‹ Théâtre completChapitre 190 sur 287 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

STÉPHANE

Oui, mon père en effet me rappelle.

JULIEN

La cause?

STÉPHANE

Mais ce sont des détails de famille, et je n'ose...

ADRIENNE, à paît.

Il n'est pas inventif.

Pourquoi n'osez-vous pas A Julien comme à moi conter votre embarras ? Le père de monsieur, comme tant d'autres pères, Observe qu'à Paris son fils n'avance guères, Et lui propose ailleurs un établissement Que monsieur, pour sa part, accepte sagement.

JULIEN

truelle folie! aller s'enterrer en province!

ADRIEN NE

Bon ! à très peu de frais on y vit comme un prince.

T A M P 0 N E T , à part.

Elle pousse au départ?

JULIEN

Vous m'avez dit cent fois Que vous ne pourriez pas y rester plus dun mois.* Et vous aviez raison, car Paris est le centre De quiconque se sent autre chose qu'un ventre. En province, mon cher, vous sécherez d'ennui, Si vous ne devenez gros et sras comme un muid.

STÉPHANE

Il n'importe, mon père...

JULIEN

Est par trop égoïste Si sa décision à ce tableau résiste.

J'ai promis.

ADRIENNE

On dirait à vous entendre tous Que les départements soient des pays de loups l Je vous jure, Monsieur, que ce sont des contrées Habitables à l'homme et point hyperborées; Les naturels n'ont pas le cerveau plus transi Et l'esprit ne s'y perd ni plus ni moins qu'ici. Votre père a raison ; c'est un rôle plus mince De végéter chez nous que de vivre en province. Etre peu, dans Paris, c'est n'être rien du tout, Et sans un piédestal nul n'y semble debout; En province, être peu c'est être quelque chose; Sur ses jambes chacun en évidence y pose, Et l'on vous rend service en vous y rappelant, Puisque le piédestal manque à votre talent.

TAMPON ET, h part.

Ce jeune homme est charmant.

JULIEN

Vous parlez d'or, ma tante.

C'est vrai; le piédestal est la chose importante: Je m'en charge. Je vois le ministre ce soir Et j'essaîrai sur lui de mon petit pouvoir. Justement il lui manque un secrétaire intime; Le poste est excellent.

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