ACTE TROISIEME
heure dans le jardin... Que c'est charmant, le soleil d'hiver ! quelle protestation de la vie contre la mort! Je suis d'une gaieté folle et je voudrais voir tout le monde heureux autour de moi. Que manque-t-il à votre bonheur, ma bonne HéUer?
MADAME HÉLIER
Rien, puisque vous êtes contente.
CATHERINE
Ce doit être votre anniversaire aujourd'hui?
MADAME HÉLIER
Pas que je sache.
CATHERINE
Alors, c'est votre fête ?
MADAME HÉLIER
Non plus.
CATHERINE
C'est égal, je vous la souhaite bonne et heureuse. (Elle rembrasse.) Vous avez perdu votre bague, l'autre jour ; je l'ai retrouvée.
Elle retire une bague de son doigt et la loi donne. MADAME HÉLIER.
Ma bague portait une simple turquoise.
CATHERINE
EÀ\e l'a changée en route contre un rubis; regardez comme les voyages... A propos, est-ce que votre frère en veut à ce jeune homme ?
MADAME HÉLIER
D'avoir refusé sa proposition? Pas du tout... Il s'intéresse tellement à lui, au contraire, quïl s'occupe depuis ce matin de lui récolter des souscriptions. Il sort d'ici. 11 a déjà quarante mille francs! Il espère en avoir cent mille ce soir.
CATHERINE
Vraiment?
MADAME HÉLIER
Le pauvre homme me disait en s'essuyant le front : « J'ai tant couru que mon bon ange avait de la peine à me suivre ! »
CATHERINE
Je lui en sais bon gré. Je ne saurais vous dire combien je m'intéresse à ce pauvre M. Jacques. Il me semble que je le connais... Une espèce d'Hercule, brusque et tendre. Est-ce maternel, est-ce héroïque ce mot : « Tu n'es pas de force à me porter!.. » Il m'a fait chaud au cœur... C'est beau, l'amitié de ces deux hommes !
MADAME HÉLIER
Je crois que M. Jacques vaut mieux que l'autre.
CATHERINE, vivement.
Pourquoi donc?
MADAME HÉLIER
L'autre se laisse porter.
CATHERINE
Oui, mais il va chercher son ami au péril de sa vie... Allez, ce sont des âmes bien trempées, des hommes d'un autre temps. (Montrant la panoplie.) 11 a dù battre des cœurs comme ceux-là sous cette cuirasse! et ce haubert abritait des tètes moins pleines !
MADAME HÉLIER
Faut-il vraiment être si savant pour voyager?
Mais le moins qu'il faille savoir, ma chère, c'est l'astronomie, la minéralogie, la géologie, la botanique, un peu de médecine et plusieurs langues. Et tout cela ne sert de rien