‹ Théâtre complet des LatinsChapitre 89 sur 122 · LÉO NI D A · texte numérisé non relu

LÉO NI D A

Quand tu me dirais que le grand Jupiter lui- méme t'aurait retenu; quand méme il me supplierait en ta faveur, tà ne saurais éviter d'étre chátié. Pendard! tu méprises les ordres de ton maitre? ———

LIBAN

Ami étranger, je suis perdu!

De grâce ! Sauréas, ne le battez pas, je vous en prie, par rapport à moi.

| LÉONIDA.

Que n'ai-je un bon fouet à la main?

LR MARCHAND.

Apaisez-vous, je vous en conjure. - LÉONIDA.

Je t'en frótterais ces reins que les coups ont endurcis. ( Au marchand. ) Reculez-vous que je tue le fripon qui ne craint pas d'allumer ma colére, en ne faisant jamais une chose que je ne me sois donné la peine de la lui répéter cent fois. En vérité, je ne suffis pas à la besogne , et ma poitrine n'y peut plus tenir à force de crier. Ne t'ai-je pas dit, coquin, d'enlever ce fumier de devant la porte? Ne't'ai-je pas dit de balayer les toiles d’araignées dont ces colonnes sont couvertes? N'ai - je

Le 20

Jussin' columnis dejici operas aranearum?

Jussin' in splendorem dari bullas has foribus nostris? Nihil est : tanquam si claudus sim, cum fusti' est ambulandum.

Quia triduum hoc unum modo foro operam adsiduam dedi, Dum reperiam qui quaeritet argentum in fenus , hic vos Dormitis interea domi, atque herus in hara, haud aedibus , habitat.

Hem ergo, hoc tibi.

LIBANUS.

Hospes , te obsecro , defende.

MERCATOR

Saurea , oro Mea causa ut mittas.

LEONIDA.

Eho! ecquis pro vectura olivi

Resolvit?

LIBANUS.

Resolvit.

LEONID A.

Cui datum est ?

LIBANUS.

Sticho vicario ipsi

Tuo.

LRONIDA.

Vah! delenire adparas : scio mihi vicarium esse.

L'ASINAIRE. ACT. 1I. SCEN. IV. 30; pas recommandé de rendre luisants les clous de la porte (3) ? passe pour cela ; mais tandis qu'épuisé de fatigues il me faut marcher à l'aide d'un báton (car, depuis trois jours entiers, je ne cesse de courir sur le marché aprés ceux qui cherchent à placer leurs fonds), vous dormez ici comme des fainéants. Le maitre n'habite plus une maison , mais une

étable à pourceaux. Tiens, voilà pour t'apprendre. . .. ... (1l donne un soufflet à Liban qu'il prend au oollet. )

Généreux étranger, défendez-moi, je vous en conjure. ' Sauréas, daignez le relácher, je vous en prie.

| LÉONIDA.

Oh! oh! voyons un peu : la voiture d'huile est-elle payée?

| LIBAN

Elle est payée?

LÉONIDA.

À qui?

' LIBAN

À Stichus, votre homme de confiance.

LÉONIBA,

Ah ! tu veux me flatter : je sais qu’il a ma confiance. Notre maître n'a point dans sa maison d’esclave plus fidèle que lui.

Neque eo esse servom in aedibus heri , qui sit pluris quam Alle sit. .— Sed vina quae heri vendidi vinario Exaerambo, Jam pro iis satisfecit Sticho?

LIBANUS.

Fecisse satis opinor :

Nam vidi huc ipsum adducere trapezitam Exaerambum. LEONID A.

Sic dedero. Prius quae credidi, vix anno post exegi. Nunc satagit : adducit domum etiam ultro, et scribi numos”. E m Dromo mercedem retulit ?

LIBANUS.

Dimidio minus opinor.

| LEONIDA.

Quid reliquom?

LIBANUS.

Aiebat reddere quam extemplo redditum esset : Nam retineri, ut, quod sit sibi operis locatum, efficeret.

LEONIDA.

Scrphos quos utendos dedi Philodamo, retulitne ? LIBANUS.

Non etiam.

LEONIDA.

. Hem, non? si velis, da, commoda homini amico.

