ACTE PKliMIER
FABRICE
Ma sœur?
G É L I E, à Horace.
Qu'il n'a pas reconnue!
FABRICE
Ah! c'est que dans mon cœur tu n'avais pas grandi, Et je n'y rapportais qu'un entant étourdi ! Comme te voilà i^rande et timide et jolie! Mais as-tu peur de moi? Dans mes bras, ma Célie!
CÉLIE, timidement, après l'avoir embrassé.
Notre père est sorti.
FABRICE
Tiens, je n'y pensais plus !
Il est sorti? Tant mieux, c'est qu'il n'est pas perclus, .le le craignais bien vieux, bien vieux, mon pauvre père.
HORACE
11 n'a jamais été plus gaillard, au contraire. Il gagne un an de moins tous les jours.
FABRICE
Dieu merci!
Me voilà déchargé de mon plus grand souci ! Je m'accusais déjà de sa décrépitude Comme d'un fruit amer de mon ingratitude... Aussi comme je vais lui demander pardon De mon libertinage et de mon abandon!
A-t-il toujours son air vénérable et sévère?
CÉLIE
Il rentrera bientôt ; vous le verrez, mon frère.
FArJUI CE.
Eh bien, en attendant, paiie-nioi, chère sœur, Car j'avais de ta voix oublié hi douceur.
Aussi, méchant, pourquoi l;iire une telle absence?
FAîiRICE.
Longue absence, en effet! Ces lieux de mon enfance
Doivent être étonnés du piteux revenant
Qui les avait quittés si jeune et rayonnant!
As-tu vu quelquefois la carcasse noircie
D'un beau feu d'artifice éteint par une pluie?
Je rappelle beaucoup ce lamentable objet.
CÉLIE
Vous nous raconterez ce que vous avez fait?
FABRICE
Non, diable! ce n'est pas matière à bréviaire! J'ai fait un peu de tout, hors de ce qu'il faut faire.
CÉLIE
Vous restez avec nous?
FABRICE
Pour toujours, car je voi Que le bonheur était entre mon père et toi. J'ai sottement gâché ma vie à le poursuivre, Mais je la recommence en te regardant vivre; J'ai fatigué mon cœur à tous les carrefours, Je veux le reposer en aimant tes amours, Et vieillirai gaîment pourvu que je te voie, Jeune de ta jeunesse, et joyeux de ta joie! Tu me laisseras bien rôder dans ta maison Comme un vieux serviteur inutile, mais bon?