‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 284 sur 358 · ACTE CINOLIEME · texte numérisé non relu

ACTE CINOLIEME

CHATEAUVIEUX

Oui, nous y croyons, et la preuve c'est que nous croyons à la patrie et que nous nous dévouons pour elle. Depuis nos désastres, as-tu entendu d'un seul de nous une raillerie contre les grandes vertus ?

JEAN

Si votre scepticisme n'était que sur vos lèvre?, il fallait m'avertir. Il est trop tard maintenant, c'est fait. N'en parlons plus.

CHATEAUVIEUX

Mais, malheureux, souviens-toi de ta devise I

JEAX.

Qu'est-ce qu'elle dit, ma devise ?

CHATEAUVIEUX

Un seul mot : Présent!

JEAN, avec uoe colère sourde.

Eh bien, c'est fort simple, je la changerai... Absent 1 absent de tout! de la patrie comme de la famille, comme de l'amour, comme de l'honneur ! Ce n'est plus une devise qu'il me faut, c'est une enseigne : RoblotetThommeray, au beurre de Bretagne! (Kciataot.) Tombe donc, ville maudite, qui as fait de moi ce que je suis! Te défende qui voudra! Moi, j'ouvrirais plutôt tes portes à l'ennemi ! Qu'il t'écrase, qu'il te rase, tant mieux ! Je n'ai qu'un regret en partant, c'est de ne pas assister à ta chute, de ne pas voir tes ruines s'entasser sur les miennes ! (On entend le biniou dans le lointain. Jean s'ar rête comme frappé de stupeur et prête l'oreille.) Les BretOUS !..

CHATEAUVIEUX

Les Bretons?

JEAN

Oui... ceux de chez nous.

Ti. 2i.

426 JEAN DE THOMMERAY.

CHATEAU VIEUX, regardant vers la rue Bouajarte.

Ceux de chez toi ? La colonne s'avance sous un rayon de lune ; connais-tu ce vieillard et ces deux jeunes gens qui marchent en tête ?

JEAîf, regardant à son tour, avec un grand cri.

Mon père ! mes deux frères !

CHATEAUVIEUX

Ton père ! — Eh bien! qu'en dis-tu ? Crois-tu à la famille maintenant ? crois-tu au devoir et à l'honneur ? crois-tu à la patrie? — Chapeau bas ! La voilà devant toi!

JEAN, effaré.

Allons-nous-en !

CHATEAUVIEUX, le saisissant par le bras.

Non ! reste ! Tu es sur le chemin de Damas ! Regarde passer les vérités éternelles que tu blasphémais!

Le comte paraît entre ses deux ûls, suivi de la colonne des mobiles bretons.

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