‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 74 sur 358 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MADAME DE YERLIÈRE.

Hélas ! c'est vrai.

LANCY

A vingt-quatre ans, donc, maître d'une belle fortune et porteur d'un nom honorable...

MADAME DE VERLIÈRE.

Vous vous empressiez d'écorner l'une...

LANCY

Et de compromettre l'autre? Que nenni ! La passion de la chasse m'a préservé des passions ruineuses ; j'ai toujours eu horreur des cartes, et, sans me donner pour un héros aussi chaste, à beaucoup près, que le farouche Hippolyte, je puis me vanter...

Pas de détails, je vous en conjure.

LAXCY.

Le strict nécessaire. — Je puis me vanter d'avoir passé ma vie à la poursuite de la femme honnête. Je l'ai d'abord cherchée, comme tous les débutants, dans le camp des irrégulières, et j'ai payé un large tribut à la manie de la rédemption. Mais, après avoir racheté pour quelque cent mille francs d'anges déchus, je me suis aperçu que les vierges folles sont encore moins folles que vierges, si c'est possible, et que le racheteur n'est pour elles qu'un acheteur plus naïf.

MADAME DE VERLIÈRE.

C'est plein d'intérêt... Continuez.

LAXCY.

Désenchanté de ces aimables commerçantes, je transportai mes investigations dans le monde régulier. Ah ! madame, pour un échappé des amours vénales, quelle ivresse dans la

possession d'un cœur qui se donne en immolant tous ses devoirs ! Le mulheur, c'est que je finissais toujours par m'attaclier au mari, le trouvant incomparablement plus honnête que la femme, et je reconnaissais alors qu'il n'y a pas un abîme entre celles qui nous trompent pour un autre et celles qui trompent un autre pour nous... Sans compter que ces fameux devoirs dont on nous fait sonner si haut le sacrifice, sont la plupart du temps des victimes parfaitement habituées à l'autel. — Je ne vous ennuie pas trop ?

MADAME DE VERLIÈRE.

Jamais trop, mon ami.

LANCY

Mais assez. J'abrège donc. Le résultat de mes expériences fut cette vérité oubliée par M. de la Palisse, que la seule chance qu'on ait de posséder une honnête femme, c'est de l'épouser soi-même. — Malheureusement, j'avais passé l'âge où l'on se marie les yeux fermés ; il ne me restait plus que le mariage de raison... et c'est fièrement difficile, allez, de rencontrer une femme qu'on ait raison d'épouser. Mais à la fin je crois avoir trouvé mon lot.

MADAME DE VERLIÈRE.

Ah ! tant mieux !

LANCr.

Un moment! je ne suis pas encore agréé.

MADAME DE VERLIÈRE.

Vous le serez, mon ami ; il est impossible que vous ne le soyez pas, car vous êtes un homme charmant, malgré ce vilain procédé... que nous perdons un peu de vue.

LANCY

Au contraire, nous y ari'ivons. Comme garçon, je pouvais me contenter de mon entresol ; en montant d'un grade, il faut aussi que je monte d'un étage.

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