‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 60 sur 358 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Un silence.

L'appel de votre ami, comment est-il conçu? Montrez!

PAUL, froidement.

Vous savez bien que je n'ai rien reçu.

Ah! je doutais encore! Oui, dans ma conscience L'énormité de l'acte en troublait l'évidence. C'est donc vrai! vous sortiez d'ici, gai déserteur, Ne laissant après vous que désastre et douleur, Et, sans souci des lois humaines et divines, Suivant votre caprice à travers nos ruines! Et quel caprice encor! dont l'objet dégradé Par vous-même honni, conspué, lapidé...

PAUL

Ce n'était pas à moi de lui jeter la pierre.

Sa faute d'un instant m'incombe tout entière,

Ou plutôt c'est à vous... Je reste stupéfait

Quand je repasse en moi ce que vous avez fait!

A quel titre a-t-il pu vous sembler légitime

De disposer sans moi de mon bonheur intime?

De prendre à mon insu ce rôle exorbitant

Sur un point où mon cœur était seul compétent?

Quel pouvoir paternel explique ou justifie

Cette intervention furtive dans ma vie?

Encore si c'était prudence à mon endroit,

Sollicitude outrée et dépassant son droit...

Mais non ! ce qui vous touche et ce qui vous soucie.

C'est le contentement de votre fantaisie !

Vous brisez les liens qui gênent vos projets

Sans vous inquiéter si mon cœur tient après ;

Vous me bouclez saignant dans un prompt mariage

Et vous vous indignez loi'sque je m'en dégage?

Que dirais-je donc, moi? Si vos soins clandestins

N'eussent pas détourné mes faciles destins,

Je pourrais aujourd'hui, libre de toute attache.

Épouser sans remords Léa libre.,, et sans tache;

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