ACTE DEUXIÈME
ANN" IBAL
Très gentil!
MONTE-PRADE
Vous éliez donc unis en frères?
FABRICE
Plus qu'en frères :
Il n'écoutait que moi sur toutes ses affaires.
MONTE-PRADE
Vous étiez son mentor, monsieur Ulric?
FABRICE
Hélas!
Il goûtait mes conseils et ne les suivait pas. Mais, lorsqu'il se trouvait à bout d'extravagances, Il regrettait cent fois mes sages remontrances, Et cent fois me jurait qu'on ne l'y prendrait plus! Inutiles regrets et serments superflus!
MONTE-PRADE, à Fabrice.
Il a pris un état pour vivre, je suppose?
Car le bien de sa mère était fort peu de chose.
FABRICE
En moins d'une bouchée il l'eût, je crois, mangé, Si les faveurs du jeu ne l'eussent allongé.
MONTE-PRA DE
J'aurais cru qu'il eût fait de plus vertes prouesses; Heureux au jeu, dit-on...
Malheureux en maîtresses?
11 le lut : il en eut beaucouo. Il en eut tant,
200 L'AVENTURIl' UE.
Qu'un jour il s'éveilla, n'ayant plus rien comptant Que la cape et l'épée : il se mit au service Et s'appelle aujourd'hui le colonel Fabrice.
MO.ME-PRADE
Colonel?
FABRICE
Il a fait son chemin en cinq ans.
AKNIBAL.
Sacrebleu!
MONTE-PRADE
Hein?
CLORINDE
Pardon !
ANNIBAL
L'habitude des camps!
MONTE-PRADE
Sa valeur se doit être aisément signalée.
Brave enfant! Je voudrais le voir dans la mêlée,
Avec son bras d'acier et ses yeux de lion!
Dès l'enfance, la guerre était sa passion ;
Sans cesse il s'échappait pour livrer la bataille
Dans le faubourg, avec des gamins de sa taille;
11 revenait souvent, Dieu sait dans quel état!
Il fallut un beau jour qu'on me le rapportât
Sur un brancard, le front fendu d'un coup de pierre!,
« Ce n'est rien, me dit-il, n'avertis pas ma mère! »
FABRIC E, ù part.
0 ma mère!