SCENE PREMIERE
MADAME DE VERLIÈRE.
Je comprends. C'est madame de Lancy que vous voulez installer dans mon appartement,
LANCY, se levant.
Vous l'avez dit.
MADAME DE VERLIÈRE,
Je vous pardonne en faveur du motif, quoiqu'il soit bien pénible de déménager. Je suis bête d'habitude ; je me plaisais beaucoup ici, je l'avoue.
LANCY, appuyé an dossier du fauteuil de madame de Verlière.
Qu'à cela ne tienne; restez.
MADAME DE VERLIÈRE.
Et madame de Lancy?
LANCY
Elle s'y prêtera volontiers, pourvu...
MADAME DE VERLIÈRE.
Pourvu ?
LANCY
Pourvu que vous changiez de nom.
MADAME DE VERLIÈRE.
Comment l'entendez-vous?
LANCY
En cessant de vous appeler madame de Verlière pour vous appeler madame...
MADAME DE VERLIÈRE.
De Lancy? Je crois, Dieu me pardonne, que vous m'intentez une demande en mariage !
LANCT.
Franchement, je le crois aussi.
MADAME DE YERLIÈRE, se levant.
Et par quels détours, juste ciel!
Quand vous me reprochiez de ne pas prendre par quatre chemins!
MADAME DE "VERLIÈRE, debout devant la cheminée.
Je vous faisais tort de trois. — Ainsi, c'est moi qui ai linsigne honneur de vous représenter le mariage de raison ? Savez-vous que vous n'êtes pas poli?
LANCY
Permettez ; il s'agit de s'entendre sur les mots. Ce que le monde appelle un mariage de raison, c'est-à-dire un mariage où le cœur n'est pas plus consulté que les yeux, où l'on prend une femme dont le plus souvent on ne voudi^ait pas pour maîtresse, et dont on ne subi't la possession qu'à condition qu'elle sera éternelle, je l'appelle, moi, un mariage d'aliéné.
MADAME DE YERLIÈRE, passant à gaiicbs.
A la bonne heure; mais votre phrase avait besoin de ce commentaire. — Vous êtes un fier original !
LANCY
En quoi donc?
MADAME DE YERLIÈRE.
D'abord en tout, et puis en votre façon défaire votre cour.
LANCY
Qu'eu savez-vous? Je ne vous l'ai jamais faite.
MADAME DE YERLIÈRE.
Première originalité; mais, aujourd'hui même que vous demandez si singulièrement ma main, j'ai toutes les peines du monde à voir en vous un soupirant.