LA CÔTE D'ITALIE
Oui, c'est toi; c'est ton ciel, pure et sublime tente. Radieux pavillon d'où l'aurore éclatante Descend sur tes sommets rajeunis chaque jour. C'est bien ta blonde mer, dont la vague te presse. Et qui, t'enveloppant d'une immense caresse. Murmure à tes deux bords son éternel amour.
Ce sont bien là tes monts teints de pourpre et de rose.
Tes Apennins brillants où la neige repose,
(Vaironni- qui siuvil, à ton royal destin!
C'est bien lu l'heureux sol qui réunit sans cosse
L'antiquité rigide à la verte jeunesse,
Les débris d'un vieux siècle aux roses d'un matin.
Ce sont bien les senteurs de tes douces collines. Parfums des orangers, parfums des aubépines Qui, jusques à nos mâts, nous viennent dans le vent! Ce sont bien là les bruits annonçant tes approches : Chansons de tes hameaux, carillons de tes cloches. Que, des bords du navire, on écoute en rêvant.
Au vol du paquebot, galère diligente,
Il est doux d'explorer cette côte changeante,
Arabesque dont l'œil admire chaque anneau : I. 14
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Palmiers, clochers, maisons de soleil irisées, Bourgades que la langue a si bien baptisées : Ventimillo, Albenga, Noli, San-Stefano.
Au fond du golfe pur, enfin brille et s'étale Gênes, ville des fleurs, cité monumentale, Où la nature aux arts toujours se maria; Gênes qu'avec amour nomme la Ligurie, Et qui noinme elle-même, orgueilleuse patrie, Les deux marins géants : Colomb et Doria!
0 fortuné pays! depuis les anciens âges, Depuis que les vaisseaux apportent à tes plages De pieux voyageurs attirés par ton nom, Jamais un pèlerin, poète au cœur de flamme, N'éprouva mieux que moi cette extase de l'âme En voyant émerger ta côte à l'horizon.
Ce que j'y viens chercher, ce n'est pas, dans ta poudre, La trace des Césars tombés avec leur foudre : C'est celle des seuls dieux dont l'empire survit, C'est le sol des esprits vierges de tout mélange, — ■ Où peignit Raphaël, où sculpta Michel-Ange, Où parla Cicéron, où Virgile écrivit!
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Mère do tous ces cli(?iix, j'arrive et te salue!
Je te salue, ô plage entre toutes élue
Pour charmer les esprits et séduire les yeux;
Terre de poésie en prodiges féconde,
Que Dieu, dans sa bonté, confie à ce bas monde
Comme un fragment sacré du royaume des cieux!
Heureux le flot qui roule, à tes grèves fidèle. Heureux l'oiseau rapide, heureuse l'hirondelle Qui sur tes bords en fleurs va descendre avant moi! Heureux chaque vaisseau qui vogue vers ta rive! Heureux tout jeune cœur qui sous ton ciel arrive! Heureux tout ce qui nage et court et vole à toi!
A bord, le 6 avril 1840.