ACTE TROISIEME
CLORINDE
Vous me jugez indigne ?
MO.NTE-PUADE.
Eii bien, non! je rougis Des appréhensions auxquelles j'obéis; Lisez.
Il lui donne la lettre.
CLORINDE, lisant.
« Mon père, Ulric n'est pas un bourgeois de Munich ainsi que j'ai été forcé de vous le dire dans sa lettre d'introduction. C'est un des plus riches et des plus nobles gentilhommes d'Allemagne : marquis d'Aransberg, comte de Latran, prince du Saint-Empire. Il voyage déguisé, par esprit d'aventure, cherchant une femme dont il soit aimé pour lui-même. Ne laissez pas échapper une si belle occasion de marier ma soHir; elle doit être charmante, et le prince ne tient ni au bien ni à la naissance. »
Aviez-vous peur qu'il me tournât la tète? Pour lui comme pour moi le soupron est honnête. Mais, Seigneur, cette histoire a tout l'air d'un roman.
MONTE-PRADE
Rien n'est plus naturel chez un noble allemand.
CLORINDE
Si fous que soient encor ces gens-là, je parie Que votre fils vous fait une plaisanterie.
Il n'y mêlerait pas sa sœur, croyez-le bien.
228 L'AVENTUniÈRE.
CLORINDE
Oui, j'ai tort de juger les frères par le mien. Mais étes-vous bien sûr que ce soit l'écriture... ?
MONTE-PRADE
De Fabrice? Sans doute, avec sa signature.
CLORINDE
Il ne faut plus douter alors. C'est positif. Etrange événement!
MONTE-PRADE, à part.
Comme elle a l'air pensif!
Haut.
Que me conseillez-vous?
CLORINDE
Question délicate.
Je vous conseillerais, si j'étais diplomate, De renvoyer votre hôte, et vous seriez ravi Dans vos secrets désirs d'être si bien servi.
MONTE-PRADE
Moi?
CLORINDE
Mais j'aime encor mieux, Seigneur, quoi qu'il m'en En votre esprit sur moi laisser planer un doute, [coûte, Que de vous rassurer comme je le pourrais Par un conseil funeste à vos vrais intérêts.
A qui funeste? En quoi?
CLORINDE
Vous n'êtes pas sincère.
Et vous parlez. Seigneur, plus en jaloux qu'en père.