"^" MERCATOR

Perii hercle ! jam hic me abegerit suo odio.

L'ASINAIRE..ACT. IL .SCEN. IV. — 5og

Mais les vins que j'ai livrés hier au marchand Exaréambe, sont-ils aussi payés à Stichus ?

de croirais assez que oui; car j’ai vu passer par ici Exa-

réambe qui le conduisait chez le banquier.

LÉONIDA.-

J'aurai bien placé ma marchandise; celui-là du moins n'attend pas un an pour payer les choses qu'on lui a livrées à crédit. 1l est empressé ; il conduit lui-même chez le ban. . quier et souscrit de bonnes obligations. Dromon a-t-il apporté son loyer?

LIBAN

. À peu près la moitié, je pense.

LÉONIDA.

Et pour le reste?

LIBAN

Il a promis de l'apporter aussitôt qu'il l'aura reçu; car on . le lui retient jusqu'à ce qu'il ait terminé l'ouvrage pour lequel vous l'avez loué (4).

LÉONIDA.

Et les coupes que j'ai prétées à Philodamus, les a-t- il rendues ?

LIBAN

‘Non pas encore. '

LÉONIDA.

Comment, non? prétez à un ami, il vaudrait autant lui donnef ce qu'on lui préte.

LE MARCHAND {à part).

En vérité, je suis perdu! dans sa mauvaise humeur, il va me renvoyer.

LIBANU S.

Heus jam satis tu, Audin' quae loquitur ?

LEONID A.

Audio, et quiesco.

MERCATOR. | Tandem opinor Conticuit; nunc adeam optumum est, priusquam inci- , pit ünnire.

Quam mox mihi operam das ?

LEONIDA.

Ehem , optume : quamdudum tu advenisti?

Non hercle te provideram , quaeso ne vitio vortas, Ita iracundia obstitit oculis.

MERCATOR

Non mirum factum est.

Sed si domi est, Demaenetum volebam.

LEONIDA.

° Negat essè intus.

Verum istuc argentum tamen mihi si vis denumerare,

Repromittam istoc tibi nomine solutam rem futuram. MERCATOR.

Sic potius, ut Demaeneto tibi hero praesente reddam.

LIBANUS. :

Herus istunc novit, atque herum hic.

MERCATO R

Hero huic praesente reddam.

L'ASINAIRE, ACT. IL SCEN. 1V. 5n

LIBAN (bas à Léonida).

Est-ce fini ? Entends-tu ce qu'il dit ?

LÉONIDA.

J'entends et je m'apaise.

| LE MARCHAND (à part).

Je crois pourtant qu'il va se taire. Le meilleur pour moi,

c'est de l'aborder avant que le bruit recommence. (4 Léoaida.) Me ferez-vous l'honneur de m'écouter ? LÉONIDA.

Oui vraiment : depuis quand étes-vous ici? Ma foi, je ne vous avais pas apercu; ne m'en voulez pas, je vous en conjure, la colére m'avait empéché de vous voir.

LE MARCHAND

Je n'en suis point surpris : mais j'avais dessein de parler à Déménète, s’il est chez lui.

v LÉONIDA.

Ce valet dit qu’il est sorti pour affaires. Si pourtant vous voulez me compter la somme dont vous êtes porteur, je vous en donnerai, en son nom, une quittance valable.

LE MARCHAND

Il vaut mieux vous remettre cet argent en présence de votre maître.

LIBAN

Mon maître s'en rapporte à lui comme à soi-même.

Je le lui donnerai en présence de son maitre.

^ ' LIBANUS.

Da modo meo periculo; rem salvam ego exhibebo : Nam si sciat noster senex fidem non esse huic habitam, Subcenseat, cui omnium rerum ipsus semper credit. LEONIDA.

Non magni pendo , ne duit! si non vult; sic sine adstet. ' ETBANUS.

Da, inquam : vah! formido miser, ne hic me tibi arbi- . tretur | ) | Suasisse, sibi ne crederes; da quaeso, ac ne formida. Salvum hercle erit. | MERCATOR.

Credam fore, dum quidem ipse in manu habeo.

Peregrinus ego sum , Sauream non novi.

LIBANUS.

(0 At nosce sane.

