SCENE PREMIÈRE
LE COMTE, SYLVAIN, puis LA COMTESSE.
Z.E COMTE, entrant par le fond, s'adressant à Sylvain (jui traverse la scène.
C'est toi, Sylvain ! Tout est-il prêt pour recevoir nos métayers ?
SYLVAIN
Voyez vous-même, monsieur le comte ; les pichets sont pleins jusqu'au bord, et, (.Montrant le tonneau.) quand ils seront vides, voilà de quoi les remplir de nouveau.
LE COMTE
Bien avisé ! Les gars n'ont pas encore paru ?
SYLVAIN
Pas encore, monsieur le comte, mais ils ne peuvent tarder.
LE COMTE
Braves gens !.. Ils ont assisté au départ, ils boiront avec nous le vin du retour.., (Sylvain soit.) La belle matinée! le gai soleil d'automne ! II y a longtemps que la vie ne m'avait
semblé si légère. (La comtesse descend le perron ; il va la recevoir et lui baise la main avec une tendresse respectueuse.) Eb bien! il est VenU CC
jour qui devait n'arriver jamais... Chère femme, êtes-vous heureuse ?
LA COMTESSE
Vous le demandez, mon ami ! Vous demandez si je suis heureuse, quand je vais revoir mes deux fils, quand mes deux derniers nés me sont enfin rendus, après une si longue absence !
LE COMTE
Cinq ans !.. Oui, en effet, c'est une longue absence, mais qui aura été féconde ; ne la regrettons pas. Nous avons v-u partir des enfants, nous allons retrouver des hommes. Comme leur frère aîné, ils ont appris à la grande école le respect de la règle et la pratique du devoir ; comme lui, ils ont payé leur dette au pays. Le pays nous les rend, l'épreuve est terminée, et nos trois fils nous appartiennent.
LA COMTESSE
Oui... mais Jean...
LE COMTE
Au fait, où est-il donc ?
LA COMTESSE
Il est parti ce matin pour la chasse.
Je comprends : pour fêter le retour de ses frères, il est allé leur cueillir un bouquet.
LA COMTESSE
Mon ami, est-ce que Jean ne vous inquiète pas un peu ?