‹ Théâtre completChapitre 185 sur 287 · SCÈNE VIII STÉPHANE, GABRIELLE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII STÉPHANE, GABRIELLE

C'est le remords vivant.

J'avais tout oublié, ma fille me rappelle Oue je dois respecter son père, au moins pour elle.

STÉPHANE

Un enfant fera-t-il crouler tout mon bonheur?

Je ne souillerai pas Théritage d'honneur Que ma mère a transmis à toute sa famille, Et que je dois transmettre à mon tour à ma tille. Quand son père travaille et consume ses jours A lui faire un destin paisible dans son cours, Moi, femme, je ne puis à la moisson plus ample, Je ne puis apporter pour ma part que l'exemple; Mais je l'apporterai quoi qu'il coûte à mon cœur. Et de ce grand combat il sortira vainqueur, Pour qu'à sa mère un jour ma fille se soutienne. Comme je me soutiens maintenant à la mienne. Si je vous ai laissé voir que je vous aimais, Oubliez ce moment de faiblesse.

STÉPHAN E

Jamais !

Oublier ce moment ! Est-ce que c'est possible Avant que je ne sois une cendre insensible? Vous parlez de remords ! Mais moi, supposez-vous Que je serre la main sans honte à votre époux. Et que son amitié ne soit pas un supplice Dont, malgré mon bonheur, ma loyauté frémisse? Mais, dussé-je à moi-même être un lâche odieux, Je ne l'oublierai pas, ce moment radieux.

Eh bien, oui, j'y consens, gardons-en la mémoire, Et doublons le danger pour doubler la victoire. Je vous aime, Stéphane, et ne m'en dédis pas; Oui, c'est un être cher que repoussent mes bras ! Séparons-nous, et, sûr du cœur de votre amie.

Page 1