‹ Théâtre completChapitre 137 sur 287 · ACTE QL'ATKIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QL'ATKIÈME

Nos ombres nous suivaient, quand un fatal détour Les mit devant nos yeux... au moment, ma Gélie, Où tu disais le mot qui pour jn mais nous lie. Fût-ce l'ombre ou l'aveu qui rompit l'entretien? Nous rentrâmes chez nous sans plus ajouter rien.

CÉLIE

Oui, mais le doux silence et les douces pensées !

Nos âmes se taisaient, de quel bonheur pressées!

Te souvient-il encor de la beauté des cieux

Et comme autour de nous tout souriait aux yeux?

— Ah! c'est nous qui riions à la nature entière

Et nos cœurs qui versaient aux cieux tant de lumière !

HORACE

Que le chemin fut court qui ramenait chez nous!

CÉLIE

En arrivant au seuil lu tombas à genoux, Tu me baisas la main sans dire une parole, Et du côté des champs tu pris ta course folle.

HOUACE.

.l'avais peur de trouver quelqu'un qui m'eût parlé.

Et je passai la nuit sous le ciel étoile,

Ivre et me répétant sans relâche à moi-même

Ces mots qui m'enivraient : « Cher Horace, je t'aime! »

CÉLIE

Cher Horace, je t'aime et t'en donne ma foi, Je n'ai jamais aimé ni n'aimerai que toi. Je t'appartiens depuis l'enfance, et mon envie Est de t'appartenir jusqu'au bout de la vie.

HORACE

Dès l'enfance! à jamais! Le passé, l'avenir. Nous avons tout commun, espoir et souvenir!

FABRICE

Ah! maudite à jamais soit la première femme Qui de ce droit chemin a détourné mon âme! Maudit soit le premier baiser qui m'a séduit, Maudit tout ce qui m'a loin du bonheur conduit !

CÉLIE

Mon frère!

FABRICE

Ma blessure ancienne s'est rouverte Plus profonde en voyant la grandeur de ma perte, Et ma haine s'allume, au lieu de mon mépris, Au spectacle du bien que ces femmes m'ont pris. C'est trop peu du dédain, il faut de la vengeance Contre cette impudique et venimeuse engeance. Sans elles, Dieu puissant! il me serait connu, Le pur ravissement d'un amour ingénu; Ma jeunesse au soleil se fût épanouie, Par un hymen fécond doucement réjouie; Enfin, peu soucieux de la fuite du temps. J'attendrais la vieillesse entre de beaux enfants, Et je pardonnerais sans peine aux jours rapides Qui, grandissant mes fils, m'ajouteraient des rides. — Ce bonheur, je ne peux en jouir que par vous. Enfants, mais le spectacle encor m'en sera doux!

HORACE

Pauvre ami!

FABRICE

Chut! On vient... C'est cette créature.

Laissez-nous seuls...

A Horace.

Et toi prépare la voiture.

Par oii sors-tu?

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