‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 312 sur 358 · MERSON, HENRI · texte numérisé non relu

MERSON, HENRI

MERSON, à part.

Qu'on me parle encore de la voix du sang... je rirai bien!

(S'avançant vers Henri les bras ouverts.) Henri! mOU uls... (Changeaot

<ie ton.) Ah! bien, non, je ne peux pas recommencer! La situation tourne au comique... Après tout, .faime mieux débuter avec toi par un éclat de rire que par un sanglot ; c'est de meilleur augure, et cela me ressemble davantage ; or, ce qui nous presse, c'est de faire connaissance le plus vite possible, n'est-ce pas, pour réparer le temps perdu?

(il s'assied dans le fauteuil à coté de la table, et fait signe à Henri d'appro- •her un siège. Celui-ci obéit, et reste debout appuyé snr le dossier de s« chaise, regardant son père avec étonnement.) — AvOUC qUB tU t'atten-

dais à un monstre?

HENRI

Vous faites injure à ma mère : elle m'a élevé dans les sentiments du plus profond respect pour vous.

Je le regrette. (Tressaillement de Henri.) C'est infiniment plus embarrassant. Je croyais avoir à me défendre; j'ai à m'accuser. Garde ton respect pour une meilleure occasion, mon Yi. 27

470 MADAME CAVERLET.

cher enfant : je n'ai rien de vénérable, tu t'en es peut-être déjà aperçu.

HENRI, s'asseyant.

Oh ! mon père !

MERSON, d'un ton léger.

Non, non! Je suis de ceux qui traînent le boulet de la jeunesse éternelle. Je change de contemporains tous les dix ans; j'ai déjà usé trois générations d'amis, ça te fait rire? et j'allais en recruter une quatrième, quand mon miroir m'a montré sur ma tête une notable majorité de cheveux blancs. Je me suis demandé de quel jeune homme je pouvais décemment être le camarade, avec ce physique de père; et une voix mystérieuse, que je n'ose plus appeler la voix du sang, m'a répondu : de ton fils. — J'ai sauté en chemin de fer, et je suis venu te demander ton amitié.

HENRI

Mou amitié? dites plutôt...

MERSON, gaiement.

Non, je dis bien : ton amitié; je tiens au mot. C'est le seul qui ne soit pas gros de déceptions pour toi et de gêne

pour moi. (ils se lèvent tons les deux, Merson prend son fils sous le bras, et ils se promènent sur le devant de la scène.) Je VeUX être tOU compagnon et ton guide. Il y a quelque c*{iose de plus charmant que de voyager pour soi-même, c'est de recommencer le voyage avec et pour un autre. Quel plaisir de te piloter dans le monde, de t'épargner les écoles que j'ai commises, et Dieu sait si j'en ai commis ! En fait d'écoles, tu peux dire comme Alexandre : Mon père ne me laissera rien à faire ! — Mais on peut s'amuser à moins de frais. — Tu dois en avoir assez de ton existence lacusùe?

HENRI

.Te suis paifaitement heureux ici entre ma mère et ma sœur.

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