‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 24 sur 358 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

PAUL

Parce que je commence à savoir mon affaire, On plutôt je commence à l'aimer.

C'est tout un.

PAUL

Autrefois le travail était un importun

Dont je me résignais à subir la visite,

Mais que j'expédiais, bien ou mal, au plus vite :

Aujourd'hui, c'est l'ami qui vient toujours trop tard,

Qui part toujours trop tôt — Ah ! l'art, cher père, l'art!

Quel bienfait du bon Dieu! quelle admirable chose!

Comme cela soutient! comme cela repose!

Va, va! sur ce terrain, partout je te suivrai.

PAUL

Hors de l'art rien de bon, rien de sur, rien de vrai! Lui seul est grand, lui seul vaut la peine qu'on vivel

Tu vas trop loin. Comment veux-tu que je te suive? Rien qui vaille la peine?... Et la mignonne enfant Qui rouvre notre porte au travail triomphant, Pour quoi la comptes-tu?

PAUL

C'est entendu, je l'aime; Mais, comme un beau malin tu le disais toi-même, Cette affection calme en son parfait accord, Au lieu d'être un orage est devenue un port.

A la bonne heure. Elle est charmante!

PAUL

Elle est parfaite, La pauvre enfant.

Le ciel exprès pour toi l'a faite.

PAUL

Exprès pour nous.

Comment, pour nous?

PAUL

Oui, pour nous deux.

Conviens qu'en l'épousant j'ai comblé tous tes vœux.

Les tiens aussi, j'espère.

PAUL

Oh! les miens cette année, Cher père, n'étaient pas tournés vers l'hyménée. De mes moulins à vent encore tout moulu, Mon cœur ne demandait qu'un repos absolu.

Je ne te pressais pas, rends-moi ce témoignage ; Nous parlions vaguement, un soir, de mariage, Souviens-t'en; je nommai Camille fort en l'air...

PAUL

Mais son nom prononcé pour moi fut un éclair; Je sentis dans ce cœur, mort à toute espérance Battre la passion de la reconnaissance.

Et, m'enthousiasmant soudain de mon devoir Je voulus te payer ma dette sans surseoir.

Quel devoir? quelle dette?

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