ACTE QUATUIÈME
ADUIENNE.
Vous aviez cru lui plaire : elle vous l'avait dit. Il est vrai maiiiteiiaiil que son cœur s'en dédit; Mais la fatuité de l'homme est si têtue Qu'il lui faut vini,'t échecs pour se croire battue.
STÉPHANE
Pour moi, je crois si bien mon désastre accompli, Madame, que j'en suis tout vengé par l'oubli.
ADRIEXN'E.
Si vraiment vous avez cette philosophie, Je vous fais compliment; car je vous certifie Que Gabrielle...
STÉPHANE
Quoi ! vous saviez ?
ADRIEN NE
Je savais, Et j'avoûrai, de plus, que je vous desservais! Donc, je vous certifie, et vous pouvez m'en croire, Qu'il ne reste plus rien de vous qu'en sa mémoire.
STÉPHANE
Vraiment ! Se souvient-elle encore de mon nom ?
Dans quinze jours d'ici je jurerais que non.
Beau texte pour parler avec quelque amertume
De ce sexe volage au vent comme la plume !
3Iais, bah! j'en fais mon deuil sans phrase et sans effort.
ADRIENNE
Votre deuil est trop gai : le défunt n'est pas mort. Tenez, ne perdons pas de temps en bagatelle : Vous avez parlé bas tantôt à Gabrielle En la quittant.
STÉPHANE
Moi?
ADRI EN NE.
Vous. Qu'a-t-elle répondu?
J'ai tâché d'écouter et n'ai pas entendu, Mais c'est évidemment la réponse accordée Qui vous a fait changer si promptement d'idée.
STÉPHANE
Je ne vous comprends pas, Madame.
ADRIENNE
En vérité?
C'est donc que vous manquez de bonne volonté.
STÉPHAN E
A force d'être fin votre esprit se fourvoi
ADRIENNE
Allons, je vois qu'il faut vous mettre sur la voie. vSerait-ce point ceci qu'on vous a dit tout bas : « Je vous aime toujours, ne vous mariez pas. » Rappelez-vous.
STÉPHANE
Croyez ce qu'il vous plaît de croire, Madame, et finissons cet interrogatoire.
ADRIENNE
C'est un aveu, cela.
STÉPHANE
Non pas ! — Je prends congé, Car votre esprit fait peur au peu d'esprit que j'ai.
11 sort.