SCÈNE PREMIERE
MADAME H E L I E R , assise et tricotant près de la cheminée ; puis-
CATHERINE
Grande nouvelle là-haut ! Octavie a reçu une invitation de
la duchesse!
MADAME HÉLIER
Enfin ! et c'est pour vous l'apprendre qu'elle vous faisait appeler ?
CATHERIXE,
Oui... et pour me consulter sur l'opportunité d'une visite préalable. Elle m'a donné une vraie comédie avec les petites tartuferies de sa joie : « Je ne veux pas faire de raideur avec la duchesse... Je ne veux pourtant pas non plus me jeter à sa tète ou plutôt à ses pieds! Qu'en pensez-vous ? » Moi, je lui ai conseillé gentiment ce qu'elle désirait, c'est-à-dire de courir chez madame de Morvan, et je lui ai même promis de l'accompagner.
MADAME HÉLIER
Elle n'ose pas y aller seule?
CATHERINE
Elle est si émue !
MADAME HÉLIER
Elle qui se moquait tant de la duchesse !
CATHERINE
Comme les poltrons du danger. Mais je ne l'ai pas chicanée là-dessus, et, quoique cette visite ne m'amuse guère... Bah ! tout m'amuse aujourd'hui.
A quelle heure irez-vous?
CATHERINE
Dés que madame la comtesse aura achevé sa toilette.
MADAME HÉLIER
Et la vôtre ?
CATHERINE
J'ai bien le temps ! Octavie ne sera pas prête de sitôt. Elle se prépare avec recueillement au grand acte qu'elle va accomplir.
MADAME HÉLIER
Pourvu qu'elle ne se couvre pas de bijoux?
CATHERINE
Non, non, elle est fine, elle médite une toilette tranquille. Elle aura très-grand air. Elle est vraiment bien belle; elle a beaucoup d'esprit au milieu de ses travers... et je crois que cette petite satisfaction de vanité va la rendre tout à fait, bonne.
MADAME HÉLIER
Vous êtes dans un jour de bienveillance.
CATHERINE
Il tait si beau temps ! Je me suis promenée ce matin une