‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 31 sur 358 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ADOLPHE

Dans les commencements, mon cher, couci-couci. A Berlin, par exemple, une dame... encor fraîche; Mais, tu sais... une femme entin...

PAUL

Qui se dépèche-

ADOLPHE

Une Russe, à Munich, très-belle, une houri... Mais bien moins lucrative à moi qu'à son mari, \iiisi du reste. — Enfin...

PAUL

Enfin?

Ils s'asseyeci"-

J'étais à Vienne :

Je rencontre au Prater une Parisienne Que j'avais quelque peu courtisée à Paris, Et qui m'avait payé du plus touchant mépris. D'un air assez penaud, en passant je m'incline ; Mais elle... appelons-la pour l'heure Caroline, Si tu veux.

PAUL

Je n'y vois nul inconvénient.

ADOLPHE

Caroline rougit... rougit en souriant.

Et, me tendant sa main dans un tlot de dentelle :

« Bouderez-vous toujours vos amis ? » me dit-elle.

— Je fus reçu chez elle à partir de ce jour.

Mais sans même songer à lui faire ma cour.

Car belle, froide et calme ainsi qu'une Minerve,

Son attitude seule imposait la réserve.

Cela durait ainsi depuis un mois, — Un soir

Nous étions cinq ou six causant dans son boudoir ; Elle avait dans son air je ne sais quoi d'étrange, De fauve, si ce mot peut se dire d'un ange ; La voix rauque et stridente, et les j^eux éclatants, Pâle, avec des éclairs de rougeur par instants, Fiévreuse, sarcastique, emportée, éloquente, Elle était à la fois hautaine et provocante, Elle me troublait fort, je ne puis le nier. Tant pis ! je m'arrangeai pour rester le dernier. Je risquai des aveux qu'on reçut sans colère; Ce que voyant, ma foi 1 je devins téméraire... Grande indignation, et tout ce qui s'ensuit, Mais je n'écoutais rien; lorsque sonna minuit... J'étais à ses genoux... « Silence! » me dit-elle; Et puis, au dernier coup de l'heure solennelle. Murmurant quelques mots que je n'entendis pas. Voilà qu'elle se laisse aller entre mes bras ! Alors...

PAUL

Passons ! après?

ADOLPHE

Après?... Cherche, imagine.

PAUL

Parle, c'est plus tôt fait; jamais je ne devine.

ADOLPHE

J'étais tout stupéfait encor de mon bonheur. Qu'elle me dit : « Sortez, vous me faites horreur I »

PAUL

C'est la réaction ordinaire et prévue.

Tu restas? '

ADOLPHE

Hélas! non.

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