ACTE TROISIÈME
MO.NTE-PP.ADE
Ma liUc est accordée à son petit-cousin.
CLOIUNDE.
Le père à son retour changera de dessein. Croyez-vous qu'à Padoue il soit une famille Qui Hiarirait son lils avec ma belle-fille? Si vous vous en flattez, Seigneur, vous avez tort.
MOXTE-PRADE.
Cruelle! vous mettez le doigt sur mon remord.
CLOU INDE
Et sur le mien. Aussi je choisis avec joie
Létrange occasion que le ciel nous envoie
De réparer bientôt par un coup triomphant
Le tort que nous (îiisons à notre chère enfant.
Puis c'est un égoïsme en moi fort légitime
De vouloir lui donner un mari qui m'estime,
Dont elle sera fière et dont l'empire aimé
Me rouvrira ce cœur charmant qui m'est fermé.
(Juel bonheur! >'ous irions tous quatre en Allemagne...
MO.ME-PUADE.
Là, nul ne jetterait d'insulte à ma compagne... Que laisserais-je ici? Rien que des ennemis. La patrie est aux lieux où l'on a des amis. Mais Célie aime Horace !
CLORINDE
Un sentiment si mince Tiendra-t-il dans son cœur contre l'amour d'un prince? D'un prince de roman, d'un prince déguisé, Qui veut être une fois pour lui-même épousé! Cette prétention, fort ridicule en somme, A des yeux de seize ans peut embellir un homme.
MONTE-PRADE
Ah! que vous m'enchantez de le traiter ainsi! Mais cet amour d'enlant me donne du souci.
CLORINDE
Les filles de seize ans sont tôt persuadées.
MONTE-PRADE
Non! non! Célie est ferme en ses jeunes idées. L'innocente m'a fait cent réponses déjà Où jamais à seize ans fillette ne songea. La mère ayant trop tôt déserté la couvée, A mon triste foyer l'enfant s'est élevée, Mûrissant son esprit en silence, au milieu Des entretiens virils et sous l'aile de Dieu. Je suis si maladroit et son humeur est telle Que je gâterai tout pour peu que je m'en mêle. Vous seule la pourriez peut-être manier.
Croyez-vous?
MONTE- PRA DE
Essayons. Je vais vous l'envoyer.
CLORINDE
Très bien !
II sort.