (5). C'est à la sagesse d'Amphitryon que Créon , roi de Thèbes , doit l'affermissement de $on trône. J'arrive du port d'où mon maître m'envoie en avant (6), pour raconter à son épouse, avec quel succés il a servi la république , et comment il en est devenu le libérateur, par ses talenset son génie. Mais voyons par oü mon récit doit commencer en arrivant. Si je mens , je suivrai ma louable coutume; en effet, plus on combattait avec opiniátreté , plus je fuyais avec vitesse.
Cependant, parlons, comme témoin oculaire, de ce qui s'est passé, quoique je ne puisse parler que d’après les autres. Mais, auparavant, méditons un peu mon sujet. De quelle manière , en quels termes dois-je broder mon récit? J'entre donc en matière, et je dis : d'abord, nous arrivons; et ' nous avions à peine touché la terre (7), qu'à l'instant Amphitryon choisit les principaux chefs de l’armée , et les députe vers les Téléboéns , pour leur déclarer que s'ils consentaient à nous livrer les pillards età remettre entre nos mains les choses qui nous auraient été enlevées , sans engager un combat (8), il s’obligeait à faire retirer ses soldats, à faire évacuer par les troupes grecques tout le territoire , pour leur rendre la paix et le repos; mais que s'ils rejetaient ces propositions , il allait pousser le siége de leur ville avec la plus grande vigueur (9).
Lorsque nos ambassadeurs eurent rempli leur mission auprès des Téléboéns; ces hommes vaillants se reposant sur leurs forces et sur leur courage , traitèrent nos envoyés avec un peu trop de fierté. Nous pouvons, répondirent - ils, nous défendre et maintenir nos propriétés. Éloignez donc à l'instant les troupes qui occupent nos frontières. Cette réponse étant parvenue à Amphitryon, il sort du camp, fait
26 AMPHITRUO. ACT. I SCEN. I.
Prodücit omnem exercitum : contra Teleboae ex oppido Legiones educunt suas , nimis pulcris armis praeditas. Postquam utrimqne exitum 'st maxuma copia , . Dispertiti viri, dispertiti ordines : 7 Nos nostras more nostro et modo instruximus legiones. Item hostes contra legiones suas instruunt. | Deinde utrique imperatores in medium exeunt Extra turbam ordinum; conloquuntur : simul Convenit, victi utri sint eo proelio, Urbem, agrum, aras, focos, seque uti dederent. Postquam id actu' est, tubae utrimque canunt : contra Consonat terra : clamorem utrimque efferunt. Imperator utrimque hinc et illinc Jovi Vota suscipere , hortari exercitum :
Pro se quisque, id quod quisque potest et valet, Edit; ferro ferit : tela. frangunt : boat Coelum fremitu virum : ex spiritu atque. anhelitu Nebula constat : cadunt volneris vi et virium. Denique , ut voluimus, nostra superat manus : Hostes crebri cadunt : nostri contra ingruunt. Vicimus vi feroces.
Sed fugam in se tamen nemo convortitur”, Nec recedit loco , quin statim ^ rem gerat.
Animam omittunt , priusquam loco demigrent :
Quisque , uti steterat, jacet obtinetque ordinem. Iloc ubi Amphitruo herus conspicatus est, Illico equites jubet dextera inducere.
