ACTE DEUXIÈME
OCTAVIE
Et VOUS, monsieur?
CHAMPLION.
Je n'ai guère le temps. Cependant, hier, je me suis accordé une petite débauche, je suis allé à l'Opéra-Comique, où j'ai passé une soirée enivrante.
ADHÉMAR
Ah! mon Dieu! et que jouait-on?
CHAMPLION.
La Dame Blanche... Connaissez-vous rien de plus suave que la scène où Julien d'Avenel cherche à rassembler ses souvenirs?
OCTAVIE
C'est charmant; mais enfin cela ne m'a jamais enivrée.
CHAMPLION.
Il y a si longtemps que je suis sevré de musique... EL puis celle-là m'a toujours singulièrement ému.
OCTAVIE
Vraiment!
CHAMPLION.
Ma pauvre chère mère la chantait souvent quand j'étais petit. Que de fois cette mélodie m'est revenue au désert, évoquant la patrie absente et ses plus tendres souvenirs! N'est-ce pas Musset qui a dit :
Ah! comme les vieux airs qu'on chantait à douze ans Frappent droit dans le cœur aux heures de soufTrance!
PRÉVENQL'IÈRE, à madame Hélier, qui lui apporte une tasse de thé.
11 est charmant!
MADAME HÉLIER
Vous vous êtes moqué de nous, monsieur le comte .. Il n'est pas possible que monsieur ait étranglé un homme.
CHAMPLION.
Hélas! madame, son attitude m'obligeait à choisir entre lui et moi... J'avoue que je n'ai pas hésité. D'ailleurs, j'espère qu il n'en est pas mort... Je l'ai lâché dès qu'il n'a plus remué.
OCTAVIE
Quand vous êtes entré, nous demandions au comte les détails de votre évasion. Ne voulez-vous pas nous les raconter vous-même?
CHAMPLION.
Grâce, madame ! Il m'a bien fallu les raconter à la Société de géographie en faisant l'historique de ma découverte; mais, ici, je serais sans excuse.
OCTAVIE
Notre curiosité n'en est-elle pas une? — Je ne veux pas être indiscrète pour une première fois, mais je ne vous tiens pas quitte.
PRÉVENQUIÈRE, bas, à Octavie,
Eh bien, comment le trouvez- vous?
OCTAVIE, sur le même ton.
Très-intéressant.
LE DOMESTIQUE, annonçant.
M. de Sainte-Agathe.
ADHÉMAR, à part.
M. de Sainte-Agathe! Il faut se tenis.
PRÉVENQUIÈRE, à Champlion.
Un homme qui pourra vous être très-utile.