‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 208 sur 358 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

HORTENSE, au comte.

Vous devinez sans doute, monsieur, l'objet de ma visite "i

LE COMTE

En effet, madame, et, tout en appréciant l'honneur de votre présence, je suis vraiment confus que vous vous soyez dérangée.

HORTEXSE.

Rassurez-vous, monsieur le comte, je ne me suis pas dérangée. Je passais à cheval, et l'idée m'est venue de m'adresser directement à vous pour terminer à l'amiable une petite affaire qui nous intéresse tous les deux. Je cherche à me défaire de la ferme de l'Hermenault, et, vous, monsieur, vous avez envie de l'acquérir?

LE COMTE

J'y avais songé, madame, mais il m'en coûterait, je l'avoue, de traiter d'affaires avec vous, et, si vous m'en croyez, nous laisserons à nos notaires. ..

HORTENSE

Nos notaires n'en fîniiaient pcjs. Ils sont aussi entêtés l'un que l'autre. Le vôtre tire à lui toute la couverture, le mien eu fait autant de sou côté. Nous sommes gens d'honneur et de bonne foi : dites-moi, monsieur, combien vaut la ferme; 'accepte d'avance votre estimation.

JEA.X, à part.

J'en étais sûr!

LE COMTE, à part.

Que m'écrivait donc ce Grimaud? (Ham.) Puisque vous le prenez ainsi, madame, la ferme en question vaut40,000francs pour le premier venu ; pour moi, elle en vaut 5O,CO0.

HORTENSE

Eh bien! monsieur, pour ne pas vous traiter comme le premier venu, mettons 4o,000 francs. Est-ce dit?

322 JEAN DE THOMMERIY.

LE COMTE

C'est dit.

HORTENSE, elle ôte son gant et lui tend la main.

Il ne nous reste plus qu'à signer.

LE COMTE, lui baise la main.

C'est fait.

HORTENSE

Et maintenant, adieu, messieurs.

JEA.N.

Quoi! madame, vous nous quittez si tôt?

HORTENSE

Vous avez une fête de famille et je craindrais d'être indiscrète...

Vous ne partirez pas, madame, avant que j'aie eu l'honneur de vous présenter la comtesse ; elle sera charmée de vous voir, et, s'il pouvait vous plaire d'assister à nos douces joies...

HORTENSE

Mieai encore, il me plairait d'y prendre part...

LE COMTE, lui offrant son bras.

Venez donc, madame...

HORTENSE

Allons, monsieur le comlel

Elle prend le bras du comte et entre avec lui dans la maison. JEAN, seul sur le devant de la scène.

Ah! la cliarmanto femme ! Ah! l'adorable créature! C'eot toute une révélation.

On entend la biniou qui se rapproche de plus en plus.

Page 1