MERCATOR

Sit , non sit; non edepol scio ; si is est , eum esse oportet. Ego certe me incerto scio hoc daturum nemini homini. LEONID A. | Hercle istum di omnes perduint : verbo cave subpli- Cassis.

Ferox est, viginti minas meas tractare sese.

Nemo adcipit! aufer te domum. ... abscede hinc. . ..., molestus ne sis! s ^" MERCATOR.

Nimis iracunde! non decet superbum esse hominem servum |

Donnez-lui la somme ; je prends la chose à mes risques et périls, car si notre vieillard allait être informé (5) que vous avez soupçonné la bonne foi d'un homme qui jouit de toute sa confiance, il ne vous le pardonnerait jamais.

LÉONIDA.

Qu'il garde son argent, s'il ne veut pas le donner, je ne

m'en soucie guère. Ainsi tu peux le planter là.

LIBAN

Donnez, vous dis-je. Ah! je tremble de frayeur. S'il allait s’imaginer que je vous ai conseillé de ne pas vous fier à lui!... Comptez-lui la somme ; ne craignez rien, elle sera, je vous jure, trés en sûreté.

LE MARCHAND

Je le croirai volontiers tant qu’elle restera entre mes mains. Je suis étranger, je ne connais point Sauréas. LIBAN.

Vous pouvez maintenant le connattre.

LE MARCHAND

Que ce soit lui, que ce ne soit pas lui, en vérité, je n’en sais rien. Si c'est lui, je ne puis l'empêcher; mais ce que je sais bien, c'est que je ne remettrai point cet argent à un inconnu. |

LÉONIDA.

Ma foi, que les dieux te confondent! { 4 Liban.) Gardetoi de le supplier davantage. Il est insolent, parce qu'il tient mes vingt mines. Eh bien ! personne ne le recevra. ( Au marchand. ) Retournez chez vous. Retirez-vous, ou redoutez ma colére.,

Tout beau! tant de fierté ne convient pas à un esclave. .

LIBANUS. | Malo hercle jam magno tuo nunc isti nec recte dicis. Inpure, nihili , non vides irasci?

LEONIDA. | Pergé porro, Flagitium bommis ! | LIBANUS.

Da , obsecro, argentum huic, ne male loquatur. MERCATOR.

Malum hercle vobis quaeritis.

LEONIDA.

Crura , hercle, diffringentur, Ni istum inpudicum percies. | LIBANUS.

Perii, hercle! age inpudice , Sceleste , non audés mihi scelesto subvenire ?

LEONID A.

Pergin precari pessumo ?

MERCATOR

Quae res? tun libero homini , Male servus , loquere?

| | LEONID A.

Vapula.

MERCATOR

S Id quidem tibi hercle fiet, Ut vapules, Demaenetum simulac conspexero hodie.

In jus voco te.

LIBAN

Parbleu! vous vous repentirez de lui avoir parlé avec si peu de ménagement. Homme de néant et sans éducation, ne voyez-vous pas qu'il va se fâcher ?

LéoniDA {à Liban).

Courage , courage, vaurien !

LIBAN

Remettez - lui l'argent, je vous en prie, si. vous ne voulez pàs qu'il vous accable d'injures.

LE MARCHAND

En vérité , vous courez tous deux à votre perte.

LÉON1DA (à Liban).

Maraud, je vais te faire rompre les jambes, si tu n’arranges cet impertinent comme il le mérite.

LIBAN (au marchand.

Je suis perdu. Eh bien, coquin! vous n'osez donc tirer d'embarras un coquin de confrére?

LÉONIDA.

Tu continues de prier ce mauvais sujet?

LE MARCHAND. / Comment ! il sied bien à un esclave de traiter de la sorte un homme libre ?

LÉONIDA (au marchand).

Tu seras battu.

C'est toi qui seras assurément frotté, dès que j'aurai vu Déménèta. Je te citerai devant le préteur.

LEONID A.

Non eo.

| MERCATOR

Non is? memento.

LEONIDA.

. Memmi.

MERCATOR

Dabitur pol subplicium mihi de tergo vestro.

LEONID A.

Vae, te!

Tibi quidem subplicium, carnufex, de nobis detur?

MER CATOR.

