SCÈNE PREMIÈRE ANNIBAL, CLORINDE
Ils entrent par la porte du fond.
CLORINDE
Personne. — Il est allé chez quelque ami, sans doute.
AN.MBAL.
Il n'en a plus.
CLORINDE
Qui sait?
ANNIBAL
Il promène sa goutte, Yoilà tout; il n'est là rien de bien alarmant.
CLORINDE
Que veux-tu! j'ai dans l'âme un noir pressentiment. Toi qui ne crois à rien, tu diras que c'est bête, Mais ce miroir cassé me trotte par la tète.
ANNIBAL
Laisse-moi donc tranquille avec ton sot miroir! Que veux-tu qu'il arrive?
CLORINDE
Est-ce qu'on peut savoir?
II suffit d'un hasard pour nous faire connaître.
ANNIBAL
Il faut que ce hasard entre par la fenêtre, Car nous avons fermé la porte à tout venant.
CLORINDE
Peux-tu d'un tel sujet parler en badinant !
ANNIBAL
Moi? je tiens plus que toi, ma sœur, à ton douaire.
CLORINDE
Ne seras-lu jamais qu'un intrigant vuli^aire? Ne peux-tu te hausser à d'autre ambition Qu'à celle de gai^ner un méchant million?
ANNIBAL
Tout doux! les millions sont de bonnes personnes Oui ne méritent pas le nom que tu leur donnes, El l'on n'en cite pas un seul, je dis pas un, Qui d'aucune façon ait fait tort à quelqu'un. Mais toi-même, malgré ton mépris magnanime, Tu ne leur peux, au fond, refuser ton estime, Et c'est leur témoigner, je crois, assez d'égard Que consentir pour eux à l'hymen d'un vieillard!
CLORINDE
Tais-toi, tu n'es qu'un sot. Verrai-je mes pensées Par ce petit esprit toujours rapetissées? L'argent, pauvre cervelle! Eh! que me fait l'argent? Je l'ai toujours traité d'un dédain négligent...
Hélas I