Equites parent citi : ab dextera maxumn
La
marcher tout son monde à l'ennemi ; les Téléboëns de leur cóté font sortir leurs légions hors de la ville, avec des armes éclatantes (10). Quand toutes les troupes eurent quitté leurs retranchements de part et d'autre, on dispose les cohortes , on se range en bataille ; nous, selon notre tactique , et l'ennemi selon la sienne. Ensuite les deux généraux s'avancent à la tête de leurs troupes ; ils s'approchent l'un de l'autre à peu de distance dés rangs, et conviennent (11) que ceux
qui seraient vaincus dans le combat , resteraient au pouvoir -
du vainqueur , eux , leur ville, leurs champs, leurs foyers et leurs dieux (12). Cela fait , la trompetie sonne, la terre en retentit : les deux armées poussent de grands cris ; les généraux adressent leurs vœux à Jupiter et haranguent leurs soldats. Alors chacun fait de son mieux ; tous rivalisent de cou-
rage ; le fer se rencontre, les lances se brisent ; les voûtes du
ciel répondent en mugissant aux cris des soldats (15); le souflle et la respiration des combattants forment un nuage épais ; les uns cèdent à leurs blessures et à la multitude qui les accable : enfin, comme nous le désirions, notre armée prend le dessus , nombre d'ennemis mordent la pous-
siére; on les charge avec impétuosité (14) ; nous battons
complétement ces hommes dont la résistance semblait ac croître le courage.
Cependant ,pas un ne cherche fuir,pas un nerecule;ils combattent tous de pied ferme et sans rompre leurs rangs (15) ; ils perdent la vie sans quitter le terrain qu'ils occupaient ; chacun d'eux est étendu àla place méme oü il avait combattu. Amphitryon irrité de cette résistance, ordonne à la cavaleric de son aile droite d'avancer ; elle fond sur l'ennemi avec une ardeus incroyable en jetant des cris affreux ; elle renverse les
8 AMPHITRUO. ACT. I. SCEN. I.
Cum clamore involant impetu alacri :
Foedant et proterunt hostium copias jure injustas. |, MERCURIUS.
Nunquam etiam quidquam adhuc verborum est proloquu. tus perperam : | Namque ego fui illic in re praesenti, et meus, quom pugnatum 'st, pater.
SOSIA.
Perduelles penetrant se in fugam. Ibi nostris animus additus est :
Vortentibus Telebois , telis complebantur corpora ;. Ipsusque Amphitruo regem Pterelam sua obtruncavit manu. Haec illic est pugnata pugna usque a mane ad vesperum : Hoc adeo hoc commemini magis , quia illo die impransus fui. | Sed proelium id tandem diremit nox interventu suo. Postridie in castra ex urbe ad nos veniunt flentes principes : Velatis manibus orant , ignoscamus. peccatum suum : Deduntque se divina humanaque omnia , urbem et liberos, In ditionem atque in arbitrium cuncti Thebano poplo. Post ob virtutem hero Amphitruoni patera donata aurea est, Qui Pterela potitare rex solitus est. Haec sic dicam herae. Nunc pergam heri imperium exsequi, et me domum capessere.
MERCURIES.
At, at ! illic huc iturus est : ibo ego illi obviam. Neque ego hunc hominem hodie ad aedis has sinam. unquam adcedere. | .
AMPHITRYON. AGT. I. SCEN. I. s9
Téléboéns qui se défendaient avec tant de bravoure , et les foule aux pieds (16).
MERCURE
Jusqu'ici, il n'a rien dit que d'exactement vrai, car mon père et moi nous étions présents au combat.
, SOSIE
Enfin le désordre se met dans les rangs ennemis, et leur Juite enflamme le courage de nos troupes , qui font pleuvoir sur les fuyards une grêle de traits ; Amphitryon , de sa propre main, coupa la tête au roi Ptérélas (17) »l'action dura depuis le matin jusqu'au soir : il m'en souvient d'autant mieux que ce jour-là je ne dinai point. Mais la nuit mit fin au combat. Le lendemain les Téléboëns vinrent les yeux baignés de pleurs et les mains jointes et voilées (18), peur implorer notre clémence et remettre au pouvoir du vainqueur leur ville, leurs dieux, leurs personnes, leurs femmes et leurs enfants, et ils se rendirent à la discrétion des Thébains. On donna ensuite à mon maître, comme un tribut offert à sa valeur, la coupe ' d'or dont le roi Ptérélas avait coutume de se servir (19). Voilà tout ce que je dois raconter à ma mattresse ! Maintenant je vais exécuter les ordres d'Amphitryon et j'entre chez nous sans différer.
