ACTE PREMIER
ADHÉMAR
Tout s'explique. Je vous prie de croire que je ne suis pour rien...
CATHERINE
Mais, encore un coup, vous n'êtes pas en cau«e, monsieur; s'il faut tout vous dire, je suis nerveuse parce que je viens de mettre à la porte. . . un insolent.
ADHÉMAR, vivement.
On vous a insultée? qui?
CATHERINE
Vous m'en demandez trop.
ADHÉMAR
Mais il me semble que cela me regarde un peu. Je suis ici le seul représentant de la famille; qui vous manque, nous manque à tous, et je ne soulhirai pas...
CATHERINE
Calmez-vous, c'est un fournisseur...
ADHÉMAR
Alors, ma petite rodomontade est assez ridicule.
CATHERINE
Non pas... Elle m'a fait plaisir... Franchement, je ne m'y attendais pas.
ADHÉMAR
Vous avez donc bien mauvaise opinion de moi ?
CATHERINE
J'en avais une assez médiocre, j'en conviens; mais je ne demande qu'à revenir.
ADHÉMAR
Je vous en prie, car vous m'êtes très-sympathique, et je
serais heureux de pousser avec vous la parenté jusqu'à l'amitié .
CATHERINE
On ne le dirait guère à la rareté de vos visites.
ADHÉMAR
J'ai peut-être une bonne raison pour ne pas venir plus souvent.
Je ne comprends pas.
ADHÉMAR
Ce n'est pas clair, en effet. Au fait, pourquoi ne prendrais-je pas les devants sur M. de Sainte-Agathe? — Mademoiselle, j'ai l'honneur de vous demander votre main
CATHERINE, tristement.
Vous aussi!
ADHÉMAR
On ne m'a pas envoyé à Paris pour autre chose.
CATHERINE, assise près de la table.
Mais je ne veux pas me marier!
ADHÉMAR
Soyez tranquille, moi non plus.
CATHERINE
Pourquoi êtes-vous venu, alors ?
ADHÉMAR, s'asseyant ea face d'elle.
Je vais vous dire : je nourrissais une folle envie de voir Paris. N'est-ce pas absurde, à vingt-cinq ans, de ne pas connaître la grand' ville?
CATHERINE
Vous n'avez que vingt-cinq ans? On m'avait dit vingthuit.