ACTE DEUXIÈME
PAUL
Ce fut une bévue.
ADOLPHE
Oui, mais le procédé me sembla noble et grand.
Tu sentais le besoin d'un cigare, sois franc !
ADOLPHE
Ah bien, oui! j'étais loin des gaités incongrues ! J'errai tonte la nuit, comme un fou, dans les rues, Par ce besoin qu'on a de fatiguer son corps Lorsqu'on se sent le cœur plein par-dessus les bords. Je courais, je riais, je criais à la pluie, Car il pleuvait : « Le feu de mon cœur te défie ! » J'étais lyrique. Bref, de fatigue engourdi, Je rentre, je me couche, et dors jusqu'à midi.
PAUL
Bon, cela!
ADOLPHE
Quel réveil, mon ami ! Je me lève, Et, pour bien m'assurer que ce n'est pas un rêve...
PAUL
Tu déjeunes.
ADOLPHE
D'abord, avec le plus grand soin.
Je cours chez Caroline et l'aperçois de loin Accoudée au balcon, comme la Polymnie, portant dans ses beaux yeux des traces d'insomnie. A ma vue, elle rentre, et je double le pas... Juge de ma surprise : on ne me reçoit pas !... « Madame est sortie ! »
PAUL
Ah!
J'insiste, je m'indigne.
Je corromps le portier : c'était une consigne ! Oui, j'étais consigné, mon cher.
PAUL
C'est vif.
ADOLPHE
J'écris...
Huit pages ! Les rochers s'en fussent attendris ! Ma lettre me revient le lendemain... intacte ! Je fais de fiers serments...
PAUL
Qu'aussitôt...
ADOLPHE
Je rétracte.
PAUL
Et tu cours te brûler les doigts à son marteau.
ADOLPHE
Tout juste! Mais que vois-je au balcon, l'écriteau !
Elle avait décampé la veille, la traîtresse.
Sans prévenir son monde et sans donner d'adresse.
Plus d'une a pratiqué cette façon d'agir, Pour se débarrasser d'un amant sans rougir.
ADOLPHE
J'ai fait de vains efforts pour retrouver sa Irace, Et je suis à Paris rentré, de guerre lasse.
PAUL
C'est tout?