SCÈNE PREiMIÈRE
Par malheur, c'est là une loi de nature à laquelle les deux sexes sont soumis, le vôtre comme le nôtre, malgré toute prétention contraire.
MADAME DE VERLIÈRE.
Quelle infamie !
LAXCT.
Voyons, madame, la main sur la conscience : si vous aimiez quelqu'un et que ce quelqu'un vous arrivât un jour borgne ou manchot, est-ce que ce dégât ne jetterait pas un peu d'eau froide sur votre exaltation?
MADAME DE VERLIÈRE.
Que vous connaissez mal les femmes, mon pauvre ami ! Quand nous aimons un homme, sachez que nous ne le voyons qu'à travers son intelligence et son cœur. A peine savons-nous s'il est blond ou brun, et, devant ce dégât que vous dites, nous redoublons de tendresse pour le consoler et le rassurer.
LANCY
Pendant huit jours.
MADAME DE VERLIÈRE.
Pendant toute la vie.
LANCY
Je voudrais, par curiosité, vous voir à cette épreuve.
MADAME DE VERLIÈRE.
Si j^étais aussi sûre qu'il triomphera de celle que je lui prépare !
LANCY
Qui?
Celui que j'attends.
LANCY
Vous persistez donc à soutenir que vous attendez quelqu'un ?
MADAME DE VERLIÈRE, se levant.
Ce n'est pas pour autre chose que je suis... enfarinée. Je vais lui raconter que j'ai blanchi en son absence, que je suis réduite à me poudrer pour ne pas étaler des cheveux... Comment disiez-vous? poivre...
LANCY
Et sel.
MADAME DE VEKLIÈRE.
Et sel. — Et, si je vois dans ses yeux la moindre hésitation, tout est rompu.
Elle passe à gauche.
LA.NCY.
Eh êtes-vous sûre?
MADAME DE VERLIÈRE.
Je VOUS en fais serment.
LANCY
Alors, permettez- moi de ne pas désespérer encore.
MADAME DE VERLIÈRE.
La rupture ne serait pas à votre profit. Je renoncerais au monde et m'irais enterrer à Verlière.
LANCY, BOiiriant.
N'avez-vous pas quelque caveau d'ami, à Verlière?
MADAME DE VERLIÈRE.
Ne plaisantez pas, je vous en prie. Quand je songe au dé que je vais jouer.. .
LANCY
Pourquoi le jouer, alors?