Atque et jam

Pro vestris dictis maledictis poenae pendentur mihi hodie.

LEONIDA. |

Quid, verbero ? ain” tu, furcifer : herum nosmet fugitare censes ?

I nunc jam ad herum, quo vocas jam dudum, quo volebas.

MERCATOR

Nunc demum? tamen numquam hinc feres argenti numum, nis) me

Dare jusserit Demaenetus.

LEONIDA..

Ita facito, age, ambula ergo.

Tu contumeliam alteri facias , tibi non dicatur ? Tam ego homo sum quam tu.

L'ASINAIRE. ACT. II. SCEN. IV. 515 LÉONIDA. tos Je n'irai pes (6).

LE MARCHAND

Tu n'iras point! qu'il t'en souvienne.

LÉONIDA.

Je m'en souviendrai.

LE MARCHAND

Certes, vos épaules se ressentiront de vos sottises. LÉONIDA. | Malheur à toi, bourreau ! tu voudrais te venger de nous?

LE MARCHAND

Vous serez chátiés aujourd'hui pour les insolences que vous m'avez dites.

LÉONIDA.

Comment, pendard! archi-coquin ! penses-tu que nous ne soyons pas bien connus de notre maître et qu'il nous désapprouvera ? Va, maintenant, va le chercher où tu voudras.

As-tu bientôt fini ? Tu n'emporteras pas d'ici mon argent, si Déménète ne m'ordonne pas de te le donner.

LÉONIDA.

Fais comme il te plaira; mais, de grâce, va-t-en : as-tu le droit d'injurier les autres sans qu'il soit permis de te répondre ? Ne suis-je pas homme aussi bien que toi ?

MERCATOR

Scilicet ita res est.

LEONIDA.

Sequere hac ergo.

Praefiscini hoc nunc dixerim , nemo etiam me adcusavit Merito meo; neque me Athenis est alter hodie quis-

: quam ,

Cui credi recte aeque putent.

MERCATOR

Fortassis! sed me tamen Numquam hodie induces, ut tibi credam hoc argentum ignoto.

Lupus est homo homini, non homo; quom qualis sit non novit. | | LEONIDA.

Jam nunc secunda mihi facis; scibam huic te capitulo hodie | Facturum satis pro injuria; quamquam ego sum sordidatus , | Frugi tamen sum, nec potest peculium enumerari.

MERCATOR

: Fortasse!

LEONIDA.

Etiam nunc dico : Periphanes Rhodo mercator Dives absente hero solus mihi talentum argenti , Soli adnumeravit, et mihi credidit , neque deceptus in eo.

LE MARCHAND

Je ne tele conteste point.

LÉONIDA.

Suis-moi donc par ici. Que les dieux me gardent de vanité (7)! mais personne jusqu'à présent n'a eu de motif de m'accuser ; et dans Athènes on ne rencontrerait pas aujourd'hui un homme plus probe, et en qui l'on ait plus de confiance.

LE MARCHAND

Cela se peut : mais cependant vous ne me prouverez pas non plus aujourd'hui que je dois confier cet argent à un inconiu : quand on ne connaît pas un homme à fond, on doit s'en défier autant que d'un loup. -

| LÉONIDA.

Vous m'injuriez une seconde fois ! je savais bien que vous étiez fait pour rabattre le caquet de ce chétif individu. Pour , moi, quoique mon costume soit assez maussade, je suis homme de bien ; on ne saurait calculer mes épargnes.

LE MARCHAND

Peut-étre !

Je vous dirai de plus qu'un riche marchand rhodien, appelé Périphanès, m'a bien compté et confié, sans témoins, un talent d'argent, enl'absence de mon maitre, et qu'il n'en a pas été la dupe.

MERCATOR

Fortasse !

LEONIDA. | Atque etiam tu quoque ipse, si esses percunctatus Me ex aliis, scio pol, crederes nunc quod fers. MERCATOR.

Haud negassim.

Cela se peut. à LÉONIDA.

Vous-même, si vous m'aviez mis à l'épreuve, ainsi que d'autres l'ont fait avant vous, vous n'hésiteriez pas, j'en suis sür, à me confier ce que vous portez.

LE MARCHAND (en s'en allant).

Je ne dis pas non.

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