ACTE PREMIER
AUHÉIIAR.
Pour les besoins de la cause. — Or, ce mariage était une chance unique et inespérée de me satisfaire, et j'ai dit amen à tout ce qu'on a voulu, sous réserve mentale de n'agir qu'à ma tète. Tiens! pourquoi m'ont-ils enseignéla réserve mentale!
CATHERINE, riant.
Vous la retournez contre vos maîtres!
ADHÉMAR
Contre eux seuls, je vous prie de le croire.
CATHERINE
Et vous abusez de la confiance de vos parents!
ADHÉMAR
J'en abuse! Tant pis pour eux, c'est leur faute! Si vous saviez quelle vie de séminariste je menais là-bas! Traité en écolier, à mon âge! Les réunions dévotes ! le boston le soir, avec de vieilles dames! Cinquante francs par mois pour mes bonnes œuvres... les seules d'ailleurs qu'une surveillance monastique me laissât la liberté d'accomplir !.. Ce n'était pas gai, je vous assure. Aussi, quand je vis miroiter devant moi un voyage à Paris avec une somme rondelette à ma disposition, je me crus le maître du monde et je partis, me promettant de ne rien faire pour capter votre bienveillance; car, malgré tous les raisonnements de M. de Sainte-Agathe, je ne trouve pas propre d'épouser une femme pour son argent; c'est même cette pensée qui m'a empêché de devenir amoureux de vous... Pourquoi riov-vous?
CATHERINE
Parce que je suis contente. Voilà enfin un homme de
cœur. (Lui tendant les deux mains par-dessas la table.) BonjOUr, COUSiU.
C'est bien le même sang que nous avons dans les veines, ce bon sang qui ne peut mentir. .. Mais que dirait M. de Sainte- Agathe s'il découvrait que son élève est un brave garçon?
ADHÉMAR, debout.
J'en frémis. Il ferait son rapport à mon auguste famille, qui me rappellerait dare dare à Valtravers, ce château de la Vieille au bois dormant.
CATHERINE
Et vous n'êtes pas pressé de quitter Paris?
ADHKMAR.
Oh non! je m'amuse!!., comme je ne l'avais pas fait depuis vingt-cinq ans... J'avais quelques lettres de recommandation pour d'anciens amis de mon père. Ces messieurs ont des fils très-gentils qui se sont chargés de me cornaquer (un mot que je connaissais pas). Ils m'ont présenté à leur cercla (a part.) et ailleurs (Haut.), et je rattrape le temps perdu, je vous en réponds. Oh! non, je ne suis pas pressé de retourner là-bas! J'auraimème un petit service à vous demander... quand nous serons tout à fait bons amis.
CATHERINE
Tout de suite, alors.
ADHÉ.MAR.
Vrai?
CATHERINE, s'asseyant à gauche.
Très-vrai, je vous écoute...
ADIIÉ.AIAR.
Eh bien, je flaire que M. de Sainte-Agathe ne tardera pas à vous offrir ma main. Vous comprenez... je suis bien obligé de lui laisser croire que je vous fais une cour assidue et que je ne vous déplais pas. Si vous répondez non, c'est fait de moi, on me rapatrie.
Je ne peux pourtant pas répondre oui.