‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 48 sur 96 · HARMONIE · texte numérisé non relu

HARMONIE

Regarde cette mer : pourquoi, toute limpide,

Déroule-t-elle au loin ses lumineux réseaux?

A sa face, pourquoi n'a-t-elle aucune ride?

C'est qu'un ciel clair et doux brille au-dessus des eaux.

Eh bien, que cet azur subitement s'efface, Que, derrière la nue, il rentre obscurément; Les flots à la même heure, agitant leur surface, Les flots partageront le deuil du firmament.

Admire ce concert; et dis, beauté que j'aime. Si je m'unis à toi d'un accord moins réel!

Non, Tétroite harmonie entre nous est la même : Mon âme est une mer dont tes yeux sont le ciel.

Tes grands yeux adorés sont-ils voilés d'une ombre, Triste pressentiment, souvenir douloureux, — Soudain mon âme souffre, elle pleure, elle est sombre; Mon âme est une mer sous un ciel ténébreux.

Tes yeux de séraphin, aux cils de blonde soie. Sont ils pleins de rayons et de songes flottants, ]\Ion âme tuut à coup s'illumine de joie; Mon âme est une mer sous un ciel de printemps.

Tes yeux enfin, tes yeux, à l'heure de l'extase, Osent-ils dire : Amour! amour et volupté! Mon âme à leur ardeur étincelle et s'embrase, Mon âme est une mer sous le soleil d'été!

N'as-tu pas appris à expliquer les songes? Théockite (Lvs Pécheurs).

Sous trois lauriers toufïus, à l'endroit do la plage Marqué par un tombeau qu'on salue au passage, Marbre des temps d'Auguste aux angles ébréchés, Tous deux sont, près de l'eau, nonchalamment couchés. Couple heureux, enfants purs! la jeunesse première Leur prodigue à chacun sa fleur et sa lumière : Lui, simple matelot connu des goélands, Déjà fort et hardi sous des airs indolents, Expert, de si bonne heure, à la pêche, à la nage : Sa joue a le duvet qui fleurit au jeune âge;

Sa vigoureuse épaule, aux reflets chauds et blonds, Porte royalement une veste en haillons.

Elle, front de quinze ans, grand œil, bras déjà ferme : Peut-être était-ce hier la fleur encore en germe; Aujourd'hui, mûrissant au soleil de l'amour. C'est un fruit savoureux et parfait de contour. Au corsage de drap qu'aucun ruban n'émaille, Qu'elle dessine bien la courbe de sa taille! De quel gf .te mutin, et pourtant ingénu, Elle agace le flot qui mouille son pied nu!

Le jour touche au déchn; de Pouzzole à Caprée, S'étend, voile sans pli, la mer tout empourprée. Les enclos, les jardins qu'embaume la saison, Abandonnent au soir leur molle exhalaison; Et la brise, qui court sur la plage fleurie, Recueille des amants l'errante causerie.

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