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FABRICE, MONTE-PUADE, CLORINDE

M ON TE- PR A DE

Pas si vite, Monsieur!

A Clorinde.

Ah! tu baisses la tête, Perfide, et ta fortune a peur que je l'arrête... Je n'aurais, en elïet, et c'est là ton ellVoi, Qu'un seul mot à jeter entre cet homme et toi! Mais j'aime mieux couvrir ta double perlidie Du pardon méprisant que ton regard mendie.

FABRICE, h part.

Bien.

MONTE-PRADE

Quant à vous. Monsieur, c'est une trahison Dont vous consentirez à me rendre raison. Je suppose?

FABRICE

Demain.

MONTE-PRADE

Demain! Non pas! sur l'heure!

Yous ne sortirez pas vivant de ma demeure! Flambergeau vent. Monsieur!

U dégaine.

FABRICE, reculant.

Je ne puis consentir...

MONTE-PRADE

Ton fer tient au fourreau? Je l'en ferai sortir!

U fait le geste de le souffleler du plat de son cpée. FABRICE.

Mon père!

Quoi?

FABRICE

Le mot est dit : je suis Fabrice.

MONTE-PRADE

Mon filsl

Jetant son épée et cachant son visage de ses mains.

Devant mon fils faut-il que je rougisse!

FABRICE

C'est à moi de rentrer céans avec rougeur. Pourrez-vous pardonner à l'ingrat voyageur?

MONTE-PRADE

Vous revenez, mon fils, comme le bon génie Pour sauver notre nom de cette ignominie. Quel que soit le moyen, vous avez réussi; Vous avez démasqué cette fille : merci!

CLORINDE, qui gagnait la porte, se retourne violemment.

Cette fille!... Après tout, qu'ai-je fait? quelle preuve

De ma perversité vous fournit cette épreuve?

Cherchez donc, je vous prie, avant de me honnir.

Quelle autre mieux que moi l'aurait pu soutenir?

Quoi ! d'honneur altérée, et lasse de scandale,

Je résigne mon cœur à l'amour filiale;

Et, payant parmi vous ma place d'un tel prix,

ACTF. QUATH lÈME. 253

Je ne récolte encor qu'insulte et que mépris!

Un jeune homme paraît, d'assez iiaute naissance

l'our imposer son ciioix même à la médisance;

11 m'offre un ran;,^ splendide en me rendant l'honneur,

Et vous vous étonnez que j'accepte, Seigneur?

A Fabrice.

— Quelle vertu devait me défendre du piège? Pour me donner à vous quel nœud sacré rompais-je? Enfin, ce que j'ai fait, ce dernier mot suffit, Votre père voulait que votre sœur le fit.

FABRICE

Vous, mon père?

MOXTE-PRADE.

Il est vrai, mon fils, et j'en ai honte.

CLOUI-XDE, il Monte-Piade.

Votre indignation a donc été trop prompte;

C'est ce que je voulais vous prouver, cher Seigneur,

En cédant près de vous ma place à mon vainqueur.

A Fabrice.

Pour vous. Monsieur, souffrez que je vous félicite

De votre fourberie et de sa réussite;

Vous avez des talents pour aller à vos fins,

Qui feraient des jaloux parmi les aigrefins.

Eh bien, vous m'écoutez tous deux la tête basse,

Et c'est moi qui m'en vais le front haut, moi qu'on chasse,

Moi pour qui l'on n'a pas de mots trop outrageants!

Allons! relevez donc les yeux, honnêtes gens!

Ayez à vos vertus l'air de trouver des charmes.

FABRICE

Gerte, en vous combattant avec vos propres armes, Je me suis abaissé jusqu'à vous en effet; Mais il fallait sauver mon père, et je l'ai fait.

254 L'AVENTLRIEP.E.

CLORINDE

Le sauver? Et de quoi? Du bonheur, je suppose?

Car il ne semblait pas menacé d'autre chose.

Je savais quels devoirs m'imposait son hymen;

Contente de mon sort et bénissant la main

Qui rendait au bercail la brebis égarée,

A l'humble dévoùment je m'étais préparée,

Et je n'envisageais dans mon nouvel état

Nul sacrihce au(iuel mon cœ'ur ne se prêtât.

Il allait être heureux, vous dis-je. Mais, sans doute,

Votre retour lui va rendre ce qu'il lui coûte,

Et vous remplacerez la douce illusion

Qui dorait ses vieux jours comme un dernier rayon.

FABRICE

Oui, je vous rends, mon père, un douloureux service. Et vous en porterez longtemps la cicatrice; Mais quelque chose passe avant notre bonheur, Vous me l'avez appris jadis : c'est notre honneur.

MONTE-PRADE

Dans quel rôle. Monsieur, doit-on plutôt vous croire? Disiez-vous pas tantôt, si j'ai bonne mémoire, Que le meilleur garant de l'honneur d'un mari, C'était le repentir d'un cœur endolori?

FABRICE

Est-ce donc à vos yeux un repentir sincère Qui n'a pas su tenir contre une surenchère?

CLORINDE

La surenchère était trop forte, encore un coup, Monsieur, pour que l'épreuve ait prouvé rien du tout.

FABRICE

Entre mon père et moi, c'est enfin trop vous mettre, Sortez !

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