ACTE TROISIÈME
HENRIETTE, suppliante.
Je n'ai qu'un mot à vous dire, monsieur : mes enfants me croient divorcée et remariée.
MERSON, loi montrant un fauteuil.
Je le sais, et rassurez-vous : je respecterai leur illusion jusqu'à nouvel ordre. Vous pouvez donc m'écouter tranquillement. D'ailleurs, je serai bref. — (il avance Im-mème un siège et 8'essied quand sa femme s'est assise.) J'ai été aUSsi peU exemplaire
comme père que comme époux; je m'en accuse. Le ciel ne m'avait sans doute pas créé pour ces hautes fonctions. J'ai négligé mes enfants pendant quinze ans, non sans remords, aroyez-le bien; mais je m'étourdissais au bruit de mon interminable jeunesse, jusqu'au jour où j'ai senti qu'il y avait péril en la demeure, et que j'avais le devoir impérieux de me préoccuper de la situation que vous leur faites. Or, pour ne parler que de Lucy...
HENRIETTE
Lucy? Vous voulez dire Fanny?
MERSON
Lucy, Fanny, noms anglais... la langue m'a fourché! Pour ne parler que de ma fille, la voilà d'âge à se marier.
HENRIETTE
Pas encore, grâce au ciel.
MERSON
Pardonnez-moi; et la preuve, c'est qu'on a déjà demandé sa main.
HENRIETTE
A qui donc, je vous prie?
MERSON, se levant et saluant.
A moi, madame, ici même, à l'instant, un M. Reynold, qui l'aime, qui s'en dit aimé, et dont le père s'oppose au
500 MADAME CAVERLET.
mariage à cause des irrégularités de votre position. Vous voyez, madame, que si l'urgence de mon intervention avait besoin d'être prouvée, la démonstration ne s'est pas fait attendi'e.
11 se rassied.
HENRIETTE
Calmez cette touchante sollicitude pour une fille dont vous avez oublié le nom... La preuve que Fanny est encore une enfant, c'est que son prétendu amour était un enfantillage dont elle f *t déjà toute consolée par la perspective d'un voyage en Italie et les préparatifs du départ.
MERSON
Soit; mais ce qui est trés-sérieux là-dedans, ce qui doit vous donner à réfléchir, c'est l'opposition du père; opposition que vous retrouverez partout, soyez-en sûre, quand vous jugerez !fc moment venu d'établir Fanny.
HENRIETTE, se levant.
Quand ce moment-là sera venu, je sais ce que j'aurai à faire. Croyez bien, monsieur, que je n'ai pas attendu vos avertissements pour me préoccuper de l'avenir de mes enfants,
MERSON
Et serais-je indiscret en vous demandant ce que vous comptez faire pour vos enfants... qui sont un peu les miens, après tout?
HENRIETTE, après une hésitation.
Je rentrerai h Paris avec eux... seuls. Con^ïne vous n'aviez pas intérêt à ■^bruiter le secret de ma nouvelle existence, si vous le connaissiez déjà, je suppose que vous ne l'avez pas fait?
MERSON
Non, madame. J'ai gardé un silence modeste.