A LAMARTINE
PRADO, 18 i 7 '
Entre les caps d'azur qui dentellent la Grèce
Il en est un, que l'onde incessamment caresse,
Et qu'en voguant vers lui tout pieux pèlerin
Salue avec amour à l'horizon serein.
« Sunium! Sunium! dit-il, radieux faite,
Gloire à toi ! Gloire à toi ! piédestal d'un prophète ;
1. M. de Lamartine, pendant rautomne do 1S47, habitait une maison de campagne sur la plage du Prado, ii Marseille.
Montagne que Platon, ce rêveur immortel,
Fit, en s'y reposant, plus sainte qu'un autel! «
C'est là, c'est des hauteurs du fécond promontoiro,
Qu'aux disciples groupés, frissonnant auditoire,
11 versait la sagesse à flots mélodieux.
Et qu'il se révélait plus divin que ses dieux !
Dos rayons du couoliant quant le mont se décore,
L'œil, après trois mille ans, croit voir son ombre encore
Passer et repasser sur les sommets déserts-,
Et de son auréole illuminer les airs !
Dans un pli de ce cap, il pst une autre plage Où Ijrillt' un autre nom, frère de gloire et d'âge : Grève illustre ! c'est là que, durant de longs jours. S'égarait l'orateur, roi des puissants discours. Esprit importuné par les rumeurs d'Athènes, C'est là qu'il s'isolait, lui, ce fier Démosthènes Qui venait demander aux flots retentissants Le secret orageux des sublimes accents.
Tout rocher sous ses pas se changeait en tribune; Et, contredit en vain par les vents de la dune Et par les cris jaloux de tout le gouffre amer. Pour s'essayer au peuple, il haranguait la mer ! Debout sur les écueils sa grande ombre est restée.