‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 51 sur 358 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

LÉA, toujours affaissée sur ses genoux, les yeux baissés et d'uae voix sourJe.

C'était le trois septembre...

PAUL

Eh bien? Ah! oui, le jour...

LÉA

De votre mariage! — En jilein cœur, sans détour, Je venais d'en avoir la nouvelle brutale.

0 mon Dieu!...

LÉA

Tout à coup, la chambre nuptiale Qui s'ouvrait devant vous apparut à mes yeux ; Tout mon être frémit d'un besoin furieux De me venger de vous, de me souiller, que sais-je? De mériter mon sort par quelque sacrilège ! Et quand à la raison l'horreur me rappela... Si la honte tuait, je ne serais pas là! Vous me méprisez moins que je ne me méprise, Et j'ai la plaie au cœur que rien ne cicatrise.

PAUL, après un silence.

Ton crime est à moi seul, je l'ai seul inspiré! Sur ton égarement qu'un voile soit tiré, Oublions ! notre amour seul est vrai ; tout le reste N'est qu'une vision, un mensonge funeste ! Tu n'as appartenu qu'à moi, tu m'appartiens...

Il la prend dans ses bra LÉA, faiblement.

Laisse-moi.

PAUL

Du passé renouons les liens!

HG PAUL FORESTIER.

LËA, le repoussant avec force-

Jamais! — Entendez-vous? Sur ma vie éternelle, Jamais !

Tu peux jurer sur ton âme immortelle!

Notre immortel amour, plus fort que tes serments. Te fera retomber dans mes embrassements.

Non, Paul, n'espérez pas cette lâche rechute. Je ne cours même pas les chances de la lutte ; Je pars ce soir.

PAUL

Tu fuis!

LÉA

Je n'aurais pas besoin, Pour me garder de vous, de m'en aller si loin : Entre nous désormais il existe un abîme Que peuvent seuls franchir l'impudence et le crime. Pour ne pas vous parler de vos devoirs d^époux, Fussiez-vous libre encore ou le devinssiez-vous, Je ne vous rendrais pas flétrie et dégradée Celle que pure un jour vous avez possédée. C'est le dernier respect qui me reste de moi, Ma dernière fierté, mon dei*nier mot, ma loi.

Et moi, je ne connais et je ne veux connaître D'autre loi que l'ardeur sans nom qui me pénètre. Tu ne partiras pas... non! je te le défends! Pourquoi nous torturer? Sommes-nous des enfants? Qu'est-ce donc, après tout? un accès de folie! Je l'oublirai, te dis-je.

LÉA

Hélas ! rien ne s'oubjie.

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