À MERCURE
Oh! oh! c'est donc tout de bon qu'il veut entrer; je vais à sa rencontre et je défendrai bien aujourd'hui au maraud l'accés de cette maison. Quand j'emprunte ses traits, il m'est aisé de m'amuser à ses dépens, et puisque j'ai pris sa
50 AMPHITRUO. ACT. I. SCEN. I.
Quando imago est hujus in me, certum est hominem eludere. Et enimvero, quoniam formam cepi hujus in me et statum, Decet et facta moresque hujus habere me similes item. Itaque me malum esseoportet,callidum, astutum admodum, Atque hunc, telo suo sibi, malitia a foribus pellere. Sed quid illuc est ? Coelum adspectat : observabo quam rem agat.
SOSIA.
Certe edepol scio, si aliud quidquam est quod credam, aut . certo sciam , Credo ego hac noctu Nocturnum obdormivisse ebrium. Nam neque se Septemtriones quoquam in coelo commovent, Neque se Luna quoquam mutat atque uti exorta est semel. Nec Jugulae, neque Vésperugo, neque Vergiliae obcidunt. Ita statim stant signa : neque nox quoquam concedit die. MER CURIUS.
Perge, nox, ut obcepisti! gere patri morem meo! Optumo, optumeoptumam operam das : datam pulcre locas. Neque ego hac nocte longiorem me vidisse censeo, Nisi item unam , verberatus quam dependi perpetem. Eam quoque edepol etiam multo hac vicit longitudine. Credo edepol equidem dormire Solem, atqueadpotum probe. Mira sunt , nisi invitavit sese in coena plusculum. MERCURIUS.
Ain. vero, verbero ? deos esse tui similes putas ? . Ego edepol te istis tuis pro dictis et malefactis , furcifer,
Adcipiam ; modo sis ? veni huc : invenies infortunium.
forme et son maintien , il convient que je l'imite jusque dans ses mœurs et dans ses actions; je serai donc comme lui , méchant , fourbe , rusé et malin. Pour l'éloigner de ces lieux ,' servons-nous de ses propres armes : mais , que fait-il? ll ales — yeux fixés vers le ciel; veillons sur toutes ses démarches. -
SOSIE
Par ma foi , s'il est quelque chose que je sache , et dont je sois bien certain, c’est que Vesper s’est endormi après avoir trop bu; car les étoiles de l'Ourse (20) ne se remuent pas dans le ciel ; la lune ne bouge pas, elle est au même point que quand elle s’est levée ; Orion, Vénus et les Pléiades ne sont pas encore couchées ; ces constellations sont plantées là comme en sentinelle /{ enfin il semble que la nuit refuse de faire place au jour.
| MERCURE
Déesse de la nuit , continue , continue d'obéir à mon père. Tu as raison de lui rendre service et de te montrer si complaisante pour un dieu si bon , si reconnaissant.
Non , je ne pense pas avoir vu de nuit aussi longue, si ce n'est certaine nuit pendant laquelle je recus les étri- viéres , suspendu sous les aisselles (21) depuis le soir jusqu'au matin. Ma foi, cette nuit-ci me paraît enore plus longue. Je crois en vérité que le soleil but hier plus qu'il ne convient et qu'il fait un bon somme. Cela tient du prodige! À moins qu'il n'ait pris un peu plus que sa part du souper e 2).
MERCURE
C'est donc ainsi que tu parles, maraud. Penses-tu que les dieux te ressemblent? Pendard ! je les vengerai de tes insultes; je le promets : viens seulement ici, tu me le paieras. |
32 AMPHITRUO. ACT. I. SCEN. L
SOSIA.
Übi sunt isti scortatores , qui soli inviti cubant ? Haec nox scita 'st exercendo scorto conducto male. MERCURIUS. | Meus pater nunc pro hujus verbis recte et sapienter facit, Qui complexus cum Alcumena cubat amans, animo obsequens.
SOSIA.
