SCENE PREMIERE
DEUX BOURGEOISj arrivant du fond et se dirigeant vers la rue Bonaparte.
PREMIER BOURGEOIS
Quelle solitude! Il est dix heures du soir, les quais sont déserts comme à deux heures du ma+in; c'est lugubre.
DEUXIÈME BOURGEOIS
Ma foi, j'aime mieux ce silence que les saturnales dont Paris a retenti pendant huit jours. 11 se recueille, il se prépare à la défense.
PREMIER BOURGEOIS
Il est temps. L'ennemi est à Noisy, nous serons investis avant peu. — Restez-vous?
DEUXIÈME BOURGEOIS
Certainement. Et vous?
PREMIER BOURGEOIS
Moi aussi. Je suis vieux, mais encore assez solide pour
4iO JEAN DE THOiMMERAY.
faire mou devoii' à côté de mes fils. Ce qui me désole, c'est que ma femme ne veut pas partir ; elle dit qu'elle mourrait d'inquiétude loin de nous et que son poste est à nos côtés.
DEUXIÈME BOURGEOIS
Elle a raison. La mienne aussi voulait rester, mais je l'ai décidée à partir avec les enfants. Cette séparation m'est trèspénible ; mais nous ne savons pas à quelles extrémités nous pouvons être réduits, et je ne veux pas que ces pauvres petits êtres SOUlTrent de la faim. (Od entend le clairon dans le lointain.)
Qu'est-ce que c'est que ça?
PREMIER BOURGEOIS
Sans doute des mobiles qui arrivent.
DEUXIÈME BOURGEOIS
Braves jeunes gens !
PREMIER BOURGEOIS
Ainsi vous allez vous trouver seul ?
DEUXIÈME BOURGEOIS
Mon Dieu, oui,
PREMIER BOURGEOIS
C'est très-dur. Mais vous savez, voisin, que vous aurez toujours une place à notre table et au coin de notre feu... tant que nous aurons un morceau de pain et une bûche.
DEUXIÈME BOURGEOIS
Meici, mon ami... je ne dis pas non.
Ils disparaissent dans la rue Bonaparte.