LES BANCS DE MARBRE
A la tiède chaleur qu'un ciel d'automne épanche, Chaque jour ils sont là, grelottant sous nos murs; Au vent qui, tour à tour, frappe une tête blanche. Achevant de tomber comme des fruits trop mûrs.
Vêtus de haillons bruns, ils rêvent, immobiles. Presque tous indigents après tant de travaux : Eux, par qui l'opulence abonde dans nos villes. Eux, par qui notre gloire a volé sur les eaux !
De leurs mornes ennuis rien ne vient les distraire. Si ce n'est cette rade au spectacle mouvant, Une barque qui lutte avec le vent co;itraire. Du nord ou de l'aurore une voile arrivant.
Ils parlent de la mer, ils parlent de la France; A leur double tendresse ils reviennent toujours; Le lien le plus fort n'est-il pas la souffrance Pour attacher au cœur d'éternelles amours !j