Ibo, ut, herus quod imperavit, Alcumenae nuntiem. Sed quis est hic homo? quem ante aedeis video hoc noctis ? non placet.
MERCURIUS
Nullus est hoc meticulosus aeque.
| SOSIA.
Quem? In mentem venit , Ilic homo hoc denuo volt pallium detexere.
M ER CURIUS
Timet homo : deludam ego illum.
SOSIA.
Perii! dentes pruriunt.
Certe advenientem me hic hospitio pugnae adcepturus est. Credo misericors est: nunc propter ea quod me meus herus Fecit ut vigilarem , hic pugnis faciet hodie ut dormiam. Oppido interii* : obsecro hercle quantus et quam validus est! Clare advorsum fabulabor : hic auscultet quae loquar. Igitur magis modum in majorem in sese concipiet metum.
Agite, pugni! jam diu 'st quod ventri victum non datis :
SO SIE
Où sont ces libertins qui ne couchent seuls qu'à regret? jamais nuit ne fut plus propice à leurs débauches ruineuses.
MERCURE
À l'en croire, ce beau discoureur, mon père , qui dans ce moment se livre tout entier à sa passion entre les bras d'Alcméne , agit bien et très-sagement.
SOSIE
Allons : j'entre chez nous pour faire part à ma maîtresse de ce que mon maitre m'a chargé de lui dire. Mais quel est cet homme que j'apercois devant la maison ? A l'heure qu'il est, cela m'est suspect.
MERCURE
Bon! personne n'est aussi peureux que ce faquin. - SOSIE.
De qui parle-t-il ? Mais il me vient dans l'esprit que get homme-là voudrait emporter mon manteau pour y refaire encore quelque chose.
MERCURE
C'est un poltron : je vais m'en amuser.
SOSIE
Je suis perdu! la mâchoire me démange (23) ! Certes il se propose pour ma bienvenue de me casser les dents! Mais non , c'est qu'il a l’âme bonne; et, comme il voit que mon maitre me contraint à veiller trop tard , il veut m'endormir à grands coups de poings. C'en est fait, je suis perdu sans ressource. Bons dieux ! quelle taille ! quel air robuste !
MERCURE
Parlons plus haut, afin qu'il nous entende; alors il aura peur et tremblera de la honne manière. Courage mes poings! cou-
54, — AMPHITRUO. ACT. L SCEN. I.
.Jam pridem videtur factum , heri quod homines quatuor In soporem conlocastis nudos.
SOSIA.
Formido male, Ne ego hic nomen meum commutem , et Quintus fiam e Sosia.
Quatuor viros sopori se dedisse hic autumat : Metuo , ne numerum augeam illum.
MERCURIUS
Hem! nunc jam ergo : sic volo.
SOSIA. | Cingitur , certe expedit se.
MERCURIUS
Non feret quin vapulet.
Quis homo ?
M ER CURIUS. | Quisquis homo huc profecto venerit ; pugnos edet.
SOSIA.
Apage, non placet me hoc noctis esse : coenavi modo : Proin tu istam cenam largire, si sapis , esurientibus. | MERCURIUS. | Haud malum huic est pondus pugno.
|^ SOSIA.
Perü! pugnos ponderat.
MER CU RIUS.
Quid si ego illum tractim tangam ut dormiat?
rage! Il y a long-temps que vous ne nourrissez plus votre maître (24). Un siècle me semble écoulé depuis hier que vous étendítes ici quatre hommes , après les avoir laissés enlièrement nus (25).
$081E. ela tournera mal. Je crains fort de changer de nom. Sosie, on t'appellerá désormais Quinrus (26) ; car ce malheureux se vahte d'avoit endormi quatre hommes; et mon tour est infailliblement arrivé : je serai le cinquième. MERCURE.
Allons donc, apprétons-nous ; je le veux.
SOSIE. u C'en est fait de moi, le voilà qui se prépare. MERCURE.
r 03 * gt ) 3
Il ne saurait éviter les coups.