‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 51 sur 96 · DOUZE ANS APRES · texte numérisé non relu

DOUZE ANS APRES

Je t'écrivis un jour, tu ne répondis pas.

C'est bien; que pouvais-tu répondre, à moi, pygmée,

Toi fièrement assis sur tant de renommée.

Toi géant, que le monde admirait de si bas !

Te voilà maintenant, sur ta grève bretonne, Couché parmi ces rocs sans cesse ruisselants, Où, dans les nuits d'hiver, l'Océan croule et tonne, Où, dans les jours d'avril, nichent les goélands.

Te voilà pour jamais entré dans une tombe Dont toi-même, vivant, tu soignas les apprêts,

Pour que ton ombre un jour entendit de plus près. La mer, qui sur l'écueil toujours pleure et retombe.

0 René ! de mon siècle ô vacillant flambeau ! Songeur dont l'univers gardera la mémoire ! Je ne suis point jaloux de cette vaste gloire, Mais je le suis de ce tombeau!

Juillet 1848.

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