‹ Théâtre completChapitre 102 sur 287 · SCÈNE PREMIÈRE ANNIBAL, CLORINDE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE ANNIBAL, CLORINDE

Ils entrent par la porte du fond.

CLORINDE

Personne. — Il est allé chez quelque ami, sans doute.

AN.MBAL.

Il n'en a plus.

CLORINDE

Qui sait?

ANNIBAL

Il promène sa goutte, Yoilà tout; il n'est là rien de bien alarmant.

CLORINDE

Que veux-tu! j'ai dans l'âme un noir pressentiment. Toi qui ne crois à rien, tu diras que c'est bête, Mais ce miroir cassé me trotte par la tète.

ANNIBAL

Laisse-moi donc tranquille avec ton sot miroir! Que veux-tu qu'il arrive?

CLORINDE

Est-ce qu'on peut savoir?

II suffit d'un hasard pour nous faire connaître.

ANNIBAL

Il faut que ce hasard entre par la fenêtre, Car nous avons fermé la porte à tout venant.

CLORINDE

Peux-tu d'un tel sujet parler en badinant !

ANNIBAL

Moi? je tiens plus que toi, ma sœur, à ton douaire.

CLORINDE

Ne seras-lu jamais qu'un intrigant vuli^aire? Ne peux-tu te hausser à d'autre ambition Qu'à celle de gai^ner un méchant million?

ANNIBAL

Tout doux! les millions sont de bonnes personnes Oui ne méritent pas le nom que tu leur donnes, El l'on n'en cite pas un seul, je dis pas un, Qui d'aucune façon ait fait tort à quelqu'un. Mais toi-même, malgré ton mépris magnanime, Tu ne leur peux, au fond, refuser ton estime, Et c'est leur témoigner, je crois, assez d'égard Que consentir pour eux à l'hymen d'un vieillard!

CLORINDE

Tais-toi, tu n'es qu'un sot. Verrai-je mes pensées Par ce petit esprit toujours rapetissées? L'argent, pauvre cervelle! Eh! que me fait l'argent? Je l'ai toujours traité d'un dédain négligent...

Hélas I

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