‹ Théâtre completChapitre 109 sur 287 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ANN" IBAL

Très gentil!

MONTE-PRADE

Vous éliez donc unis en frères?

FABRICE

Plus qu'en frères :

Il n'écoutait que moi sur toutes ses affaires.

MONTE-PRADE

Vous étiez son mentor, monsieur Ulric?

FABRICE

Hélas!

Il goûtait mes conseils et ne les suivait pas. Mais, lorsqu'il se trouvait à bout d'extravagances, Il regrettait cent fois mes sages remontrances, Et cent fois me jurait qu'on ne l'y prendrait plus! Inutiles regrets et serments superflus!

MONTE-PRADE, à Fabrice.

Il a pris un état pour vivre, je suppose?

Car le bien de sa mère était fort peu de chose.

FABRICE

En moins d'une bouchée il l'eût, je crois, mangé, Si les faveurs du jeu ne l'eussent allongé.

MONTE-PRA DE

J'aurais cru qu'il eût fait de plus vertes prouesses; Heureux au jeu, dit-on...

Malheureux en maîtresses?

11 le lut : il en eut beaucouo. Il en eut tant,

200 L'AVENTURIl' UE.

Qu'un jour il s'éveilla, n'ayant plus rien comptant Que la cape et l'épée : il se mit au service Et s'appelle aujourd'hui le colonel Fabrice.

MO.ME-PRADE

Colonel?

FABRICE

Il a fait son chemin en cinq ans.

AKNIBAL.

Sacrebleu!

MONTE-PRADE

Hein?

CLORINDE

Pardon !

ANNIBAL

L'habitude des camps!

MONTE-PRADE

Sa valeur se doit être aisément signalée.

Brave enfant! Je voudrais le voir dans la mêlée,

Avec son bras d'acier et ses yeux de lion!

Dès l'enfance, la guerre était sa passion ;

Sans cesse il s'échappait pour livrer la bataille

Dans le faubourg, avec des gamins de sa taille;

11 revenait souvent, Dieu sait dans quel état!

Il fallut un beau jour qu'on me le rapportât

Sur un brancard, le front fendu d'un coup de pierre!,

« Ce n'est rien, me dit-il, n'avertis pas ma mère! »

FABRIC E, ù part.

0 ma mère!

Page 1