ACTE QUATRIÈME
JNolre père esl, vois-tu, possédé d'un démon Qu'on peut exorciser seulement par l'absence ; Tant qu'il est sous ses yeux, il est en sa puissance. En outre, il ne faut pas, pour plus d'une raison, Qu'il sache à quelle main il doit sa guérison : Ces démences du cœur, par un effet posthume. Contre leur médecin laissent de l'amertume.
CÉLIE
Notre père est si bon, qu'il n'en garderait pas.
FABRICE
Soit; dùt-il n'éprouver qu'un certain embarras. Ce serait encor trop. Il ne sied pas, ma chère. Qu'un fils en aucun sens ait barres sur son père, Et quand je rentrerai sous mon vrai nom, il faut Qu'il puisse m'accorder mon pardon le front haut. Comprends-tu?
CÉLIE
Je comprends.
FA li RI CE, à Horace.
Tiens prête une voiture.
Avec tout ce qu'il faut en pareille aventure.
HORACE
La belle a consenti?
Pas encor : seulement Elle a tout préparé pour son consentement. Je vais donner l'assaut et soigner la manœuvre; Mais j'ai besoin de vous pour achever mon œuvre.
HORACE
A quoi sommes-nous bons?
246 L'AVENTUniÈRE.
FABRICE
A m'enseigner mon jeu.
Je fais l'amant candide; or je le suis fort peu. Et ma mémoire à qui vainement je m'adresse Ne fournit pas un mot de naïve tendresse. — Un silence rêveur m'a tantôt secouru; Ce que je n'ai pas dit, aisément on l'a cru : Mais pour qu'à ma parole aussi Ton puisse croire, Je viens à vos amours rajeunir ma mémoire. Allons, bel amoureux, montre-moi de quel ton L'amour s'exprime avant d'avoir barbe au menton.
II ou ACE.
C'est très embarrassant, mon cher.
FABRICE
Quelle corvée!
Dis ce que tu disais avant mon arrivée.
HORACE
Je disais... que l'amour de mystère a besoin Et qu'à l'effaroucher il suffit d'un témoin.
FABRICE
Est-ce que j'en suis un? est-ce que je fais nombre? Pourquoi vous gêner plus pour moi que pour votre ombre ?
Mon ombre, en pareil cas, me gênerait, je croi. Si, pendant que je parle, elle était devant moi.
HORACE
C'est vrai. — Te souvient-il de la chère avenue Où ton âme me fut tout entière connue?
A Fabrice.
Marchant vers le soleil, je lui parlais d'amour;