CI. OR INDE
Je n'étais pas, moi, de ces créatures Chez qui l'on voit croupir des richesses impures; J'ai toujours lavé l'or de mes prospérités Au rapide courant des prodigalités.
Or j'ai goûté de tout, et celte folle vie N'a laissé qu'une chose en moi d'inassouvie. Pour te rendre d'un mot mon sentiment plus clair, Je ressemble au marin fatigué de la mer; El, comme il porte envie à la tranquille joie Des rivages heureux que son vaisseau côtoie, Ainsi je porte envie au monde régulier Que mon orgueil encor n'a pu que côtoyer. Je veux faire partie enfin de quelque chose, Au lieu d'être un jouet dont le hasard dispose; Je veux m'initier à ce monde jaloux Qui par son mépris seul communique avec nous ; Je veux mon rang parmi les femmes sérieuses... Ces mères et ces sœurs pour nous mystérieuses. Dont nous ne savons rien, pauvres filles, sinon Le respect que font voir nos amants à leur nom!
ANNIBAL
Laisse-moi quelque peu secouer les oreilles... Je n'ai jamais ouï d'absurdités pareilles! Je tombe de mon haut ! Depuis quand diable as-tu Tant de vocation pour entrer en vertu?
CLORINDE
Ah! je n'ai jamais vu de femme mariée,
De bourgeoise en gants noirs que je n'aie enviée ;
Car elle regardait mon luxe avec dédain.
Et c'est si bon d'oser mépriser son prochain ;
D'avoir autour de soi des gens à qui l'on tienne
Et dont on ne soit pas traitée en bohémienne;
ISO L'AVEN TU niÈllE.
De ne plus vivre enfin hors le monde et la loi, Et de se pavaner dans l'estime de soi!
AN'MBAL.
Tu vas donc te conduire en lionnète personne?
CLOr. I NUE.
Sans doute.
ANNIBAL
Tout de bon?
CLORINDE
Qu'est-ce là qui t'étonne?
Les galants, à ton gré, sont-ils si dangereux Qu'on ne puisse aisément se défendre contre eux? Je n'ai jamais aimé personne de ma vie!
ANJMCAL.
Je le sais, mais enfin il peut t'en prendre envie.
CLORINDE
Impossible! L'amour demande un cœur dompté
Et se nourrit chez nous d'infériorité ;
Or, moi, par un bonheur qui souvent me chagrine,
Je ne peux pas trouver d'homme qui me domine ;
Les plus spirituels dans mes mains ont tourné
En idiots, en gens à mener par le nez;
Si bien qu'en vérité, parfois je me demande
Pourquoi c'est l'homme et non la femme qui commande,
Et d'où peut venir l'air de domination
Qu'aiïecte ce taux roi de la création.
ANNIBAL
On voit bien que tu n';is jamais été battue : Tu mépriserais moins l'homme, fière statue!